ACCUSATIONS PORTÉES CONTRE HENRI DE RRUNSWICK
Pape, les cardinaux, les prêtres, les moines et toute leur séquelle * ! » L'Électeur de Saxe avait pris connaissance de ce libelle et, pendant la Diète, il eut soin de le faire répandre par ses conseillers 2.
Parmi les graves accusations formulées contre le duc Henri figurait un commerce coupable avec Éva de Trott, demoiselle d'honneur de la duchesse sa femme. On prétendait qu'il tenait cette dernière enfermée dans son château de chasse de Haufenberg et que, pour empêcher la médisance, il avait ordonné la célébration de ses obsèques solennelles et fait dire pour le repos de sa femme encore en vie un grand nombre de messes. Le duc, dans sa justification, nie absolument ce fait, et demande que ses accusateurs prouvent leurdire etproduisent des témoins dignes de foi, faute de quoi ils devront être
> Sämmtl. Werke, t. XXVI, p. 1-75. Voy. les passages cités, p. 58-61, 69-70. Jean Pistorius fit remarquer plus tard que Luther, dans ce petit opuscule, avait nommé cent quarante-six fois le diable. (Voy. notre cinquième volume.) Cependant cet écrit ne parut pas encore assez violent à Luther. Le 12 avril 1541, il écrivaità Mèlanchthon : « Relegi librum meum contra istum diabolum Mezentium (le duc Henri) et miror, quid mihi acciderit, ut tam mod^ralus fuerim. » Voy. DE W^ETTE, t. V, p. 342. Koldewey, (Heinz, p. 31,) dans ses remarques sur ce libelle, retranche les passages les plus violents, et fait l'observation suivante : « La plume du xix« siècle se refuse à placer sous les yeux du lecteur, dans toute leur rudesseréaliste, les termes, les expressions usuelles de cette époque grossière. » Luther n'est pas le seul dont la « rudesse réaliste » soit capable de rebuter le lecteur moderne. Dans la réponse du duc Henri, Koldewey (p. 32) ne craint pas de « mettre sous les yeux du lecteur » des passages dans le genre de celui-ci : « 11 ne nous sera pas difficile de réfuter l'archifourbe, l'archihérétique, l'archicoquin, la canaille maudite appelée Martin Luther, dans le livre impie, anlichrétien, infâme qu'il a publié contre nous, ainsi que les injures, mensonges et calomnies du Saxon impie, traître à l'égal de Judas; pour répondre à des vers ignobles, dictés par Satan, il ne faut pas grand talent. Nous espérons, Dieu merci, pouvoir aisément répondu à ces archi-hérétiques à l'aide de la sainte Ecriture. Gomme le scélérat impie de Saxe désespérait de nous prendre en faute, il a été chercher pour nous combattre le moine menteur et l'apostat parjure, comme il l'avait fait auparavant pour en perdre d'autres. » « Chacun peut aisément se rendre compte que chez ce moine impie il n'y a point de théologie, nul souci de la gloire de Dieu, mais seulement des intentions cachées, pernicieuses, perverses, impies, jalouses, et qu'il ne veutet ne cherche ni la paixni la concorde, mais uniquement la contradiction, la discorde, l'effusion du sang, le moyen de précipiter la nation allemande dans la ruine et en la puissance de son cruel ennemi le Turc, pour lui faire perdre la foi, l'honneur et toute prospérité. En récompense, il livrera sou âme à l'enfer et recevra de son père Satan, (duquel est sorti l'apostat déloyal per medium incubi, comme cela est avéré,) le digne salaire de son forfait, etc.
A propos du Pape on lit dans un pamphlet de 1541 :
Ta sainteté est maudite, Tu es l'iiomme du pôcbé, l'ennemi du Christ, Ta doctrine n'est composée que de mensonges
Forgés par le diable en personne.
(SciiAüE, t. I, p. i't-ïl.)
» * Dépêche de Glauburg, datée du 14 avril 1541. Frankfurter Eeichstagmcten, t. XLVI, fol. 12. Sur l'approbation donnée à cet écrit par les contemporains « cvangéliques » voy. Koluewey, Hritiz, p. 33.
PRÉPARATIFS DE GURRRE CONTRE HENRI DE BRUNSWICK. 154i. 541
punis comme de vils calomniateurs et comme « larrons de l'honneur d'autrui*.»
Les essais de conciliation de Ratisbonne n'amenèrent aucun bon résultat, et les querelles entre le duc et les villes de Goslar et de Brunswick suivirent leur cours. Brunswick, ville devenue, de fait, presque indépendante, mais, selon le droit, placée sous la juridiction d'Henri, avait, contrairement à ses ordres, persécuté la foi catholique dans les couvents et abbayes et refusé d'obéir à un ordre impérial exigeant la restitution dos églises et monastères dont elle s'était injustement emparée. La ville avait été encouragée dans sa résistance par la Saxe et la Hesse. « Dans les affaires qui concernent la religion, » avait écrit l'Électeur à son conseil, « on n'est nullement obligé d'obéir à l'Empereur. » Répétant la leçcm de leurs chefs, les Alliés soutinrent que l'affaire de Brunswick était du ressort religieux, et envoyèrent au conseil, pour se défendre en cas de besoin contre Henri, quatre cents cavaliers et deux compagnies de lansquenets -.
Après s'être entendus pour assaillir ensemble le duché,' Jean Frédéric et Philippe conclurent un traité avec Maurice de Saxe qui leur fournit une importante somme d'argent, et promit de défendre leurs états si, par suite de l'expédition projetée, il les voyait exposés aux attaques des Catholiques 3. Eck assura au Landgrave que la Bavière, bien qu'entrée dans l'union de Nuremberg, ne fournirait aucun secours au duc Henri ''. Le 15 mai 1542, Philippe et l'Électeur, par l'entremise du chancelier, proposaient à la Bavirre un traité d'alliance ^.
L'occasion, selon eux, ne pouvait être plus favorable; « le duc Henri n'était pas préparé à la guerre, car il venait d'envoyer à Vienne pour la campagne turque les tous fantassins et cavaliers dont il pouvait disposer ^. »
Les délégués des villes de l'Oberland unies à la Ligue de Smalkalde répondirent à un délégué des chefs de la Ligue venu à Ulm pour les inviter à prendre part à « l'expédition » contre Henri : (.< Nous
' Sur l'histoire d'Eva de Trott, voy. Vaterlandische Archiv für Hannoverisch- Braunschveigische Geschichte, de Spilckkr et Broxnenberg, (Lunebourg, 1830- J833) t. I,p. 90 et suiv., et t. II, p. 216, voj. surtout t. IV, p. 608-031.
** Recez des Etats de Naumbourg, 16 janvier 1541, Archives de Francfort. Voy. les dépêches du Landgrave de Hesse et de l'Electeur de Saxe, au conseil de Brunswick, dans Neudeker, Urkunden, p. 570-580.
' V. Langenn, Herzog Moritz, t. I, p. 146-147.
* Relation de Sailer, 18 déc. 1541, dans Rommel, t. II, p. 446,
* Voy. Stumpf, p. 247.
" * Instruction d'Henri aux Etats deNuremberg,31 juillet 1542, archives de Francfort, Acta Protest. Lettre du délégué de Francfort, 9 août 1542, fol. 20.
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savons de bonne source que le duc n'est nullenjcnt préparé à se défendre, et (ju'il n'a point d'armée. » Mais le conseil de Francfort était pour la paix. « 11 serait très dangereu.\ et très diflicile, » écrivait-il, « de nous préparer à la lutte en un temps où non seulement l'Empire est engagé dans une guerre grave et périlleuse, mais encore où nous vivons en de continuelles alarmes *. La campagne contre le Brunswick pourrait très facilement faire échouer celle, bien plus importante, entreprise contre les Turcs, ce qui attirerait inévitablement sur notre parti de justes blâmes et de graves reproches. » Francfort reprochait au Landgrave et à l'Électeur d'avoir transgressé les articles de la Ligue en s'engageantdans une aventures! périlleuse sans l'assentiment des États et des conseillers de guerre et d'enrôler des soldats sans aucune nécessité"^.
Le 11 juillet, les délégués d'Ulm, de leur côté, écrivirent aux conseillers de guerre de Strasbourg, d'Augsbourg et d'Ulm pour se plaindre des armements intempestifs et illégaux de la Saxe et de la liesse. « Ou ne voit point qu'lleiu'i ait donné prétexte à une détermination si prompte; lui-môme n'a fait aucun préparatif; il est très vraisemblable que l'ambition personnelle et les intérêts privés du Landgrave et de l'Électeur sont les seuls motifs de cette guerre ^. »
Jean Frédéric et Philippe soutenaient, au contraire, que l'expédition qu'ils préparaient était conforme au droit et à l'équité et parfaitement d'accord avec les articles de la Ligue, et que les intérêts de la Paix publique et de l'équité nécessitaient cette campagne. Aussi étaient-ils décidés à marcher contre le duc « au nom de Dieu, pour la gloire du Rédempteur et de son Église bienaimée ^. »
Le duc Henri, étant sans défense, n'était pas en état d'accepter la lutte. Après avoir iortilié ses principaux châteaux forts et amassé assez de vivres et de munitions à Wolfenbùtlel pour que la ville fût en état de soutenir un siège de trois ans, il partit, accompagné de ses deux lils aînés, et se rendit à Landshut pour réclamer l'appui des membres de l'Union de Nuremberg; il comptait surtout sur les ducs de Bavière. Disposé à accueillir sa demande, le duc Louis représenta à son frère Guillaume que, s'il arrivait
» * Réponse à la requête d'Alexandre von der Tliaii, Archives de Francfort»
Siàdietag der Einigungs-Veryandleii zu Ulm.
-* Iiislrucliou du conseil, 3 juillet 1542, fol. 40-47.
■" aiadlelay zuUlin,io\. 120. Recez de l'assemblée, 12 juillet 1342, fol. 28-
'* Dépêche du 13 juillet à Strasbourg, du 2ij juin à Francforl, du 14 juillet aux Alliés. Archives de Kraucfort.