GUERRE « KVANGÉLIQUE » DU BRUNSWICK
objets précieux, orfèvrerie d'église, » un butin considérable K Les papiers du duc « furent soigneusement visités. » Schärtlin de Burtenbach, au service du Landgrave pendant toute la durée de la campagne, touchait tous les mois quatre cents florins de solde; de plus, le Landgrave lui fit présent de quatre cents florins d'or, ainsi que d'un cheval de guerre et d'un pourpoint brodé d'argent, ayant appartenu au duc Henri. « Pendant cette expédition, » écrit-il en ses mémoires, « j'ai gagné environ quatre mille florins, louanges en soient éternellement rendues au Dieu tout-puissant -. »
Les théologiens de Wittemberg célébrèrent à l'envi cette prompte victoire, qu'ils appelaient « un glorieux et divin fait d'armes. » « Dieu lui-même, » écrivait Luther, « a terrassé l'homme du Brunswick et fait un éclatant miracle ^. » « Les nôtres ont été protégés par les saints anges, » écrivait Mélanchthon au duc de Prusse*.
Les États de la Ligue,d'abord convoqués à Gœttingue,s'ouvrirent à Brunswick. Les généraux en chef firent comprendre à ceux des Alliés qui s'étaient montrés opposés à la campagne et lavaient regardée comme contraire aux articles de la Ligue, « que l'heureux succès de l'entreprise prouvait surabondamment l'assistance et la protection d'en haut ; que l'on n'avait agi que pour la gloire du Tout-Puissant, pour l'avantage et la propagation de la sainte parole, puisque le peuple chrétien du Brunswick avait été délivré des filets du démon et de l'insatiable tyrannie d'Henri, perturbateur de la paix. » Aussi, faisant appel à tous leurs frères, les supplièrent-ils, sans plus de réflexions, « d'approuver ce grand œuvre, accompli avec la bénédiction du ciel, et de l'avoir pour agréable. »
Leur vœu fut exaucé. Les Étals approuvèrent de tout point leurs actes, et les déclarèrent conformes aux articles de laLisjue, portant aux nues leur facile victoire, louant et bénissant l'Éternel et pre-
* BucHOLTZ, t. V, p. 390. Havemann, t. II, p. 240. D'après le Braunschw. Histor Händeln, (t. I, p. 467), on trouva daus le château 80,000 florins d'argent, 6000 boisseaux de seigle, 3000 boisseaux de farine, 9000 tonneaux de poudre, pour 6000 florins de vin, beaucoup de bière, 500 tonnes de beurre, 300 tonnes de fromage, du froment, de l'orge et de l'avoine en quantité, 250 trancties de lard, un grand nombre de grands tonneaux remplis de viande salée, beaucoup de grosse artillerie et quantité de lûunitions. Voy. RethuÈier, Chronik, t. Il, p.
' Voy. Havemann, t. Il, p. 240.
'Le 27 et le 29 août 1542, voy. de Wette, t. V, p. 493-494. « Summa. Deus est in hac re totus factor seu, ut dicitur, Fac totum. » « Recte scribis miracula Dei esse. » Mais, dès le 3 septembre, Luther se plaint de la rapacité des vainqueurs : « Tanta et nostrorum et magiiorum rapacitas narratur, ut mihi melus iiicidat, ne quando blaiidis conditionibus potins suum Mezentium (le duc Henri) répétant provinciales, quamistas ferant rapinas. » Voy. de Wette, t. V, p. 490, 496.
* Corp. Reform., t. IV, p. 879.
me r. « 'évant, ii.k » a hildesiieim i:t a mulhauskn. 1542.
liant sur eux toute la responsabilité du fait accompli. Ils promirent même de défendre la nouvelle conquête au péril de leur vie. « Les États, 1) écrivaient à Francfort les délégués de cette ville » ont fait de très humbles remerciements aux généraux, comme cela était bien juste, si l'on réfléchit à la haute portée de leur exploit *. »
Brème reçut permission d'opprimer partout où elle avait autorité le culte catholique; Goslar fut autorisé à confisquer les biens ecclésiastiques et à proscrire dans la cathédrale « les cérémonies papistes. »
Au sujet d'Hildesheim, on lit dans le procès-verbal de l'assemblée: « Après l'heureuse conquête du Brunswick, la Saxe et la Hesse ont pris les plus sages mesures et les mieux appropriées pour persuader ceux d'Hildesheim de se joindre à leur religion et alliance chrétienne. Le conseil du lieu a profité de leurs bons avis : désormais Hildesheim fait partie de la Ligue 2. »
Effrayé par l'approche de l'armée des Alliés, l'évêque d'Hildesheim avait quitté la ville. « Les doctrines diaboliques du papisme y furent abolies, et la parole de Dieu, malgré les murmures des grands et des petits, y régna sans partage. » La populace pilla les églises et les couvents, fouilla les tombes pour y trouver quelque butin, brisa les crucifix, les statues des saints, renversa dans la plupart des églises les autels et les images, et tourna en dérision les rites catholiques par des « processions sacrilèges. » Le premier dimanche de carême, (1543) une procession traversa les rues au chant des litanies. Le A''yri.e se changea bientôt en chants impics. Christophe de Hagen, le bourgmestre, accompagné d'une troupe nombreuse d'hommes, de femmes, de jeunes filles, donna un grand festin dans une hôtellerie proche de la cathédrale. Après qu'on eut fortement fait honneur au bon vin, on s'en alla danser dans la cour du dôme. Hagen proposa d'en faire ouvrir la porte, vou-
' Dépêche des délégués de Francfort. 10 sept, 1542. Archives de Francfort.
* Recez des Etats de Brunswick, 12 sept. 1512, Archives de Francfort. Le 27 août 1542, plusieurs délégués de Magdebourg, de Brunswick et de Goslar persuadèrent aux bourgeois d'Hildesheim d'entrer dans la Ligue de Snialkakie contre l'Empereur et d'embrasser «la réforme. » En entrant dans la Ligue, disaient-ils, les citoyens pourraient acquérir beaucoup d'honneur, puisque des Electeurs, des princes d'Empire, des villes importantes en faisaient pariie. En embrassant la réforme, la ville travaillerait pour ses intérêts, car elle renfermait grand nombre de collégiales et de couvents richement pourvus par l'Empire, dont les revenus profiteraient à chacun. Au milieu d'impatients cris de joie, tous se prononcèrent pour la réforme. Le conseil essaya de résister, mais se vit bientôt obligé de céder. Grand nombre de conseillers préférèrent renoncer à leur câiarge que d'apostasier. Le 2 septembre, le prédicant Jean Winkel encouragea le peuple à assaillir les églises et les couvents. Voy. la note suivante : Einfuhrung der Re/ürnialion in Hildesheim, elc.
l' « ÉVANGILE » A HILDESHEIM ET A MULHAUSEN. lo42. 547
lant absolument danser sous le grand luslre. Mais comme toutes les issues avaient été soigneusement verrouillées, on se contenta de commuer les danses et le tapage tout le long du chemin de la croix. Ensuite la compagnie retourna à l'hôtellerie. Bientôt le clergé catliolique fut expulsé d Hildesheim. Un publia un édit de proscription contre tous ceux qui, à l'avenir, communieraient sous une seule espèce; leurs curps, s'ils venaient à mourir, devaient être jetés à la voirie. On mit la main sur tous les biens, argent et titres des églises et des couvents ; les trésors des sacristies, les calices, monstrances, crucilix, furent emportés. Les réclamations et les plaintes de lévéquc, les menaces de la Chambi'e impériale demeurèrent sans eilet 1.
Ce lut aussi par la violence que la ville libre de Mulhauseu vit s'opérer la révolution religieuse.
Après la bataille de Frankenhausen, Mulhausen, les droits de l'Empereur et de l'Empire réservés, avait lait sa soumission à l'Electeur Jean de Saxe, au duc Georges et au Landgrave Philippe; elle était restée ville d'Empire, mais les trois princes y gouvernaient aliernativement, chacun durant l'espace d'une année. Depuis l'horrible expérience qu'elle avait laite à l'époque de l'insurrection de Thomas Munzer, Mulhausen était redevenue catholique et restait fidèle à l'ancienne religion bien que le Landgrave et l'Electeur Jean Frédéric l'eubsciit a mainles reprises pressée d'embrasser le Protestantisme. « Aussi longtemps que vivra mon beau-père, je patienterai, » avait du un jour Philippe à une députatiou du conseil, (( mais dès qu'il ne sera plus, les choses prendront une autre tournure, je vous en avertis. » « Après la mort de Georges, sans nul égard pour les protestations du conseil, les villages du territoire
' Bericht, wie und was Gestall dieSladz Uildesheimbei Einführung des Luth thums die katholischen Stiflsktöster und Pfarrkirchen occupirl, spoliirt, reproduit dans les Uislor. polit. BL, t. IX, p. 31Ü-318, et t. X, p. 15-21. On y trouvera ègaleoieut une liste des trésors de sacristie. Einfunrung der Reformationin Uildesheim im Jahre lö4i,ddas Neuen Vaterländischen Archiv,recaeH[oadé par ü. ri. Spiel, continué par 13.. Spangenbekü, 1831, t. 1, p. 14 et suiv. ; voir aussi l'arlicle intitule : Einige geschichtliche Notizen über die Einführung der sogenannlen Be/ormation m UUdeshtiim, UUdesheimer katholischen ionnlagsul. 1883, n* 7, p. 8 13. — Dès 1531, Puiiippe üe Hesse avait euvoye le predicaat Listrius à Hildeslieim, mais comme, mairie la deieuse du conseil, il avait prêché dans l'église de bl-Andie,le puuple, le iraiuaut par les thereux, le lorçd à des eadredeciiaiie; il ne parvint qu à grand peine à s eciiapper. Lu a^yprcmi torgeron chassé de Brunswick ayant voulu prêcher en dehors Ue la ville bur le Klingenuerg et dans le cimetière Me-i.aiherine, comme un miracle qu'il avait annonce ne se produisit pas, on le lorça de sortir de la ville en lui tlonuant un pteaning pour sa roule. ^cuLEGhL, t. 11, p. Iu7. Voy. ausi t. 11, p. iyy-2U7. — Uomiiel, t. 1, p. Ö43. Hassencamp, t. 11, p. Mi. Dépêche de faul 111 à 1 évèque d'Hildesheim Yalenlin de Teutleben, 5 dec. 1542, dans Kaynald, ad a. Iöi'2, a» 3J.