‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 210 sur 572 · LE BRUNSWICK DEPUIS · texte numérisé non relu

LE BRUNSWICK DEPUIS

furent contraints d'adopter la nouvelle relii^non. Pourtant l'Empereur, premier souverain et tuteur de la ville, l'avait prise sous sa protection ; il avait décrété à la Diète de Spire la complète restauration de l'indépendance des villes dEmpire, mais depuis longtemps les chefs de la Ligue ne reconnaissaient plus de loi en dehorsdeleur bon plaisir, et le droit d'Empire n'était pour eux qu'un motvide de sens. Aussitôt apivs la conquête de Wolfenbüttel, ils envoyèrent des délégués au conseil de Mulhausen pour lui signifier « que la ville allait être livrée au pillage si elle ne se rendait sans condition. » Or, le conseil n'ignorait pas comment les féroces soldats de la Ligue s'étaient comportés dans le duché de Brunswick. Il se soumit donc, étant hors d'état de se défendre. La ville perdit ses libertés et ses privilèges et la foi catholique y fut abolie. Les commissaires princiers fermèrent les couvents et les écoles, s'emparèrent des trésors de sacristie et établirent un nouveau règlement ecclésiastique. Le 14 septembre, le prédicant Juste Menius prêcha pour la première fois dans l'église Sainte-Marie *.

Un nouveau gouvernement avait déjà été inauguré dans le Brunswick, et une enquête religieuse y avait été ordonnée.

Deux gouverneurs, l'un saxon, l'autre hessois, assistés de deux conseillers laïques et de deux conseillers ecclésiastiques, constituaient le pouvoir; de plus, les villes de la Saxe et de l'Oberland devaient envoyer un cinquième conseiller. Le l*^"" septembre, les nouveaux gouverneurs reçurent l'ordre de faire immédiatement procéder, par les soins de Jean Bugenhagen et d'Antoine Gorvinus, à l'enquête religieuse ; « les abus pervers et idolàtriques devaient être abolis en tous lieux et les prédicateurs chrétiens remplacer les prêtres papistes. » L'argent qui tomberait sous la main des enquêteurs dans leurs visites aux couvents et aux abbayes devait être envoyé à Wolfenbütlel. Contre les anciens serviteurs du duc Henri, un édit de proscription fut publié ^.

Tous les habitants furent contraints de prêter sermentà l'Électeur, au Landgrave et aux Alliés;, force leur fut de les reconnaître, en leur nom et en celui de leurs descendants, pour leurs seuls maîtres et souverains légitimes et de jurer de se conduire envers eux en sujets fidèles et obéissants. » En outre, ils s'engagèrent « à poursuivre comme ennemi et à tenir éloigné du pays leur souverain

' Voy. Schmidt, Jastus Menius, t. I, p. 273-289. Pour justifier ce procédé, i'aueur dit (p. 278j: « L'Electeur Jean [''rédéric étant persuadé que, de par le droit humain et divin, il était seigneur de Mulliauseu, so crut obligé en conscience d'y établir la réloroie. »

* "Archives de Francfort.

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héréditaire, le duc Henri, et tous les membres de sa famille ». ,) La violence se chargea de leur inculquer « le pur évangilej » comme elle leur avait déjà enseigné leurs devoirs de citoyens"^

L'Électeur de Saxe, surtout, se comporta « en vaillant héros de l'Evangile. » Dès le commencement de la conquête, dès son entrée dans la première ville du duché, « ce pieux prince, » dit à sa louange une chanson du temps, c< s'occupa de propager la parole de Dieu;1l visita le temple du Seigneur et en chassa le démon 2, » Selon Jean Frédéric, tout ce qui tenait au Catholicisme était empoisonnéaussi ne voulut-il rien tolérer dans le pays qui rappelât le moins du monde l'idolâtrie; « dût-on se montrer dur et inflexible envers les Catholiques, il voulut qu'on proscrivît leur culte, «car ce prince élait vraiment l'ami du Christ. »

« On ne saurait imaginer, » lit-on dans un mémoire du temps, «ce qui se passe tous les jours au château en fait d'excès de table et de ripaille; jamais chose pareille ne s'est vue, bien que le duc Henri, dans son temps, menât joyeuse vie; encore moins oserait-on parler des crimes contre nature que l'Électeur y commet, et le bruit s'en répand de tous côtés; les courtisans en font le thème de leurs entretiens. »

H s'agit ici, s'il faut en croire la rumeur publique, du vice monstrueux que Philippe de Hesse avait menacé de révéler.

« Il devrait pourtant être défendu, » continue le même mémoire « de se servir de l'Évangile pour couvrir sa honte. Il est vraiment trop commode de dire que la foi seule procure le salut et que les œuvres ne servent de rien. Il est vrai, les œuvres ne servent de rien sans la foi, mais la foi toute seule ne suftit pas à pallier des actions honteuses ! Ils ne cessent de répéter : Évangile! Évangilemais c'est dans son propre cœur qu'il faut saisir le diable c'est de notre âme que nous devons le chasser, au lieu d'appeler diabolique par une insigne calomnie, tout ce que la sainte Église nous a enseigne a vénérer durant tant de siècles, tout ce quont pratiqué les saints et les plus vertueux des hommes, le peuple chrétien, les plus grands rois du monde, les seigneurs les plus dignes d'estime etlinnonibrable foule des petits et des grands, parmi lesquels se trouvent les propres ancêtres de ces princes qui se font gloire d'être aujourdhui évangéliques. Or, en gardant les commandements de 1 ancienne Eglise, nos ancêtres ont vécu en chrétiens, et sont morts samtement; mais de nos jours on qualifie d'œuvres du démon leurs actions toutes saintes. Honte et mépris à ces paroles indécentes,

ÎKoLn^wP^T'^'^"'!'™'"^'*'^"'"'^"^^' dans LiGHT.xsTEiN, p. 91-92. KOLDEWEY. Reformation, p, 258.

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