LES ALLIÉS RÉCUSENT L\ CHAÎVIBRE IMPÉRIALE
courtisane du diable * ; » maintenant le Landgrave écrivait à Georges de Garlowitz : « Une bande de scélérats, de gens perdus de noœurs, de papistes sans pudeur siège actuellement à la Chambre Impériale; en beaucoup d'affaires, ils se sont comportés envers nous et les nôtres avec une partialité évidente ; aussi, comme tu peux bien le penser, nous méprisons les arrêts d'un pareil tribunal, et nous le récusons dans toutes les actions religieuses ou civiles qu'il lui plaira de nous intenter 2, » Le 4 décembre, en effet, les États de la Ligue envoyèrent à Spire un acte de récusation. Ils ne pouvaient, disaient-ils, reconnaître la juridiction de la Chambre Impériale, car elle n'avait été ni visitée ni réformée, comme l'avait promis le recez de Ratisbonne En outre, tous les membres actuels du tribunal suprême leur étaient odieux, tous étaient « prévenus, tracassiers, suspects, gênants, despotes, dévoués à une religion opposée à la leur, et tous avaient signé le recez d'Augsbourg, par lequel les Protestants avaient été déclarés renégats, hérétiques et indignes de participer aux bienfaits de la justice ^. »
Cet acte hardi « supprimait le droit dans l'Empire, > selon les propres expressions de Philippe, et le lien qui jusque-là avait uni les Protestants aux Catholiques et à tout le corps germanique était désormais rompu.
Que le refus d'obéissance envers le plus haut tribunal de l'Empire fût une violation de la constitution, les juristes protestants l'avouaient eux-mêmes.
«Pour justifier leur conduite, » lit-on dans un mémoire du temps, « les nouveaux croyants répètent que les juges de la Chambre Impériale n'appartenant pas à leur religion ne peuvent les juger; mais on ne saurait admettre ce principe sans tomber dans l'absurde; en effet, s'il en était ainsi, jusqu'à la fin du Concile et l'établissement d'une paix religieuse définitive, les Protestants ne pourraient accepter les arrêts d'aucun tribunal catholique et leurs adversaires, pour la même raison, devraient récuser tout juge protestant, de sorte que les sujets du Saint-Empire se verraient indéfiniment privés de tout recours en justice; il n'y aurait point, pour punir les coupables, d'autorité reconnue, ce qui est inadmissible, et manifestement contraire au droit divin*. »
» Sàmmtl. Werke, t. XXXII, p. 77.
* 30 sept. 1542, voy. Rommel, Urkundenhuch, p. 90. ^Voy. HoRTLEDER, Ursachen, 1481 et suiv.
* Voy. BucHOLTZ, t. V, p. 307.