DIÈTE DE NUREMBERG. 1543. 55S
par ces mêmes documents, qu'Henri était dans l'intention de défendre et de maintenir sa religion, d'exposer pour elle son corps et ses biens et de braver tous les périls pour sa défense. Si on lui rendait son duché, il était évident qu il ne songerait qu'à protéger l'ancien culte, qu'à étouffer et extirper la doctrine protestante, « au grand préjudice et scandale de toutes les honnêtes gens. » Pour ces causes, et jusqu à l'arrivée de l'Empereur, ils entendaient ne point laisser leur conquête s'échapper de leurs mains ^
«Les Protestants élèvent maintenant une singulière prétention,» disaient les Catholiques ; « ils changent arbitrairement et par la violence la religion d'un pays, et n'admettent point qu'un prince catholique songe à défendre et à maintenir sa foi dans ses propres états. Mais il nous faut, en premier lieu, songer à sauver l'Allemagne de l'invasion. » Aussi les membres d'Empire catholiques, le roi et les commissaires impériaux s'unirent-ils pour faire entendre au duc, par le recez de la Diète, qu'il était de son devoir de ne plus songer pour le moment à recouvrer ses états, qu'il devait retirer sa plainte à la Chambre Impériale et patienter jusqu'à l'arrivée de l'Empereur, à cause de l'extrême péril de la Chrétienté! » Malgré tant de faiblesse, les Protestants refusèrent de voter aucun secours.
Le 23 avril, Ferdinand, presque avec larmes, exposa aux délégués de Saxe et de Hesse l'extrême danger où était l'Allemagne. » 11 a parlé avec tant de force et d'émotion, » rapportent les délégués, « qu'en vérité nous ressentions pour lui une étrange compassion ! » Mais ils avaient ordre de ne pas céder. Ferdinand se tourna alors vers les délégués de Strasbourg, d'Augsbourg et d'Ulm, et leur remit en mémoire tout ce que son frère et lui avaient fait pour leurs cités. Ils ne lui répondirent qu'en formulant de nouveaux et interminables griefs et en déclarant qu'ils ne pouvaient rien. « Alors,» dit une relation du temps, « Sa Majesté s'est écriée que les villes avaient bien su découvrir de l'argent lorsqu'il s'était agi d'encourager la révolte dans l'Empire et de chasser des princes souverains de leurs états. Si elles avaient trouvé des ressources en de telles occasions, elles ne pouvaient se dispenser de faire leur devoir en de si graves circonstances. H leur rappela leurs obligations, et les avertit de prendre bien garde, en se joignant aux princes de la Ligue, de se laisser entraîner dans un jeu dangereux '^. »
Enfin, voyant qu'il ne pourrait rien obtenir, il fit publier le recez
» * Frankfurier Reichs (agsacten, t. LIV, fol. 2-3, 30-39.
- *<< Relation der Freunde.» Frankfurter Reichstagsacfen, t. LIV, fol. 170, et Joumalde Jérôme zum Lam, t. LIY.