NÉGOCIATIONS DE GRANVELLE AVEC PHILLIPPE DE HESSE
cendance les évêchés de Magdebourg et de Meissen « en toute propriété héréditaire et personnelle; il promettait de servir une généreuse pension aux évêques actuels^ mais à la condition de mettre à leur place des évêques luthériens. C'est avec cette franchise que Maurice exposait ses vues politiques. Granvelle vit bien qu'il songeait avant tout à sa propre élévation, mais il ne repoussa pas absolument ses ouvertures, se contentant de répéter qu'en se donnant à l'Empereur, il serait sûr demarcher au devant d'une destinée glorieuse*.
Granvelle et Naves cherchèrent aussi à décider Schärtlin de Burtenbach à se joindre à l'Empereur pour combattre la France. Ils lui proposèrent d'envahir la Lorraine en lui faisant espérer le gouvernement de Metz, de Toul et de Verdun. Schärtlin ayant répondu qu'en ce cas il commencerait par chasser des trois villes les prêtres catholiques pour y établir des prédicants luthériens, Granvelle lui assura que personne ne s'y opposerait, « pourvu que la chose se fît sans bruit 2. » Mais ces négociations n'eurent point de suite, Philippe de Hesse ayant défendu expressément à Schärtlin, qui alors était à son service, de prendre part à aucune entreprise à l'étranger.
Les conseillers impériaux entretenaient avec le Landgrave d'activés relations. Il fut même question de nommer Philippe général en chef de l'armée qui s'apprêtait à combattre la France. Mais l'Empereur s'étant décidé à prendre lui-même en main le commandement suprême, Granvelle, à la Diète de Nuremberg, insinua aux députés hessois que, si le Landgrave trouvait au-dessous de lui un rôle secondaire dans l'armée, il pourrait se charger de maintenir l'Allemagne en paix sous l'autorité de l'Empereur pendant tout le temps que durerait la campagne. La guerre une fois terminée, Charles accommoderait avec lui et Maurice de Saxe, son gendre, la question religieuse 3.
Toutes ces négociations jettent une vive lumière sur le rôle que jouait en Allemagne le ministre Granvelle, chargé par lEmpereur (le le représenter et de défendre les intérêts catholiques. Elles expliquent en même temps comment les Protestants pouvaient à bon droit se persuader que tout, dans l'Empire, allait plier sous leur loi. Déjà, Philippe roulait dans sa pensée un plan qui permettrait « aux grands chefs » de se mettre d'accord : l'Empereur céderait le Milanais à la France ; en revanche, il aurait toute liberté
' Voy. les négociations de février et de mars 1543, dans von Langenn, Herzog Morilz, t. I, p. 158-162. Voigt, Moritz, p. 54-55.
* Scliärllin rapporta plus tard aiiY .Vlliés les propositions qui lui avaient été faites ; voy. Skck-p.vdouit, t. IH, p. 4^4.
3 HouMEL, t. I, p. 468.
VICTOIRE REMPORTÉE PAR L'emPEREUR SUR LEDUC DE GLÈVES. 1543. .%7
de s'emparer des états de TÉglise. Le Pape deviendrait un simple évêque, le gouverneur de Rome, et recevrait pour cet emploi un traitement convenable. Un concile serait immédiatement réuni pour l'accommodement des affaires leligieuses, car si le Pape n'était rabaissé à sa « primitive institution, » Philippe assurait que toute paix entre la France et l'Empereur était impossible à conclure i.
Mais tout à coup un revirement sembla se produire en Allemagne en faveur des Catholiques.
Vers la fin de juillet 1543, l'Empereur, « bien préparé à la guerre, » était arrivé à Spire, décidé à ramener le duc de Glèves à l'obéissance. Tous ses efforts pour accommoder leur querelle à l'amiable étant restés sans effet, Charles avait off"ert à Guillaume de le nommer stathouder du duché, pourvu qu'il renonçât à en être le prince souverain; mais le duc s'était obstiné dans sa résistance. Devenu présomptueux depuis sa victoire, séduit par les brillantes promesses de la France, il répondit par un refus à une nouvelle proposition de paix que lui fit l'Empereur. L'épée restait donc le seul moyen de trancher entre eux le différend.
A la tête d'une armée de plus de trente-cinq raille hommes, Charles descendit le Rhin. Le 24 août, Düren, la principale ville forte du duché de Juliers, fut prise d'assaut, horriblement saccagée et presque entièrement détruite^. Au bout de peu de jours, le duché tout entier était soumis.
Au moment du suprême péril, François I", mettant l'occasion à profit, avait abandonné son allié pour aller prendre possession de la ville et du pays du Luxembourg». En même temps, il ne cessait d'exciter les princes de la Ligue à se révolter ouvertement contre l'Empereur, et, le 30 août, il encourageait « son bon ami et ancien allié, » lÉlec'eur de Saxe, à ne pas souffrir que « l'Empereur anéantît la liberté de l'Allemagne et courbât les princes sous son joug 3. » Son fils, le duc d'Orléans, off'rait d'entrer dans la Ligue,
' Dépêche du 30 novembre 1542 à Georges de Carlowitz; voy. Rommel, Urkundenbuch, p. 91.
*Pour plus de détails, voy. Bonn, Sammlung von Materialen, p. 433-467.
3 Lettre du 30 août! o'tB, voy. Droysen, :2b, p. ii)o-208. Voy. les dépêches du roi à Philippe de Hesse des 10 et 13 septembre 1543, daus Lanz, Correspondenz t. IT, p. 645-648.
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avec le duché de Luxembourg,' et d'introduire « le saint Évangile » en ce pays ^.
Quant à Henri VIII, il avait depuis longtemps abandonné le duc deClèves. Son mariage avec la sœur de ce prince était rompu.
« Délaissé de tous, » le duc, revêtu d habits de deuil, se présenta au camp de l'Empereur, à Venloo, se jeta à ses pieds, et lui demanda grâce et merci. Charles lui rendit son duché, à condition qu'il renoncerait à Gueldro et à Ziitphen aussi bien qu'à ses alliances avec la France et le Danemark, s'engagerait à maintenir dans ses possessions la foi catholique et y abolirait toutes les nouveautés religieuses.
L'Empereur plaça le duché de Gueldre sous son autorité, promit de lui laisser ses droits et privilèges et garantit aux États le maintien de leurs libertés ; ensuite il se dirigea vers le Hainaut pour en chasser les Français. Soutenu par les troupes du roi d'Angleterre, avec lequel il avait conclu une alliance offensive et défensive, le Il février 1533, il commença aussitôt le siège de Landrecy; mais à l'approche de la mauvaise saison, il fut contraint de ramener son armée dans ses quartiers d'hiver.
La défaite du duc de Glèves empêcha l'archevêque de Cologne de mettre ses projets à exécution. Le pays resta catholique. L'Empereur félicita le clergé et le conseil de Cologne do la résistance qu'ils avaient opposée aux Protestants, et les encouragea à demeurer fidèles; il exigea d'Hermann le renvoi de Bucer.
Celui-ci en conçut un amer ressentiment. « L'Empereur, » écrivait-il le 25 octobre 1543 à Calvin, « se plaît dans de superstitieux enfantillages et se livre à des pratiques de vieille femme : il récite tous les jours à genoux de longues prières ; il dit son rosaire couché à terre, les yeux fichés sur une image de la Vierge. Pour le moment, il agit en ennemi déclaré du Christ ". »
L'Empereur avait convoqué les États généraux à Spire pour le 30 novembre, et les Catholiques, reprenant courage, espéraient que les attentats des Alliés allaient enfin être arrêtés, que la liberté de conscience leur serait garantie dans les possessions des princes nou-
' Sept. 1543; voy. Lanz, Correspondenz, t. II, p. 644. Voyez aussi, dansGAniARD, Trois années, l'eutreiieu de l'Empereur avec le vénitien Navajjero, p. 268-X'ü9.
* Calvlni 0pp. ,1. XI, p. ti.'ji. i-e piédicant Hrenz regardait comme trè> repréhensible la coutume (ju'arait Charles de laver les pieds à douze pauvies le jeudi saint. « Haîs speciiciil a (ilius i).:i diu perferre possel? Non ferel. » 24 avril 1544, lettre à Méiauclithon, Corp. Re/hrm., t. V, p. 3Ü8.