S70 LES PRINCES PROTESTANTS JUGÉS PAR MÉLANCHTHON
dettes. Chez la sœur de l'Électeur, la duchesse Elisabeth de Brunswick-Kaleiiberg, les affaires publiques sont dans un tel désordre et la sagesse est telle qu'il est impossible de savoir sur quoi compter. Le duc de Wurtemberg n'entend rien à ces hautes questions et se tourmente surtout à la pensée de devoir restituer les biens spirituels, ce qui ferait aux revenus de Sa Grâce un sensible dommage. L'archevêque de Cologne n'a pas l'esprit bien éclairé sur un grand nombre de points théologiques; de plus, il est extrêmement poltron; enfin les villes de l'Oberland sont très difficiles à gagner. » « Do tout ceci, vous pouvez conclure que tout menace ruine dans notre société, et qu'on ne peut espérer grand chose de nos coreligionnaires ni de ceux qui, sans avoir adhéré à la Confession d'Augsbourg, partagent en partie nos convictions K »
« L'entente cordiale, »qui autrefois avait uni entre eux les membres de la Ligue et les conseils des villes, n'existait plus. Les cités se plaignaient des fardeaux absolument intolérables et injustes que les princes faisaient peser sur eux. On reprochait au Landgrave d'avoir « dilapidé les fonds communs. » A propos d'une reddition de compte présentée par l'Électeur à la Ligue, le conseil de Francfort fit un jour observer « qu'il était surprenant qu'on osât mettre un semblable mémoire sous les yeux de personnes sensées. » t Les princes de la Ligue, » écrivent les délégués de Francfort, « ne voient dans les affaires politiques que le moyen de pourvoir à leur propre fortune, et ne songent qu'à leurs intérêts particuliers. Les villes, pendant ce temps, subissent toutes sortes de vexations, supportent des charges accablantes et ont bien sujet de faire de sérieuses réflexions. » « Il est heureux pour nous que nos adversaires ignorent le désordre et la confusion de nos affaires. S'ils en étaient bien avertis, ils pourraient, en nous attaquant avec énergie, nous attirer dans un fort méchant jeu, car le bâtiment tout entier est vermoulu 2. »
Mélanchthon, dans ses lettres confidentielles, désespère presque
« V^oy. RoMMEL, Uriiundenhuch p. 97-104. Lenz, t. II, p. 191-107. Réponse aux propositions de liucer, t. 11, p. 174-189. Le vénitien Marino Cavaili écrivait dès lo42 : Les f^riiices de la LiRiie « si sono scoperti luiherani più per poter tirannugiare e far il Dominus in Germania, servendosi del favore danaro di esse, (des villes) che per desiderio di riforinazion d'Kvaiigelio. » Les princes et villes « ora si rilrovano in inolta confusione e discsconteiilezza. » « Per qnesli rispettie altre diversilà di parère la Ger;nania è lanto disunita, che reputo cosa facillima che riinperatorc, con auloriià e forze sue, ne dispouga corne gli place. » Voy. Ai.DKRi, sèr. 1, vol. m. p. 113-114.
* * Dépêche du conseil de Francfort, 27 décembre 11343, dans les Reichslagsacien, t. LV, fol. I. I)ép("ichc d'Ogier von Meiern et de Jérôme zum Lam, datée du 28 lévrier iU'kï, el dépêche dece dernier du 3 avril lîJ'i4, dans les lleichlug.<aclen> t. LV, fol. 4b-19. Voy. ausM : « Ihindessachen, lo44,i. fol. 3.