‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 225 sur 572 · LES CONSEILLERS DE L EMPEREUR RASSURENT LES PROTESTANTS · texte numérisé non relu

LES CONSEILLERS DE L EMPEREUR RASSURENT LES PROTESTANTS

de la situation. Il ne cesse de gémir, et surtout au sujet des princes. A l'entendre, ceux-ci sont absolument indifférents aux intérêts de la religion; sous le manteau de l'Évangile, ils satisfont leurs passions et se livrent à leur naturel despotique. Presque tous sont écrasés de dettes et accablent le peuple de fardeaux intolérables. La nouvelle Église ressemble à un vaisseau sans voile et sans aviron, poussé çà et là par les vagues agitées *.

« Tout est parmi nous dans une si grande confusion, » avoue tristement le con53il de Constance, le o février 15H, « que nul remède humain ne peut plus nous guérir. L'Allemagne est littéralement noyée dans les vices les plus grossiers. L'ancienne loyauté et les bonnes moears n'existent plus dans notre bourgeoisie ; tout est corrompu parl'orgueil, l'amour du luxe, l'esprit d'insubordination. On se vante d'être dévoré de zèle pour la parole de Dieu, mais on abandonne toute discipline chrétienne, toute piété et ferveur 2. » Bucer, le 8 janvier, écrivait à Philippe de Hesse : t En voyant parmi nous tant de passion pour le laste, les excès de table, l'emploi qu'on fait du bien des pauvres qu'on accable d'impôts, en constatant la vie scandaleuse des grands pendant les Diètes, les mœurs détestables des Évangéliques, tous sont scandalisés. J'ai entendu dire à mainte personne digne de foi que l'Empereur en témoigne de l'indignation, et s'étonne de nous voir faire si peu de cas des re" proches de notre conscience et des menaces de la colère divine. Car, selon lui, si réellement nous avions la crainte de Dieu et si notre conscience était éclairée, nous en aurions donné la preuve en nous abstenant des vices hideux auxquels nous nous livrons sans scrupule; par là, loin de blesser personne, nous nous serions attiré l'estime générale. Mais, au lieu de cela, il ne nous voit préoccupés que de changer les cérémonies et de résister à sa volonté 3. »

Au reste, si les Protestants, après la victoire de l'Empereur sur le duc de Glèves, avaient eu peur de voir Charles intervenir dans les affaires de l'Allemagne, s'ils avaient redouté de voir s'unir, pour les combattre, les deux grands chefs du Catholicisme, le Pape et l'Empereur, Granvelle et Naves, même avant que ne s'ouvrît la Diète de Spire, prirent soin de les délivrer de toute inquiétude. « L'Empereur est obligé d'agir avec une grande circonspection, » répétait Naves au vice-chancelier de Saxe Burkhard, « car il est en-

> Voy. ces lettres dans le Corp. Reform., t. V, p. 62, 82-83, 219. Voy. aussi p. S, 46, 5ti. Voy. les plaintes analogues de Luther sur les princes , de Wette, t. V, p. 348. 552, 703.

* * Archives de Francfort, « Der erbaren Frey-und Reichstatt Handlung und Absch'ed des (jihaltenen Tages zu Speyer 1344 » toi. 40-3Ü.

ä Yoy. Lenz, t. II, p. 242.

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touré de prêtres auxquels sont alliés plusieurs princes laïques ; mais au fond il sait à quoi s'en tenir sur la politique perfide du Pape, et cela par une disposition spéciale de la Providence qui favorise de plus en plus la doctrine de la divine parole. » « L'Empereur, » affirmait Granvelle au même délégué, « tient absolument à conclure la paix avec les Protestants, que cela plaise ou non au Pape. > Pour Henri de Brunswick^ il avait bien mérité son sort, car lui seul était cause de tout ce qui était arrivé ^

« Rassurés par de telles affirmations, » les chefs de la Ligue se rendirent à Spire.

1 Dépêche de Burkhard, 21 janv. 1544, dans Seckendorp, t. III, p. 473-474.

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