LE PAPE CONTRE LE RECEZ DE SPIRE
italienne moitié allemande, qui, de fait, appartenait à l'Allemagne et était placée sous l'autorité de Ferdinand. Le Concile devait s'ouvrir à la Toussaint; mais la guerre que François I'^', l'allié des Turcs, avait soulevée contre l'Empereur y mit une fois de plus obstacle.
Paul III; malgré les instances de Charles-Quint*, avait refusé de se déclarer ouvertement contre la France. Dans Tespoir de réconcilier les deux souverains, comme il l'avait fait en 1538, il les avait invités à venir le trouver en Lombardie pour signer en sa présence un traité de paix. Ce qui le portait à cette démarche, leur avait-il écrit, c'était l'obligation de remplir le plus sacré de ses devoirs. Père et arbitre des princes chrétiens, il les exhortait à la concorde. François avait décliné l'invitation; une entrevue du Pape et de l'Empereur à Busseto était demeuréo sans résultat. Charles comprenait parfaitement que le Pape, voyant que ses légats, à Trente, attendaient vainement depuis six mois l'arrivée des évêques, eût remis le Concile à un temps plus favorable ; mais il était froissé de la neutralité qu'il persistait à garder vis-à-vis de la France, paraissant même pencher pour François P' 2. Granvelleet Naves avaient eu soin d'entretenir ses ressentiments : de là les concessions de Spire.
Le 24 août, le Pape, « en vertu de la mission qu'il avait reçue de Dieu, » protesta solennellement, dans un bref adressé à Charles- Quint, contre le recez de Spire. Il se plaignit « que l'Empereur eût proposé un concile général ou national, sms que le nom de celui auquel seul appartient le pouvoir de le convoquer et de décider sur les points de dogme eût même été prononcé ; il reprocha à l'Empereur d'avoir abandonné aux laïques, et même aux docteurs d'hérésies tant de fois condamnés, le pouvoir de trancher des questions de foi ; d'avoir rétabli dans leurs dignités premières des pasteurs rejetés par l'Église et que ses propres édits avaient frappés, enfin d'avoir, de sa propre autorité, décidé la question relative aux biens du clergé. Par tous ces actes, Charles avait usurpé des droits qui n'appartenaient qu'au souverain pontife, il avait violé les lois de l'Église. Son zèle pour l'abolition des abus était louable, mais dans ce môme but le Siège Apostolique avait de son côté préparé le meilleur remède, en annonçant au monde chrétien, à diverses reprises, le Concile général. Charles n'avait maintenant qu'une seule chose à faire : en presser l'ouverture par tous les moyens en son pouvoir.
' Dépêche du 28 août loi2, dans Weiss, t. Il, p. 633-644.
^ Voy. von Drüffel, Karl V und die römiscJie Curie, partie I, p. 1.Ö0-1S9, et la relalion, dans Uachard, Trois années, \). 273-274.
o83 {iUERl\E A V EG LA. FHANGK. — P Ai X D E G 11 K S P Y. 1544.
« Nous t'implorons, nous crions vers toi et vers tes frères, les souverains chrétiens, en empruntant les paroles de David : « Venez, pleai"ons devant le Seigneur! )> En vérité quelles paroles conviendraient mieux à notre situation ? Nous ajoutons avec Daniel: a Je prie pocr mes iniquités et pour celles du peuple; je reconnais devant toi. Soigneur, que nous avons péclié et ([ue nous avons commis l'injustice; la rougeur couvre le visage de nos rois, de nos princes et de iiDs pères, parce que nous avons péché; mais, loi, Seigneur, tu es riche en miséricorde et tu te plais à pardonner. »
Paul suppliait l'Empereur de ne plus outrepasser ses droits dans les Diètes d'Empire, et de reprendre tout ce qu'il avait concédé aux Protestants contre toute justice. Alin que le Concile pût s'ouvrir, il l'exhortait à conclure promptement la paix avec la France, ou tout au moins à signer un armistice. Par le Concile, les questions débattues seraient plus aisément tranchées que par les armes i. »
Au moment où l'Empereur recevait ce bref ^, la paix avec François I«"" était déjà signée.
Peu soutenu par les États malgré les secours consentis à Spire ^, Charles était entré en France à la tête de son armée et y avait jeté l'épouvante. François P' avait donné ordre de mettre Montmartre en état de défense en cas de nécessité. « Ses ministres, » dit Charles dans ses Mémoires, x ue cessaient d'otfrir la paix, et l'Empereur, estimant, comme toujours, que la paix est le plus précieux de tous les biens, ne repoussa point leurs propositions. Lorsqu'ils virent Parmée impériale s'avancer vers Chàlons, ils parlèrent de paix d'une manière plus pressante encore. » Charles en informa son allié le roi d'Angleterre, qui venait de débarquer sur le sol français et s'était emparé de Boulogne. » « Henri n'avait ni l'argent ni les ressources nécessaires pour aller plus avant, » dit encore l'Empereur; aussi donna-t-il volontiers les mains à la paix ''. »
Charles, à Grespy, (18 septembre 1544) garantit à son ennemi de tant d'années une paix honorable. Pour mettre lin aux longues querelles dont IcMilanais avait été le sujet, on en revintaux anciennes propositions. H fut convenu que le duc d'Orléans, second lils du roi de France, épouserait, soit la princesse Marie, lille aînée do l'Em-
' I'allavicino, lib. V, cap. G. Voyez aussi Diwffel, Karl V uiul die römische Curie, partie 1, p. "lll-'iix.
* Voy. V. ÜRÜFFEL, Karl V und die ri'unische Curie, partie I, p. 215. ■> Voy. V. ÜHUFFEL, p. 176-177. GACUAnü, Trois un/iccs, p. .MO.
* Au'zeichniuKjcn Carl's F, p. 78-80. Voy. sur cette campagne, von DnuFFEt., p. 178 et suiv. GACiiAni), Trois années, p. 313 333.