‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 231 sur 572 · DIÈTE DE WORMS · texte numérisé non relu

DIÈTE DE WORMS

le peuple se livre, et combien de vies innocentes ont été sacrifiées *. »

« Quant à moi, » écrivait le député de Francfort lo 20 avril, « je vois les choses prendre une telle tournure et les membres de la Diète si acharnés les uns contre les autres, qu'en vérité je serais heureux de mourir pour être déchargé des maux qui nous accablent ^. »

Les Protestants espéraient obtenir de l'Empereur que, sans se préoccuper du Concile convoqué par le Pape, il réunit un synode ou assemblée nationale par sa propre autorité et sa tonte-puissance, et fit trancher les questions relig^ieuses par les membres de cette assemblée. Ils repoussèrent même la prière de Ferdinand qui les suppliait d'ajourner les débats religieux jusqu'à l'arrivée de l'Empereur, et de prendre part, mais comme sous condition et sans s'engager à rien, aux discussions sur les subsides.

Le 2i avril, le roi et les commissaires impériaux garantirent aux Protestants « la restauration et la confirmation de l'article du recez de Spire concernant la paix et la trêve, » afin qu'ils n'aient aucun sujet de supposer qu'à l'avenir, « contrairement à ladite paix ettrève, ils puissent être exposés à quelque contrainte ou vexation de la part de l'Empereur, du roi ou des autres pouvoirs catholi(|ues. » Quant au Concile, le roi leur conseillait, au lieu de le rejeter de prime abord, d'attendre ses décisions. S'il ne pouvait poursuivre ses s<';ances, si la conciliation ne se pouvait faire et que la réforme urgente des abus existants ne pût aboutir, » l'Empereur et le roi, de concert avec les États, s'engageaient à traiter et régler toutes les questions en litige dans une assemblée postérieure ^. »

Mais les Protestants s'obstinèrent à repousser purement et simplement le Concile. « Si le roi ne fait droit à leurs réclamations, » écrivait le délégué de Francfort, le 29 avril, «il est fort à craindre qu'ils ne choisissent un endroit à leur convenance pour y rétlécliir à loisir, et pour aviser aux mesures et moyens d'entreprendre

' * Ti-ier'scfie Sachen und Ih-ief^chaflen, fol. 223-227. Dans les délibérations sur les juifs, une commission, chargée d'aviser aux moyens à prendre pour élablir une bonne et ntile police, émit cptte proposition : Puisque, par l'usure juive, un dommage irrémédiable est fait à beaucoup de citoyens, et que par eux le Turc est renseigné sur tout ce qui nous regard • et sur notre exacte situation, la commission prie les membres du Saint-Kmpire de voir, d'examiner, s'il ne vaudrait pas mieux expulser définitivement les juifs de l'Empire Germanique que de les tolérer, à cause du mince profit qu'ils rapportent aux autorités s )us lesquelles ils vivent. « Frankfurter iii;ickslaf/^-uctrn, t. LVllI, fol. Do.

-**• Franlcfurh;r Iteic/istaf/mclcn, t. LVII. fol. 78.

** Voy. ces délibérations ihusles I{eic/islagsacte?i. t. L\'in, fol. 143-14»), lCl-iG3. Voy. Schmidt, Neuere Geschichte der Deutschen, l. 1, p. 10-13.

DISCOURS DR JE\!V Sf-EtDA.N CONTRE l'rGLTSE ET LE PAPE. 1545. 587

une guerre de résistance, devenue à leur avis inévitable ^. » Le 16 mai, rp]nipereur « forcément remis de son attaque de goutte, » arriva à Worms. Il inclinait toujours vers les mesures pacifiques et souhaitait que les princes protestants « se hâtassent de venir en personne à la Diète, pour qu'avec eux il pût terminer tous les différends. Pour décider l'Électeur de Saxe au voyage, il lui fit assurer, par un ambassadeur particulier, « qu'il ne permettrait jamaisau Pape des'ériger en juge suprême du Concile, mais que, d'autre part, userait offensé d'un plus long refus d'obéissance. » L'Électeur persista dans sonabstention, disant qu'il ne viendrait à Worms que si l'Empereur, abandonnant le concile de Trente, consentait à la réunion d'un concile national libre et chrétien. Naves, au nom de Charles-Quint, affirmait aux délégués protestants qu'ils auraient toute liberté d'apporter leurs plaintes et leurs griefs devant le Concile, que l'Empereur ne laisserait entamer de l'épaisseur d'un cheveu ni son autorité ni les droits des membres du Saint-Empire, mais qu'il n'était pas en son pouvoir d'empêcher le Concile de Trente, ayant lui-même supplié le Saint-Père de l'accorder, se conformant en cela au désir si souvent exprimé par les États. D'ailleurs les monarques chrétiens y avaient adhéré. Les Protestants ne devaient pas exiger de lui des choses impossibles, comme ils avaient eu le tort de le faire à la dernière Diète -.

Toutes ces explicationsnefirentaucune impression sur leur esprit. Ils ne sortaient point de ce raisonnement : « Le temps est venu où l'homme de péché, l'Antéchrist, le Pape, qui s'est établi dans le temple de Dieu et s'est élevé au-dessus de tout ce qui s'appelle Dieu ou culte, doit être précipité; tout chrétien a le devoir de travailler de toutes ses forces à déjouer ses pièges artificieux et ceux de ses partisans ^. »

Prenant ce « devoir » à cœur, Jean Sleidan, l'historien futur de la Ligue de Smalkalde, publia deux lettres : l'une adressée à l'Empereur, l'autre aux États. Il n'y avait, selon lui, qu'un parti à prendre : Extirper par la violence l'Église romaine : « Le Pape: c'est l'Antéchrist; il veut perdre la nation allemande; il l'a ruinée, il y a répandu le poison, et l'on a des motifs plus que suffisants de lui reprendre, par une guerre légitime ou de quelque autre manière, tout ce dont il s'est emparé par de criminels artifices. » « L'Empereur jusqu'à présent a été son humble vassal, mais

• Reichstag saclen, t. LVII, fol. 84.

* Springer, p. 32-33. Seckbndorf, t. III, p. 5i4. Schmidt, -Vei^ere Geschichte der Deutschen, t. I, p. 13-17. Voy. Kanke, t. iV , p 259.

' * Dépêche de la Saxe et de la Hesse aux AUiés,Frankfurler Reichs tag ^act en, t. LVUl, fol. 58. Lettre de Mélem, du 20 mars 1545, t. LVll, fol. 45.

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