‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 233 sur 572 · EXCITATIONS A LA HAINE DES CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

EXCITATIONS A LA HAINE DES CATHOLIQUES

C'est un libelle passionné, publié, cette fois, avec la pleine approbation de l'Électeur. Lutlicr employait le langage dont il s'était servi dans les premières années de sa révolte contre lÉglise, alors qu'il exhortait l'Empereur et le roi à joindre leurs forces pour attaquer « le Pape, les cardinaux et toute la vermine de la Sodome romaine » et à « tremper leurs mains dans leur sang *. »

« Les Papes. » disait-il maintenant, « sont les descendants de l'empereur Pliocas. Ce sont d'enragés et de rusés scélérats, des meurtriers, des traîtres, des menteurs, les êtres les plus dépravés de la création. » « L3 Pape et ses partisans ne peuvent être redressés par un Concile, car ils ne croient ni en Dieu ni en l'enfer et sont persuadés qu'après cette vie il n'y en a point d'autre ; ils vivent et meurent comme les vaches et les porcs ; aussi l'idée d'une réforme leur semble-t-elle ridicule, et ce que l'Empereur et les membres de l'Empire auraient de mieux à faire serait de laisser ces infâmes et toute la maudite marmite du diable continuer d'aller à Satan, car avec eux il n'y a rien à espérer. Pour faire la paix, il faut s'y prendre d'une autre manière ; avec les conciles, on ne remédiera jamais à rien. » Quant aux moyens à employer pour exterminer « la papauté fondée par le diable, » Luther les indique suffisamment : « Et maintenant, courage, à l'œuvre! Empereur, roi, princes et seigneurs, que tous ceux qui peuvent attaquer s'unissent! Sachez que Dieu ne bénira pas la main paresseuse en cette besogne. Et d'abord qu'on reprenne à Paul, Rome, la Romagne, Urbin, Bononia et tout ce qui lui appartient comme Pape, car il ne le posséda jamais que par le mensonge et la fraude, et que dis-je mensonge et fraude ? ne l'a-l-il pas honteusement volé à l'Empire à force de blasphèmes,'et grâce à son idolâtrie infâme? Et pour récompenser ceux qui lui avaient fait du bien, il a précipité d'innombrables àmcs dans le feu éternel. Il trouble le royaume du Christ, c'est un monstre, il bouleverse l'univers. On devrait se saisir de lui, des cardinaux de tous ceux qui servent son culte idolàtrique et sa sainteté prétendue, et comme à de vils blasphémateurs leur arracher à tous la langue du gosier, puis clouer à la file sur la potence ces langues de mensonge, de la même façon dont ils suspendent à la file les sceaux de leurs bulles damnées! Et combien ces châtiments seraient légers, en comparaison de leurs blasphèmes et de leurs idolâtries ! Ensuite qu'on les laisse tenir un concile ou autant de conciles qu'il leur plaira sur la potence ou dans l'enfer, au milieu de tous les diables ^ ! »

' 'Voy. notre second vol. p. 107-109.

- SHinmf/. Werke, t. XXVI, p. 108-228. Voy. les passages cités aux p. 124,127, 155. Les bisloriens protestants varient beaucoup dans leur manière d'apprécier

590 DERIS'IERS JOURS DE LUTHER.

Ces paroles et d'autres toutes semblables inspiraient à beaucoup de contemporains de Luther une véritable horreur. Dans les écrits catholi(iues et les correspondances du temps, on retrouve fréquem ment exprimée l'opinion de Willibald Pirklieimer qui affirmait que, pour jurer et maudire avec une telle rage, Luther était certainement fou, ou bien possédé du démon. La haine du Pape était tellement devenue chez lui une idée fixe qu'il jurait même en priant. 11 lui était impossible, prétendait-il, de prier sans maudire. « Si je veux dire : Que votre nom soit sanctdié! il faut immédiatement que j'ajoute : Maudit, damné, honni soit le nom des papistes ! Si je dis : Que votre règne arrive ! je suis obligé de m'écrier tout aussitôt : Que la Papauté soit maudite, damnée, écrasée! En vérité, je prie ainsi tous les jours de ma vie sans relâche, et de bouche et de cœur i. i Une semblable « prière » ne pouvait faire grand tort aux Catholiques, mais ce qui avait les plus tristes conséquences, c'étaient les discours par lesquels Luther excitait les passions religieuses, les haines populaires, et allait même jusqu'à pousser au meurtre les princes et les sujets.

11 regardait comme « édiliant et utile » son écrit sanguinaire. Il avait tellement plu à l'Électeur de Saxe, mandait-il le 14 avril 1545 à un ami, que ce prince en avait acheté quantité d'exemplaires 2. Pendant la Diète de Worms, Jean Frédéric, au grand scandale des Catholiques, le fit distribuer par ses conseillers à tous les membres de la Diète ^, montrant ainsi qu'il l'approuvait

qu'il en partageait les vues. On en peut apprécier l'esprit dès la première page, où l'on voit, au frontispice, le Pape, assis sur son trône, revêtu de ses ornements pontificaux, coilïé d'oreilles d'àne et tout entouré de démons qui couronnent sa tête d'un seau à ordures et le tirent par les pieds dans l'enfer. Intimidés par l'avertissement d'un ministre de Charles-Quint, les délégués de Saxe insistèrent à diverses reprises auprès de l'Électeur pour qu'il fit du moins supprimer cette ignoble gravure; mais Jean Frédéric s'y refusa. Luther, selon lui, était, «en toutes ses actions, guidé par la lumière d'en haut. » « Et nous-mêmes sommes bien

cet écrit. Charles-Adolphe Meuzel (t. II, p. 401) dit à son sujet : « Luther se complaît dans des invectives pour lesquelles il aurait dû ne trouver point de planne, encore moins de presse. Au milieu de ces explosions d'une colère passionnée, des signes évidents de décadence se font jour dans son langage, et nous ne pouvons nous empêcher de regretter que l'état maladif du vieillard miné par tant de souffrances physiques et morales l'ait poussé à ce suprême effort. » Au contraire, Kostlin (t. 11, p. 588) appelle le pamphlet de Luther « son dernier grand témoignage contre la Papauté. »

' Sa7nmtt. Werke, t. XXV, p. 107-108.

-Lettre à Arasdorf, voy. uk Wetti:, t. V, |). 727.

ä Seckenuorf, t, 111, p. .'jdô.Voy. Scauiur, Melauchtkon,p. 443-444.

d'avis, » ajoute-t-il, « que le Pape a mérité non seulement toutes les injures que Luther lui adresse, mais beaucoup d'autres encore^ »

Aussi Luther composait-il un second écrit contre le Pape ; mais torturé parla pierre, qu'il appelait « son bourreau, » il ne put épancher davantage ces sentiments de rage et de haine dont l'extrême violence abrégeait sa vie. Il dut se contenter de souhaiter au Pape et aux cardinaux tous les tourments ({u'il était lui-même condamné à subir -.

Ses derniers jours furent assombris par des angoisses et dt s souffrances indicibles; la situation de l'Allemagne lui semblait désespérée. Les victoires, les conquêtes de TÉvangile devenaient d'année en année plus importantes, les princes, les conseils de ville, les uns après les autres, adoptaient sa doctrine de la justification par la foi seule, confisquaient les biens des églises et des abbayes, déclaraient la Papauté une source empoisonnée d'erreurs et appelaient l'ancienne doctrine « une idolâtrie, un cloaque d'hérésies, » et cependant son àme était plongée dans un véritable désespoir, lorsqu'il venait à considérer les maux issus de la nouvelle organisation ecclésiastique, les dissensions des prédicants entre eux, la tyrannie des magistrats civils, le mépris croissant du peuple pour « les serviteurs de l'Evangile )) et leur dépendance absolue du pouvoir. Il constatait avec effroi les conséquences toujours plus évidentes du renversement de l'ancienne discipline, la rupture de tous les liens organiques de l'Église, la dépravation des mœurs, les vices toujours plus nombreux, et cela jusqu'en son plus proche voisinage, à Wittemberg et aux environs. « Nous sommes ici à Sodome et a Babylone, » écrivait-il au prince Georges d'Anhalt, « tout va chaque jour de mal en pis ^. »

' Seckexdorf, t. m, p. -lôO. Plus ignobles encore sont les gravures sur bois du caricaturiste Lucas Crauach, exécutées d'après les indications de Luther, et propagées dans toute l'Allemague. Luther y avait ajouté ses commentaires. L'une d'elles représente le Pape en grand costume pontitical, assis sur un pourceau, et bénissant de la main droite un tas fumant d'immondices vers lequel le pourceau dirige son grouin. Luther y a ajouté ce commentaire rimé :

Pourceau, laisse-toi bien conduire, Laisse- toi éperonner des deux côté Tu auras pour ta peine un concile.

Que ce régal en soit pour toi le garant

Une autre feuille volante représente le Pape et trois cardinaux attachés à la potence par un bourreau, tandis que quatre diables ailés emportent leurs âmes. On lit au-dessous celte inscription de Luther : « Digne récompense du Pape archisatanique et de ses cardinaux. » Schüchardt, t. 1, p. 176, et t. II, p. 248-253. Pour plus de détails, voy. ma brochure Ein ziveites Wort, an meine Krili/cer,p. 98-lUl. Schuchardi range les pamphlets en images par lesquels Cranach déshonorait alors l'art allemand sous le titre de « Dessins et gravures religieuses. »

- De Wette, t. V> p. 743 Le soir même de sa mort, rapporte le médecin Ratzeberger, Luther écrivit avec de la craie le vers suivant sur la muraille : « Pestis eram vivus, moriens ero mors tua, papa. » Ratzebergër, p. 138.

» DE Wette, t. V, p. 722.

Dans les villes et villages dépendant de la paroisse de Wittemberg, il disait ne connaître qu'un seul paysan, pas davantage, «|ui engageât sa famille à entendre la parole de Dieu et à assister au catéchisme. Les autres, 'Selon lui, « prenaient tout droit le chemin de l'enfer. » « Une plainte générale s'élève, et elle n'est que trop justifiée: on dit que la jeunesse est maintenant très dissolue, très indisciplinée, qu'elle refuse de se laisser corriger et qu'elle a oublié ce que c'est que la parole de Dieu, le baptême, l'Eucharistie. Tous les vices s'étalent au grand jour, car le monde, en peu de temps, est devenu prodigieusement orgueilleux, ce qui attire sur lui le courroux du ciel. » « Qui de nous aurait eu le courage de prêcher lÉvangile, » s'écriait-il, « s'il avait pu prévoir les calamités, les séditions, les scandales, les blasphèmes, l'ingratitude, la perversité qui devaient suivre notre prédication? Regardez comme nobles, bourgeois, paysans foulent la religion aux pieds! Voyez comme, en réduisant les prédicants à la plus extrême misère, ils les forcent à s'expatriera » Si Wittemberg lui semblait une nouvelle Sodome,Leipsick, ville pourtant si attachée à sa doctrine, était selon lui encore plus corrompue. « Ils veulent se damner, » écrivait-il le 8 janvier 1546, « eh bien! que leur volonté soit faite ^ ! »

A Wittemberg, la dépravation des mœurs et l'impiété en vinrent enfin à un tel excès que Luther crut de son devoir de quitter la ville. Vers la fin de juillet 1545, il ordonna à sa femme de vendre « tout son ménage,» parce qu'il avait l'intention de s'en aller pour ne plus revenir. « Si les choses continuent sur ce pied, Wittemberg dansera bientôt non la danse de Saint-Gui ou celle de Saint-Jean, mais celle du mendiant et celle de Beizébuth. Sortons au plus vite de cette Sodome ! » Il préférait aller de ville en ville en mendiant son pain « que devoir ses pauvres derniers jours torturés et troublés par la vue des crimes de tout genre qui se commettaient à Wittemberg ^.)) A la prière de l'Electeur, il resta, mais au mois de décembre il parla de nouveau de départ *.

' Lauterbach, Tagebuch, p. 113, lli, 135. Voy. aussi Döllinger, Refurmalion, t. 1, p. 293 et suiv.

« DE Wette, t. V, p. 773.

^ Voy.DF, WettE, t. V, p. 553. Les théologiens protestants tracèrent plus tard un tout autre tableau de Wittemberg au temps de Luther : « Quel temps béni devait être celui ou le docteur Luther était encore de ce monde, » disait, en 1.^8t), le professeur Mylius dans son oraison funèbre du bourgmestre de Wittemberg L. Cranach. » Quel bonheur de le voir en chaire! Quelle noble Eglise ! Quelle admirable discipline devait alors exister! On pnut encore en, juger par les débris de la beauté du vase. » Tholuck, Der Geltet der Theo/uf/e/i Wil/enberf/x, p. 49-50.

* BuiiKQAnDT, Luther Briefwechsel, p. 475-176, 482. Le chancelier Brück dit à l'Electeur, le 3 août 1545, «que Luther avait ordonné à sa femme de tout faire vendre chez lui. » Mais, ajoute-t-il, « les acheteurs ue se présenteront pas de sitôt, car

Il était brouillé avec ses collègues et ses anciens frères d'armes, car tous n'admettaient pas sans protestation ses affirmations de plus en plus tranchantes et sa façon d'interpréter TÉcriture. Toute contradiction le mettait hors de lui. « Presque aucun de nous, » écrivait Cruciger à Yeit Dietrich, « n'échappe à son humeur bourrue et n'évite les rudes coups de discipline qu'il distribue en public à ses amis. » Une rupture complrte se fût produite entre lui et plusieurs de ses disciples, si Mélanchthon, par sa modération et son tact délicat, n'eût réussi t;uit bien que mal à sauvegarder les apparences; mais on pouvait toujours craindre un orage subit*. Mélanchthon déplorait les emportements de Luther, son entêtement, sa passion de dominer ; il le comparait au démagogue Cléon, et se plaignait de l'ignominieux esclavage auquel il se voyait assujetti -. Luther soupçonnait sans cesse ses meilleurs amis de s'écarter de la pureté de sa doctrine : « Quand je ne serai plus, » répétaitil, « pas un seul théologien de Wittemberg ne restera fidèle à ce que j'ai enseigné. » Abattu, découragé, il disait, peu do jours avant sa mort : « Si je savais devoir vivre encore cent ans et réussir à dompter, par la grâce de Dieu, non seulement toutes les intrigues, séditions et tempêtes actuelles, mais toutes celles de l'avenir, je vois bien que, malgré cela, nous n'aurions pas réussi à procurer la paix à nos descendants, car le diable vit et règne ^. »

« Le diable » ne lui laissait à lui-même « aucun répit. » Les batailles qu'il lui livrait la nuit martyrisaient son corps et l'épuisaient de telle sorte qu'après ces crises il restait haletant, épuisé, sans voix : « Suis-je donc le seul, » disait-il, « qui doive être ainsi affligé dans mon esprit ? » « Si quelqu'autre que moi eût passé par do pareils assauts, il serait mort depuis longtemps! Je n'en ai pas eu à soutenir de plus grand, de plus etlroyable, qu'au sujetde ma prédication, alors que je me disais à moi-môme : Est-ce ainsi que tu t'es fait l'arbitre de tout? » Ses continuelles angoisses, ses doutes, ses tourments de conscience sur la légitimité deses actes, les protestations de sa raison, tout cela passait à ses yeux pour des tentations ou suggestions sataniques. Il disait que l'on ne peut maîtriser la raison « qu'en lui tordant le cou à l'aide de la foi, » et qu'il faut égorger cette brute ■^ » La dernière fois qu'il prêcha à Wiltem-

ici beaucoup sont dans le besoin, et n'ont pas de propriétés et de maisons aussi opulentes que les siennes. » Voy. Kolde, p. 416.

' Corp. Beform., t. V, p. 314.

- Corp. Reform., t. III, p. o9i, et t. VI. p. 879. Ainsi parlait Mélanchtbon, que Luther appelait « homo lenerrimus et patheticissimus ».Voy. de WeUe, t. 111, p. 49i.

» Keil, p. 243. 23-2.

'Sammtl. \Vcr/;e, t. LIX, p. 296. t. LX, p, 6, 43-46,108-109 111. et t. LXil. p. 16. « Il avait h la vérité l'intention de décrire, pour la consolation de plu-

berg (15i6),il s'efforça, dans un langage passionné, de mettre son auditoire en g.irde contre la raison : « Usure, ivrognerie, débauche, adultère, meurtre, homicide, tous ces vices, on losaporçoit aisément; le monde lui-même comprend que ce sont des vices; mais la raison, la liancée du diable, la belle prostituée, prétend marcher toute seule, et ce qu'elle dit, elle s'imagine que le Saint-Esprit le lui inspire. C'est la pire courtisane du diable K »

Le même jour, il écrivait à un ami : <> Je suis vieux, usé, abattu, fatigué, glacé, presque borgnC; et cependant on ne me laisse aucun repos -. »

Il avait été chargé d'une affaire épineuse. Depuis longtemps, il constatait, à sa grande tristesse et amertume, que, dans le comté de Mansfeld, où il était né, le peuple était en général, « à la honle de l'Évangile, plongé dans les vices les plus grossiers. » On lui signalait tous les jours « des forfaits exécrables ^. » Les comtes de Mansfeld avaient si mal administré leur fortune qu'ils étaient complètement ruinés; de plus, à propos de certaines conleslations d'intérêt, ils s'éiaient brouillés; l'idée leur vint de prendre Luther pour arbitre de leur (juerelle; ils le prièrent de venir à Eisleben. En passant par Halle, l'aspect de quelques moines revêtus de leur habit religieux mit Luther en fureur. Ayant lui-même rompu ses vœux et abandonné son couvent, la vue d'un froc lui était odieuse; aussi, le ^5 janvier, étant monté en chaire, il dit en s'adressant aux conseillers de la ville: « Jene puis assez m'étonner, messeigneurs, de vous voir, vous, les maîtres de Halle, tolérer encore parmi vous des moinesabjects et sordides, alors que vous savez qu'ils n'ont pas encore renoncé à leurs blasphèmes impies contre Dieu et sa sainte

sieurs, se^ terreurs, ses mortalles angoisses, ses torturer physiques el morales, ses teiilations intérieures, » écrit Mathesius, (p. 183) « mais le monde n'était pas digne de ses révélations. .. « llavait souvent pré-enle à lespril la manière dont le démon l'avait inlerieuremeultorluré.jusqu'à le [aire souffrir en ses membres, jusqu'à réduire son corps au plus extrême abattement. » Bien souvent, » disait-il. « le diable a voulu m'épouvanler, et m'est apparu en personne. « Je l'ai entendu bien souvent faire rage la uuitdans mon l^athmos, et à Cobourg, je l'ai vu dans une étoile ; une autre fois, dans mon jardin, sous la forme d'un sanglier. » » Un jour, » raconte son panégyriste (p. 1:2S) a j'étais dans le jardin avec le docteur ; il me dit qu'il serait bient*?)! réduit à d mander à l'Klecteur quelq le vieux clocher ou il put enfermer les de lions firouclies dont il était assailli, car Satan excitait parmi les apôtres et les fidèles de la nouvelle doctrine de grands scandales L homme du peuple était rude,di>ait-il, et cummenç lit à mépriser et à humilier les serviteurs de 1 Eglise. En vérité, l'àme de ce saint vieillard était torturée par les crimes dont il était lemoiu ou dont on lui faisait tjus les jours le récit. 11 me faisait penser au saint homme Lolh à Sodome. »

^Sdm'nll Werke, t. XVI, p. 142-118.

» DE Wetti:, t. V, p. 778.

a l'onr plus de détails, voy. lüciiTün, Ltaïujel. Kirchenordnungen, t. II, p. 142-143.

pirole. Ces hardis coquins se réjouissent de l'œuvre insensée et des singeries damnées inventées par le cardinal Albert de Brandebourg; or, nous savons fort bien qu'elles sont injurieuses à Dieu. Quand donc, raesseigueurs, aurez-vous enlin le courage de chasser ces moines stupides ^ ? » Poursuivant son voyage, ce sont les juifs qui excitent sa colère. Déjà, dans l'un de ses écrits, il avait parlé de mettre le soufre, la poix et, s'il se pouvait, le feu de l'enfer, aux synagogues et aux écoles juives ; déjà il avait cons3illé de détruire les maisons des juifs, de s'emparer de leurs capitaux et de leurs effets précieux et, si tout cela ne suffisait pas, de les chasser en pleine campagne comme des chiens enragés. « Voilà, » avait-il écrit, « conuncnt il faut agir pour glorifier Notre Seigneur, et alin que Dieu s'aperçoive que nous sommes chrétiens I » Il avait terminé son apostrophe en disant : « J'ai fait ce que je pouvais; que chacun songe maintenant à son devoir ^î » A présent, c'est en pleine chaire qu'il désire parler contre les juifs d'EisIeben; il fait part à sa femme de ce projet, qu'il mettra à exécution aussilôtque lalfaire qui loccupc et le fatigue sera terminée : « Le comte Albert leur est hostile et les a déjà abandonnés, » écrit-il, « mais avec tout cela, personne ne bouge. Si Dieu le permet, j'unirai mes eirt)rts aux siens et les livrerai en chaire à l'exécration générale. » « N'était notre besogne, nous aurions ici suffisamment à manger et à boire et nous mènerions bonne vie, mais notre désagréable tâche ne nous le permet guère. » « M'est avis que l'enfer etle monde entier doivent être (mi ce moment débarrassés de tous les démons, car, sans doute à cause de moi, ils semblent s'être tous rassemblés à Eisleben, tant notre affaire est difficile et résiste à nos etforts. On voit ici des juifs dans toutes les maisons, et quelquefois plus de cinquante habitent ensemble^'. » H préparait un sermon contre la Papauté et un autre contre les juifs, qu'il fallait chasser du pays s'ils refusaient le baptême. Quiconque n'était pas de cet avis était pire qu'un juif en son cœur; il blasphémait le Christ, et préméditait la ruine et môme le meurtre de son prochain .

il lui fallut renoncer à l'espoir de maudire une dernière fois la Papauté et les juifs : il étaitépuisé, physiquement et moralement, il expira dans la nuit du 18 février 15i6 ^.

^Sdmynd. Werke, t. XVI, p. i26-127.

' Sdmmll. Werke, t. XXXll, p. -217, 233, 252, 239.

» DE Wette, t. V, p. 784-787.

* Sâmmil. Werke, t. LXV, p. 188.

* En beaucoup d'églises, on suspendit le portrait de Luther avec cette inscription ; «Divus et sanctus Doclor Al. Luiherus. » Un publiait des écrits avec des titres dans le genre de ceux-ci : « Le prophète Luther, recueil de ses prophéties. » a Luther

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