‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 241 sur 572 · LEMPEREUR SE DECIDE A LA GUERRE. 1S4C · texte numérisé non relu

LEMPEREUR SE DECIDE A LA GUERRE. 1S4C

plorer la protection de la confédération Suisse par une ambassade solennelle i.

Charles van der Plassen écrivait le 17 juillet : « Lorsque l'Empereur reproche aux Protestants l'injustice de pareils procédés dans des territoires où ils n'ont aucune autorité, la persécution dont les Catholiques sont l'objet, la fermeture des églises, des couvents, des établissements charitables, des écoles, les pamphlets de tout genre répandus contre le Pape, le clergé, et tous les citoyens demeurés fidèles comme lui à l'antique foi, ceux-ci lui répondent « qu'ils ne se sententpoint coupables, qu'ds n'ont rien fait de conlraireà l'Évangile, et qu'abolir l'idolâtrie, proscrire un culte manifestement payen, est un devoir prescrit par le Saint-Esprit dans la Sainte Écriture^. »

La patience de l'Empereur était à bout.

11 écrivait à la reine Marie, le 9 juin 1546: « Tu sais, chère sœur, ce que je t'ai dit à mon départde Maestricht,et comment j'étais résolu à tout faire pour pacifier l'Allemagne et rétablir l'ordre sans recourir aux mesures rigoureuses. » Sur sa route, il a, dit-il, rendu visite au comte palatin Frédéric, son cousin, et au Landgrave de Hesse; à Ratisbonne, il n'a rien oublié pour ramener les Luthériens et autres égarés par la douceur et l'indulgence. » Mais, ajoute-t-il, « ma bonne volonté reste inutile; malgré mes messages, mes instantes prières, les princes se refusent absolument à assister aux Diètes d'Empire. Il m'est revenu de plusieurs côtés qu'après celle-ci, de laquelle, à les entendre, rien d'utile ne peut sortir, et qui laissera les choses dansla confusion déplorable oùnous les avons trouvées, leur dessein est d'établir entre eux un gouvernement nouveau, auquel, abolissant l'autorité de l'Empereur et celle des princes ecclésiastiques, ils s'efforceront de soumettre l'Allemagne entière, afin de pouvoir ensuite entreprendre tout ce que nous pouvons le plus redouter, surtout contre ma personne et celle de Ferdinand. Si l'on remet à plus tard l'emploi de mesures rigoureuses, les Catholiques sont perdus sans ressource. J'ai grand'pitié des plaintes qu'ils me font parvenir et des maux qu'ils me signalent. Après m'ètre longuement entretenu de ces choses avec mon frère et le duc de Bavière, notre cousin, nous avons reconnu qu'il n'y a d'autre parti à prendre que la guerre, et qu'il faut dompter par les armes ces esprits rebelles et récalcitrants, de manière à les forcer à nous faire des conditions acceptables. Si nous ne pouvons obtenir que cela, nous ne serons du moins pas exposés à tout perdre. Le moment semble extrêmement propice à notre entreprise, car le parti

1 Neddecker, Urkunden, p. 732-735.

2 Trierischen Sachen und Briefschaften, fol. 235.

61G TRAITÉ DR l'EMPEREI'R AVEC LA BAVIÈRE. 1546.

des rebelles est déjà très affaibli et épuisé par des frais de guerre considérables. Outre cela, l'Électeur, le Landgrave, les princes de la Ligue ont excité contre eux le ressentiment général par leurs exactions et leur tyrannie, qui surpasse tout ce qu'on a jamais vu de plus aflreux.La noblesse et les princes les jalousent et sont très mal disposés pour eux. Ils reprochent surtout à Philippe la captivité du duc de Brunswick et l'injuste prise de possession de son duché. De plus, les Luthériens sont divisés en beaucoup de sectes i. » L'Empereur fait part à sa sœur de son espoir de voir Maurice de Saxe, Albert de Brandebourg et quelques autres princes adhérer au Concile et lui annonce que le Pape lui a offert d'importants secours ^.

Le 7 juin, deux jours avant que cette lettre n'eût été expédiée, un accord avait été conclu entre Charles-Quint, Ferdinand et le duc Guillaume, resté seul maître de la Bavière depuis la mort de son frère Louis ^ 5 Eck, que l'Empereur, par un don de deux mille couronnes, avait enfin réussi à attacher à ses intérêts *^ en avait été Tintermédiaire. Guillaume offrait cinquante mille florins d'or, de l'artillerie, des munitions, des vivres. En témoignage de sa gratitude, l'Empereur lui promit que, si l'Électeur Palatin Frédéric ne rentrait pas de lui-même dans le droit chemin et qu'il fallut le soumettre par les armes, le duc serait élu Électeur en sa place, et que son fils et son héritier,Albert, épouserait Ânne,ulleainéc deFerdinand, de sorte qu'après l'extinction de la descendance mâle du roi la couronne de Bohême reviendrait à la Maison de Bavière. Guillaume éluda adroitement tout engagement précis, quant à la part personnelle qu'il comptait prendre à la guerre.

Le même jour Charles concluait avec le Pape un traité dont voici à peu près lestermes^: « Comme l'Allemagne depuis nombre d'années est tombée dans de grandes erreurs touchant la foi, et que la ruine de cette nation était à craindre, le Concile général s'est réuni à Trente pour la restauration de l'unité et de la paix; déjà il a tenu beaucoup de séances. Mais les Protestants et les Alliés de Smalkalde ont refusé de se soumettre à ses décisions, ce que voyant, le Pape et l'Empereur ont trouvé juste et nécessaire de s'unir entre eux dans les déclarations suivantes : Premièrement l'Empereur, avec l'aide

1 Les sectes sont si fréquentes parmi les Protestants, écrit Charles à son fils Philippe, le iH février 15iU, qu'on voit les membres d'une même famille dififèrer d'opinion : « la division que hay entre los protestantes, uo solo en los pueblos, pero aun eu sus mismas casas. » Uolli^geh, Uucui/ioile, 42.

» Lanz, Covrespomtcnz, t. II, p. 48()-4',»l.

» Lanz, t. Il, p. 648-652. Voy. von DhukI'KL, ]'if/liusTti;jebHcfi, t. II, p. 7-11,

* Voy. V. Drukfel, V'kjUus, Tar/ehuc/i .

^ Lenz, Kriefjsführang der Scftinal/caldenc7',i). 390.

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