ALLIANCE DE L'EMPEREUR AVEC LE PAPE
et l'assistance du Pape, au mois de juin prochain, marchera avec toutes ses forces contre les princes qui ont osé rejeter le Concile, contre la Ligue de Smalkalde et tous ceux qui, en Allemagne, sont engagés dans l'hérésie, afm de les remettre sous l'autorité de l'antique, infaillible et véritable religion du Christ et l'obéissance du Saint-Siège. Mais auparavant l'Empereur ne négligera rien pour ramener les rebelles par les voies de la douceur; cependant, sans l'assentiment du Pape, il ne contractera avec eux aucune alliance et ne fera aucune démarche pouvant porter le moindre préjudice à la foi et à l'Église. Le Pape s'engage à donner, pour les frais de la campagne, deux cent mille florins, lesquels devront lui être restitués dans le cas où la guerre n'aurait pas lieu. 11 promet de plus de fournir douze mille fantassins italiens et cinq cents chevau-légers, et de pourvoira leur entretien six mois durant. Il cède à l'Empereur, pour un an, la moitié des revenus des églises d'Espagne, et cinq cent mille ducats prélevés sur les biens des couvents espagnols; mais cet argent ne devra être employé qu'à la guerre, et l'Empereur, sur ses propriétés^ fournira en caution une somme équivalente. La Ligue Catholique sera ouverte à tous les princes et à tous les pouvoirs laïques ou ecclésiastiques *. »
Mais presque aussitôt la signature de ce traité l'Empereur le viola en faisant d'amples concessions au sujet de la religion aux margraves Hans de Brandebourg-Ciistrin et Albert de Brandebourg-Gulmbach ainsi qu'au duc Maurice de Saxe, qu'il espérait par là détacher de la Ligue et rattacher à sa cause.
Depuis la querelle survenue au sujet de Würtzen, Maurice et Jean Frédéric étaient mal ensemble. La méfiance et la jalousie avaient remplacé l'ancienne cordialité de leurs rapports, car tous deux convoitaient les évêchés de Magdebourg et d'Halberstadt^.
1 GoLD ALT, Reichshanlimgen , p. 139-141. Werbung des Nuntius in Luzern auf St-Jacobslag (25 juillet 1346.) Archives de Lucerae, fascicule: « Teutsche Reichs' kriege. » Voy Pallavicino, lib. VllI, p. 1,3.
- Maurice était entré dans la Ligue de Smalkalde en 1539 (voy. plus haut p. 431) ; mais, en 1342, il déclara au Landgrave de Hesse que les Etats de son duché refusaient d'en faire partie, disant que dés qu'il s'agirait de défendre la religion, il serait prêt à faire cause commune avec eux. (Voigt, Herzog Moritz, p. o8-û9.) En mars 1343, il proposa aux chefs de la Ligue une alliance étroite, car le péril semblait grandir, et Satan se préparait à mettre de grands obstacles à la parole de Dieu. Son avis était de fournir à l'Empereur des secours abondants contre les Turcs ; c'était le meilleur moyen d'obtenir de lui l'abandon du bien d'Eglise, c'est-à-dire des principautés ecclésiastiques, et les princes alliés partageraient ensemble le butin. Philippe accepta la proposition, mais non l'Électeur, qui ne voulut entrer dans aucun arrangement avant que certains différends sur les limites de leurs états respectifs n'aient été accommodés entre lui et Maurice. Philippe reprocha alors à Jean Frédéric de mettre ses petits avantages au-dessus des intérêts de la religion et de la foi de tous les peuples. (Voigt, Moritz, p. 116-118,
618 CONVENTION ENTRE l'EMPEREUR ET MAURICE DE SAXE. 15'j-6.
Au mois d'avril 15iG, pendant la Diète de Ratisbonne, Maurice fit savoir à Granvelle, par l'entremise desonambassadcurChristophede Carlowitz, qu'il serait disposé à s'entendre avec l'Empereur au sujet de la transmission du protectorat héréditaire de ces deux évêchés. Granvelle engagea le duc à venir lui-même trouver l'Empereur, l'assurant de Taccueil indulgent et paternel qu'il recevrait. Le 24 mai, Maurice entrait à Ratisbonne, et Charles, entirrement résolu à la guerre, conclut quelques jours après un important traité avec ce prince (19 juin 1546). En dépit des engagements pris envers le Saint-Siège, Granvelle assura Maurice « que l'Empereur songeait à réunir un concile général auquel toutes les nations chrétiennes seraient conviées et dont le Pape serait obligé de reconnaître l'autorité; que les Évangéliques y auraient toute liberté d'exposer leur doctrine directement et que, sans aucune passion, elle serait confrontée avec les textes de la Sainte Écriture ^. » Traitant avec Maurice, l'Empereur se contenta d'exiger de lui la promesse « qu'il se soumettrait au Concile dans la mesure où les princes d'Allemagne s'y soumettraient. » Si Ton ne parvenait pas à s'entendre sur tous les articles de religion et que trois ou quatre seulement restassent indécis, Maurice reçut l'assurance que jusqu'à la parfaite conciliation il ne serait point inquiété au sujet de la foi et pourrait se croire en parfaite sécurité. Pareille garantie fut donnée au margrave Jean de Cüstrin.
Par de si larges concessions, l'Empereur sacrifiait une fois de plus l'autorité du Concile.
Granvelle envisageait toujours la question religieuse comme en 1541, alors que Mathieu Held disait à son sujet : «Dans les choses de la foi, Granvelle veut tout régir : il ajoute, il retouche, il marchande, il vend, il achète, tout comme s'il s'agissait d'une simple affaire temporelle, et comme si Dieu avait Hmb la foi, la do'irine et le gouvernement de l'Église, non aux successeurs de Saint Pierre ni aux Apôtres, mais aux ministres, aux juristes, taix
V. Langijnx, Morilz, t. I, p. 205 et suiv. Rommel, t. I, p. 520, t. 11, p. 4S0.) Vers la fin de 1515, les dernières « entrevues amicales » des deux cousins eurent lieu à Torgau, à Schvveinitz et aux environs de Chemnitz ; les princes s'y livrèrent à " d'horribles orgies ». Celait à qui boirait le plus. L'Electeur, passé maître en cet art, eng:igeait des paris avec les convives. Beaucoup payèrent cher ces honteux excès. Le comte Georges de Mansl'eld, après une orgie, revint à Chemnitz ù demi mo"t; d'auties, parmi lesquels le comte Ernest de Scliöiiberg, burent jusqu'à en mourir. Maurice lui-même, bien qu'il fût du nombre des plus excités et supportât son vin mieux que qui que ce fût, dut céder la victoire à son cousin. On le ramena eu litière à Drestie, où sn vie fut quelque temps en danger. Voy. V. Lkngk^n, Melchior von Os.«^«, p. C7-GS. Arnold, p. H74-H75, 1253-1254. Voy. Voigt, Morilz, p. 122-1-23.
' Dépêche du duc Maurice à Philippe de liesse, <3juin 1Ö4G. Voy. IIevd, t. III, p. 330-331.