LES ALLIÉS SE PROPOSENT LA PROSCRIPTION DU CLERGÉ CATHOLIQUE
avocassiers*. » Granvelle affirmait aux conseillers de Maurice que sur la justification l'accord était presque lait. Quant au mariage des prêtres et à la communion sous les deux espèces, c'étaient, à son avis, des questions de détail ; que le duc ait appliqué les revenus des couvents et le bien d'église selon qu'il l'avait cru nécessaire au bien général, la chose était de trop mince importance pour que l'Empereur pût lui en faire un grief sérieux.
Maurice obtint le protectorat des évêchés de Magdebourg et d'Haï berstalt^ et prit l'engagement de laisser l'archevêque eJ leurs sujets entièrement libres de pratiquer l'ancienne religion, promettant de respecter leurs libertés et privilèges, ainsi que le droit d'élsctiondes chapitres, à la condition, toutefois, que ceux-ci feraient choix de personnes qui ne lui seraient pas hostiles et auraient obtenu l'assenti nient de l'Empereur et du roi. Charles, dans l'éventualité d'une guerre, s'assura sinon la coopération du moins la neutralité du duc, qui jura de se comporter en toute rencontre en prince iîdèle et obéissant, et de rester à jamais le serviteur fidèle et dévoué des Maisons d'Autriche et de Bourgogne 2. Dix jours après, le 29 juin, il faisait au Landgrave les plus chaudes protestations de fidélité, et s'engageait à faire tous ses efforts pour détourner de la Saxe et de la Hesse les malheurs qui les menaçaient. Philippe, disait-il, pouvait se reposer entièrement sur «sa très loyale amitié ^. »
Pendant ce temps, les députés de la Ligue tenaient leurs Élals à Worms, puis à Ulm. A la première de ces assemblées, l'archevêque de Cologne, l'Électeur palatin Frédéric et l'évêque de Munster émirent l'opinion qu'il fallait étendre et accroître la Ligue en y recevant de nouveaux membres; la villedeRavensbourg fut admise*. A Ulm, (juin 1546) il fut convenu que si l'Empereur déclarait la guerre, les évêchés d'Empire, pour le plus grand avantage des Alliés, seraient {( sécularisés, évangélisés, et pourvus d'une bonne constitution chrétienne. » Le vice chancelier de rÉIecteur^, Burkardt, dit à ce propos « qu'il n'était pas besoin de se tant tracasser quant au clergé et à ses propriétés ; les prêtres étant les ennemis naturels de la Ligu3, on n'avait tout simplement qu'à s'emparer de ce qui leur appartenait et (( celui qui happerait un bon morceau le pourrait garder en toute sécurité de conscience^. » Philippe de Hesse avait le premier tracé cettelignedeconduite : « Quand le moment sera venu, » avait-il écrit le 26 juin à Ulrich de Wurtemberg, ainsi qu'aux conseils d'Augs-
* Reformalionvon Goslar, p. 73, appendice 2.
* Voy. ces négociations dans Hanke, t. VI, p. 2)3 213. Voy. Voigt, Movilz, p. 151-165. VON Dbuffel, Viglius, Tagebuch, p. liiS.
5 Instruction pour le D' Fachs, voy. vox Laxgenn, Mor'itz, t. II, p. 266-268.
* ' Recez des Etats de Worms, 22 avril l.^)i6, archives de Francfort. ^ Voigt, Moritz, p. 137.
bourg et d'Ulm, « il faudra se mettre rondement à la besogne et ne cesser que lorsque tous les prêtres auront été expulsés de l'Allemagne. Sur ce point, tous doivent prendre une résolution énergique * . »
Ainsi donc, comme rEmpereur,bien informé de leurs desseins, l'écrivait à sa sœur, les Alliés étaient décidés, non seulement à supprimer les princes ecclésiastiques, si, dans la guerre, la fortune leur souriait, mais encore à proscrire le clergé catholicjue tout entier.
(( L'Empereur est en colère pour tout de bon, » écrivait de Ratisbonne à Philippe un émissaire hessois, « il est maintenant résolu à aller jusqu'au bout. » « Il en veut surtout au Landgrave et à Cologne. » « Un homme docte et pieux a été chargé d'entamer la dispute avec l'évèque d'Augsbourg; il lui a dit de rudes vérités; la chose nous touche de près, et ce n'est pas seulement au sujet de la foi, c'est à cause de la désobéissance de Votre Grâce et de son refus de paraître à la Diète que l'Empereur est irrité. » « Il ne s'agit pas seulement de religion, c'est au sujet de questions profanes que Sa Majesté est courroucée et veut la guerre '^. »
Charles lui-même écrivit dans ce sens à Strasbourg, Nuremberg, Augsbourg, Ulm, au duc Ulrich de Wurtemberg et à l'archevêque de Cologne. (( L'intérêt de l'Empire, » leur disait-il, « l'obligeait à recourir aux armes ; son but était de restaurer la justice et l'ordre dans l'Empire, d'assurer sa propre dignité et de confondre les desseins de quelques agitateurs qui, si on les laissait faire, auraient bientôt consommé la ruine de l'Allemagne. » « Plusieurs perturbateurs de la paix et du droit, » écrit-il le 16 juin aux quatre villes, « ont trop longtemps, sous prétexte de religion, voulu dissimuler l'injuste violence de leurs actes. Ils ont mis sous leur joug les membres de l'Empire restés fidèles; après les avoir dépouillés de leurs biens, ils ont osé attenter à l'autorité et souveraineté impériales, disant tout haut qu'ils tireraient l'épée contre l'Empereur; depuis des années, ils excitent contre lui les passions populaires, à l'aide de pamphlets odieux, outrageants, attentatoires à l'honneur, ou par des caricatures propres à exciter parmi le peuple la révolte et la sédition. Il était impossible 'de tolérer plus longtemps de pareils désordres; je ne puis vouloir la ruine et la dévastation de l'Empire, et surtout des villes libres. Aussi suis-je décidé à faire rentrer les récalcitrants dans l'obéissance, atin de rétablir en Allemagne la sécurité et la paix. »
Des deux côtés, on se préparait avec ardeur au combat; mais tandis que l'Empereur, à Hatishonne, parvenait à grand'pcine « à
> RoMMEL, Urkunden buch, p. 135.
* Archives de Francfort.