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LES ALLIÉS COMMENCENT LA GUERRE DE RELIGION

rassembler un faible corps de troupes, la Ligue voyait partout s'organiser ses compagnies, ses régiments. Augsbourg surtoutmontrait un zèle infatigable ; son général, Schärtlin de Burtenbach, enrôlait des soldats dans tous les pays voisins, et jusque dans le Wurtemberg et en Alsace.

Schärtlin, au printemps de 1546, avait abjuré « le papisme » à Burtenbach et brûlait d'en finir « avec la race des prêtres. » Lorsque Charles, le 19 juillet, lui eut intimé l'ordre, « sous peine de mort, » de cesser ses armements et de rendre au service de l'Empereur les lansquenets qu'il avait enrôlés, Schärtlin, plein du sentiment de sa force, répondit avec insolence « qu'il ne les avait rassemblés que pour protéger et sauver sa patrie. » Le 23 juin, Augsbourg lui ouvrait ses portes, bien que ce jour-là même le conseil de la ville eût fait à l'Empereur cette hypocrite protestation : « Sa Majesté ne verra désormais en nous qu'une cité obéissante envers elle et envers le Saint Empire; nous serons preisen tout temps à lui témoigner la soumission qui lui est due et à sacrifier nos biens pour repousser ses ennemis'. » Schärtlin fut élu général en chef des villes de l'Oberland. Son avis était de commencer immédiatement l'attaque, de surprendre le plus tôt possible les places de ralliement de l'Empereur, d'occuper les passages des Grisons et du Tyrol, et defermer à Charles-Quint l'entrée de l'Italie. Après la prise de possession des défilés d'Ehrenberg et de Finstermünz, la conquête de l'évêché d'Augsbourg serait, selon lui, chose aisée. Ulrich de Wurtemberg, le 4 juillet, lui offrit son infanterie, mais il ne voulut jamais mettre sa cavalerie sous les ordres du général des villes libres. « Nous sommes persuadé, »écrivait-il le 9 juillet à ses conseillers, « qu'il serait ravi de se servir de nos cavaliers, mais après les avoir bien harassés, il nierait en avoir reçu quelque assistance. Avant de voir mes braves humiliés, je voudrais voir le traître ainsi écartelé 2. » Ce même 9 juillet, Schärtlin, avec vingt-quatre compagnies et douze pièces de grande et de petite artillerie, était aux portes de Füssen; la ville fut prise d'assaut; aussitôt l'ancien culte fut aboli et « les idoles » jetées hors des églises; grâce au zèle d'un prédicant, Schärtlin put a affranchir en peu de jours les honnêtes et pieuses âmes de ce pays des chaînes du démon. » Dans la nuit du 10 au 11 juillet, après un assaut habilement donné, il s'empara du château d'Ehrenberg, et annonça l'intention (( d'aller rendre visite au Concile de Trente. » il espérait en peu de temps se rendre maître du Tyrol et s'avancer jusqu'aux frontières d'Italie.

1 Herberger, LXXX-LXXXIII.

^ Heyd, t. 111, p. 373.

Mais Augsbourg, craignant d'être attaqué par la Bavière, le rappela en toute liàte. Les conseillers de guerre de la Ligue, réunis à Ulm, exigèrent que, descendant l'iller, il accourût au plus vite, car leur avis était de concentrer à Ulm toutes les forces dont on pouvait disposer pour se porter en masse vers Ratisbonne et surprendre l'Empereur dans son camp. Avant de quitter Füssen, Schärtlin saccagea les églises et dépouilla les prêtres; suivant son expression, « il peigna le clergé par le gros bout du peigne. » Il donna l'ordre aux paysans d'abattre eux-mêmes « les idoles » de leurs églises et lit servir les calices, l'orfèvrerie des sacristies à des usages vulgaires. » Dans les couvents d'horribles forfaits se commirent i. Il contraignit tous les bourgs de levêché àlui jurer foi et hommage « par ordre de la Ligue. » Dans ses mémoires, il s'étend avec complaisance sur le riche butin que lui valurent ces jours de pillage : « J'ai pris au prévôt de Wettenhausen, les deux bourgs de Kemmat et de Schünenberg; au prévôt de Sainte-Croix, Hagenried, où j'ai reçu le serment d'hommage des tenanciers de l'Abbaye; à partir de la Saint Martin de cette année, j'en toucherai les dîmes et les revenus. A Burtenbach, j'ai confis({ué tous les biens du chapitre et du clergé; j'entrerai en jouissance cette année même^. »

Ainsi le voulait « son zèle ardent pour le Saint Évangile. » Auprès du conseil d'Augsbourg, il insista à plusieurs reprises pour qu'on lui permît de mettre la main sur les biens des couventsdu voisinage. Au sud jusqu'aux Alpes, à l'ouest jusqu'au Günz, tout devait reconnaître l'autorité d'Augsbourg^ lui jurer foi et hommage et embrasser au plus tôt la nouvelle doctrine. Les princes de la guerre, selon lui, devaient enjoindre aux chevaliers du margraviat de Burgau d'abolir les abus papistes pour introduire les saintes cérémonies chrétiennes. »

A Günzbourg, le 20 juillet, l'armée de Schärtlin s'unit à celle du Wurtemberg, commandée par Hans d'Heideck. Hans, lui aussi, avait « rançonné et saccagé les couvents et les seigneuries ecclésiastiques» tout le long du Danube, et converti les populations à l'Évangile « au-

> Le nonce Verallo écrivait le il juillet : « Entrais in uq monasterio de frati... li pigliorno tutti et alzaronli li panni alla ciutura, che mostravano tulte le parti vergognose; et cosi li menavano per il campo etexercito loro cou infinite ingiurie et ignominie, daudoli délie botte, cosa veramente neiandissinia. » Voy. v. Urof- KKL, Vif/llus' i'ayelmcli, p. 78. Voy. Venetlanische Depeschen, p. 583. Lenz [Kriefjsjalirumj der Svlunal/caldeiier, p. 441] se contente de dire à propos de ces faits : « SchJirllin permit à son chapelain Jean l<'iuner de prêcher les nouvelles doctrines et de faire enlever les images des églises. « Il va aans dire que la prise de possession del'eveche entraînait avec elle son changement de religion, d'autant plus que les vassaux de l'évêque nu demandaient pas mieu\! « L'évangélisation » était toujours, pour Sch;irtlin, synonyme de vol et de pillage.

* Lebensbeschreibung, p. Uo-Üü.

tant que la chose avait été possible. » Dillingen et la ville libre de Donawert, appartenant à l'évêque d'Augsbourg, avaient été conquises, et le prédicant Frecht, d'Ulm, avait, en grande hâte, « affranchi les papistes de la superstition. » On avait mis le plus grand zèle à « balayer toute impureté » des églises et des couvents *.

Pendant ces conquêtes et ces pillages, que nulle déclaration de guerre n'avait précédées, les chefs de la Ligue faisaient de grands préparatifs militaires. Peu de jours après l'entretien qu'il avait eu avec l'Empereur à Spire, Phihppe de Hesse avait demandé cent mille couronnes à Henri Vlll, plus une pension pour lui-même, « afin d'être mieux en état de résister aux papistes-. » Presque en même temps, à la fin de mars 1546, il priait François i^" de lui envoyer l'argent qui lui était indispensable aux frais de la campagne. » « On ne peut se fier à la noblesse, » avait-il écrit à l'Électeur peu de jours avant l'ouverture de la Diète de Ratisbonne, « aussi faut-il s'arranger pour avoir toujours sous la main des cavaliers étrangers ^. » En peu de temps, il eut rassemblé dix escadrons de troupes étrangères. Une fois la paix conclue entre François P"" et Henri YIII, il se flattait que le roi de France s'empresserait de se joindre à lui pour combattre l'Empereur, et, le 24 juin, chargeait Strasbourg de lui persuader que « le vrai moment était enfin venu, et que la guerre ayant été déclarée, il fallait se hâter, et battre le fer tandis qu'il était chaud ^. »

A Ichtershauscn le 4 juillet Jean Frédéric et Philippe se montrèrent les lettres de crédit qu'ils avaient remises à leurs ambassadeurs accrédités auprès des souverains de France et d'Angleterre. Tous deux suppliaient Henri YIII « de ne pas les abandonner dans leur détresse et de les assister de ses conseils et autrement. » Le Landgrave insistait particulièrement pour l'envoi d'un secours d'argent, rappelant à Henri VIII que ses intérêts étaient ceux de la Ligue, et qu'il était obligé en conscience de joindre ses efforts aux siens pour abattre l'Antéchrist de Rome ^. » « Écrivant à François I", il mêlait l'action de grâces à la prièrC;, car déjà François avait prouvé sa sympathie pour les Alliés en les faisant avertir par Jacques Sturm de tous les projets et armements de l'EmpereurS. « Les villes del'Oberland, »écrivait Philippe à Henri VIII dans une lettre tombée plus tard entre les mains des Impériaux, « avaient déjà réuni plus

« Keim, Ulm, p. 36S.

2 Monta Paget, 25 mars 1546, Slcde-Papers, t. XI, p. 83-8Ö. Voy. p. 99.

^RoMMEL, Urkunclenbuch, p. 124.

* Baumgarten, Schtnalkald. Krieg, p. 38, note 2.

^ Baumgarten, Schmalkald. Krieg, p. 39-42.

^ ' Archives de Francfort.

G2i EXCITATIONS A LA GUERHE DE IIELIGION. lo4().

de vingt mille soldats aguerris; lui-même recrutait des troupes en Saxe et dans les Flandres ; il espérait, à l'aide de toutes ces ressources, former une puissante armée; mais il suppliait le roi de lui faire parvenir le plus tôt possible un peu d'argent, car à la longue une grande armée était chose fort dispendieuse ^ »

A Ichtershausen les chefs do la Ligue prirent leurs dernières dispositions. Une armée de seize mille hommes de pied, de neuf mille cavaliers, accompagnée d'une forte artillerie et de plus de quatorze cents bons terrassiers, devait se rassembler, le 20 juillet, aux environs de Meiningen ou de Fulda. Le 4 juillet, après avoir remis à leurs ambassadeurs leurs lettres de crédit pour l'Angleterre et la France, tous deux envoyèrent un message à l'Empereur, dans lequel ils lui déclaraient que, s'étant assurés qu'il se disposait à la guerre et comprenant que cette guerre ne pouvait concerner qu'eux, ils croyaient de leur devoir de protester de leur innocence. Ils ne se sentaient coupables d'aucune rébellion; ils s'étaient toujours acquittés avec empressement de leurs obligations envers l'Empire et en avaientsupporté toutes les charges. L'Empereur, avant de songera les combattre, aurait dû les entendre et leur permettre de se justifier. Alors il leur eût été facile de prouver à tous que jamais ils ne s'étaient comportés en rebelles, et que le recours de l'Empereur à la force n'avait, au fond, d'autre but que l'affermissement du trône de l'Antéchrist, le maintien du Concile antichrétien de Trente, l'anéantissement de la vraie religion chrétienne et l'oppression de la liberté et de l'indépendance germaniques 2.

Ordre fut donné aux prédicants de s'inspirer de ce message dans leurs prêches et d'enflammer tous les cœurs d'un saint zèle pour la ruine de l'Antéchrist de Rome et pour la guerre nationale « entreprise pour la défense de l'Évangile et pour la diffusion de la parole de Dieu. »

Le 4 juillet, Jean Bugenhagen, superintendant de Wittemberg, fit paraître une instruction adressée aux prédicants de l'Électorat de Saxe, dans laquelle il leur prescrivait de tenir au peuple ce langage: a Nos ennemis n'ont qu'une pensée: persécuter la vérité divine, maintenir à jamais une idolâtrie manifeste, impure et grossière. Ils se proposent de dévaster les domaines et villes où la vraie doctrine est prêchée, do massacrer un grandjnombre de saints, doctes et dévots personnages, de déshonorer les femmes et les jeunes filles.» « Ivres de colères, excités par le sang des saints déjà répandu, ])his le temps marche, plus ils en sont altérés; maintenant ils ont hâte démettre à mort les vrais prédicateurs chrétiens,

' Voy. Schmidt, Neuere Gaschichtc der Deulschen, t. 1, p. 75. » HoiiTLEDKH, liechlmùssiglceil, p. 28U-281.

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