‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 247 sur 572 · REPROCHES ADRESSÉS A L EMPEREUR · texte numérisé non relu

REPROCHES ADRESSÉS A L EMPEREUR

Mais en dissimulant son véritable dessein, il se mettait en contradiction flagrante avec lui-même.

Les deux princes s'étonnèrent à bon droit que l'Empereur qui, par ses déclarations antérieures, avait toujours paru excuser leurs actes et leur avait donné tant de preuves de son indulgente bonté, se montrât tout à coup si sévère. Depuis la Diète de Spire, ils avaient tous deux reçu des marques de sa bienveillance , et rien ne s'était passé d'assez grave pour justifier contre eux l'éclat d'une si grande colère. Leur refus d'assister à la Diète ne l'expliquait pas suffisamment ; ils s'étaient excusés, ils avaient envoyé leurs députés. La véritable raison de la rigueur dont ils se voyaient l'objet, la raison que l'Empereur ne voulait point avouer, c'était, dirent-ils, le désir de proscrire la religion chrétienne et d'empêcher sa nécessaire diffusion. Par ce ban, qu'ils prétendaient contraire au droit d'Empire et au serment prêté le jour du couronnement, Charles, qui s'intitulait Empereur romain, s'était lui-même dépouillé de la dignité impériale, et l'on ne pouvait plus le considérer comme un légitime souverain.

Sous une forme âpre et rude, ils accumulèrent contre l'Empereur accusation sur accusation.

Briick, sur l'ordre de l'Électeur de Saxe, publia un écrit dans lequel Charles était accusé de n'avoir eu d'autre pensée, depuis le commencement de son règne, que de transformer l'Empire en monarchie héréditaire pour le mettre en une éternehe servitude, do lui ravir ses libertés et de ruiner la véritable religion chrétienne. Déjà l'édit de Worms avait été fait contre Dieu. Charles avait reçu du ciel une mission sacrée : la protection et le soutien du vrai culte ; au lieu de s'en acquitter, il avait imposé à son peuple une doctrine antichrétienne, une idolâtrie intolérable. La conscience de ses sujets se révoltait contre une pareille tyrannie, contre une conduite si odieuse; il fallait repousser ses offres comme on repousse les instigations du démon. On savait de source certaine qu'il était d'intelligence avec les envahisseurs du sol allemand et voulait se joindre à eux pour ruiner tous les domaines protestants en épargnant les pays papistes ^. » « L'Empereur et le Pape, » écrivait Bugenhagen, (( l'apôtre du nord, »au roi de Danemarck, « se proposentle massacre général des Allemands; tous les enfants au-dessus de deux ans vont périr. Charles-Quint et Paul III ont depuis de longues années prémédité ce crime ^ . »

Un écrit publié par Georges Major, prédicant et docteur en théo-

' HouTLUDEn, Rcchimässigkeil, p. 412, 4o0-453. * DoLLiNGER, Reformation, t. Il, p. 142.

Page 1