POLITIQUE DE LA BAVIÈRE
l'Empereur, du Pape et du diable, le meurtre des hommes et des animaux est tout près d'être exécuté. » Le i septembre, ils envoyèrent à l'Empereur un insolent défi, lui faisant savoir qu'ils se considéraient comme déliés envers lui de tout serment, et disant qu'ils s'étaient présentés devant son camp pour attendre l'exécution du ban dont il les avait frappés : « Mais nous attendrons en vain ; vous et tous ceux qui vous appartiennent n'osez pas approcher pour exécuter cette inique sentence et voici, selon nous, quelle est la vraie raison de votre lâcheté : Vous avez appelé séditieuse la parole de Dieu et notre très chrétienne religion, et vous avez trahi l'obligation contractée à votre baptême envers votre Créateur et Seigneur ; vous êtes devenu parjure aux yeux de toute la nation allemande, et Dieu vous a singulièrement puni. Voilà pourquoi, malgré tous les gentilshommes de grande naissance qui servent dans votre armée, pas un d'eux n'est assez hardi pour venir nous attaquer *. »
« Ce défi blessa l'Empereur au vif, » écrit le luthérien Sastrowe; a il fit le plus grand tort à l'Électeur, au Landgrave, à tous leurs amis, et dans toute l'Allemagne les innocents comme les coupables durent expier cette fatale démarche. » Le 4 septembre, les Alliés battirent en retraite. « S'ils voulaient lever le pied, pourquoi ce message funeste, que non les hommes, mais Lucifer avait écrit avec l'encre de Fcnfer? Hélas, plusieurs milliers d'hommes l'ont payé de leur vie ! L'Allemagne a dépensé des tonnes d'or, des vierges, de pieuses femmes ont subi les derniers outrages par sa faute, car tout cela ne serait pas arrivé si cette funeste lettre était restée dans la plume. Ils provoquent l'Empereur, ils l'excitent à sortir de son camp, puis ils se sauvent 2 t »
Les Alliés, ayant fait retraite par Donawerth, arrivèrent à Wemding dans le dessein d'empêcher l'armée des Flandres, commandée par le comte Maximilien de Buren, d'opérer sa jonction avec l'Empereur, mais ils n'atteignirent pas leur but : le 15 septembre, Buren entrait à Ingolstadt et Charles, avec cinquante mille hommes de pied et quarante mille cavaliers, pouvait songer à livrer bataille. La prise de Neubourg le rendit bientôt maître du Danube, et la guerre fut transportée de Bavière en Souabe.
(( L'Empereur, » dit une relation du temps, « est très irrité contre le duc Guillaume de Bavière. Ce prince, qui se disait son ami et allié et lui avait fai^.' des protestations d'inviolable fidélité et d'absolu
' IlonrLijDiiii, Rechtîtnâssigkeil , p. 420. Sasthowe, t. I, p. 428-430.
* Sasthowi;, t. I, p. 43Ü. Il ajoute : « C'est parce que celte lettre était pleine d'invectives et d'outrages qu'elle ne fut pas remise à Sleiilau, ou fut supprimée à desseiu. »