‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 253 sur 572 · FIN DE LA CAMPAGNE DE LOBERLAND · texte numérisé non relu

FIN DE LA CAMPAGNE DE LOBERLAND

« puisque VOUS avez des droits à faire valoir sur ce pays, que vous ne soyez beaucoup plus agréable aux Bohèmes que le roi actuel *. » Après les succès remportés par l'Empereur sur le Danube, Maurice obéit avec joie à l'ordre qui lui fut donné d'aller immédiatement prendre possession des états de l'Électeur banni, afin de prévenir toute autre compétition. Le 27 octobre, le jour même où, par déclaration solennelle, l'Empereur lui conférait le titre d'Électeur, Maurice envoyait à son cousin une déclaration de guerre, alléguant qu'il était de son devoir de maintenir les droits de la Maison de Saxe et de prendre des mesures pour que l'Électoral ne passât point en des mains étrangères; lorsque Jean Frédéric aurait fait sa paix avec l'Empereur et Ferdinand, il se comporterait envers lui et ses fils comme le voulaient l'équité et la bienséance 2. Aussitôt que Maurice eut traité avec Ferdinand relativement à quelques portions de territoire relevant de la couronne de Bohême, les troupes royales et ducales envahirent l'Électorat. En peu de jours, presque tout le pays fut conquis, toutes les places fortes se rendirent, à l'exception de Wittemberg et de Gotha. Une salve d'artillerie^ tirée dans le camp impérial, annonça le 8 novembre à Jean Frédéric que Maurice venait de prendre possession de son Électorat.

La guerre était terminée dans l'Oberland. Sans avoir livré un seul combat, sans môme qu'aucune rencontre ait eu lieu, Charles, vainqueur, restait maître du champ de bataille.

« Nous manquions d'argent, » écrivait plus tard Philippe, « et les secours français tant promis tardaient à venir; le Wurtemberg et les villes ne pouvaient ni ne voulaient rien fournir et refusaient de supporter plus longtemps nos soldats sur leur territoire; la Saxe et nous avions bourse vide. Force nous fut de nous retirer^. » Suivi de ses deux mille cavaliers, le Landgrave traversa en toute hâte le Wurtemberg, « et courut à la maison retrouver ses deux femmes, » comme dit Schärtlin avec un ironique mépris *. On prêtait à Philippe des projets de vengeance : « Quand tout sera perdu, » auraitil dit,« je soulèverai un second Bundschuh'^. »Aurapport d'un «personnage bien informé, » il avait commandé à Francfort « un grand nombre de bannières où étaient peintes des charrues, des fléaux et autres instruments de culture, ce qui prouve assez l'intention où il était d'exciter une nouvelle révolte parmi les paysans ^. -»

* Langenn, Moritz, t. 1, p. 269. Voy. aussi t. I, p. 329 et 260.

* Voigt, Moritz, p. 182, 191-192, 207. 237. 3 RoMMEL, Urkundenbuch, p. 262-263,

* Lebensbesclireibung , p. 142.

'" Lettre de Philippe Ort, 13 décembre 1546.

^ Relation de Gryn, li décembre 1346, voy. v, Druffel, Viglius' Tagebuch, p. 197-198.

642 « EXPLOITS » DE l'KLECTEUR DE SAXE. 1546.

Le conseil d'Ulm se plaignit qu'en opérant leur retraite les soldats de Saxe et de Hesse aientfaitplus de tort aux pauvres habitants des villes que les Espagnols. « De tout cela, et surtout du traitement infligé par la Saxe à la ville libre de Gmünd, le pauvre homme garda un tel souvenir qu'à partir de ce moment il n'eut plus guère de conliance ou d'amitié pour les princes. » « Les princes, » écrivait Ulm à Constance, « ont commencé par vider la bourse des nobles de rOberland; puis, malgré leur promesse, ils ont emmené avec eux nos cavaliers et nos hommes de pied, qui devaient rester dans leurs quartiers d'hiver; de sorte que, sans pouvoir nous défendre, nous avons eu l'ennemi sur les bras i. » Philippe, au contraire^ accusait les villes du mauvais succès de la campagne 2.

Jean Frédéric^, en opérant sa retraite, accomplit « plusieurs exploits » qui sentaient quelque peu le pillage.» A Gmünd, rapportait le 4 décembre Constance à Zurich, « l'Électeur, sans parler des munitions, aenlevédu trésor du conseil une tonne d'or ; iladépouillé les riches bourgeois attachés au papisme de leurs valeurs, joyaux et de tout ce qu'ils possédaient de précieux. En outre, il a enlevé des couvents et des églises tout ce qui en faisait l'ornement 3. »

Les mêmes faits se renouvelèrent lors du passage de l'armée de Saxe à Aschaffenbourg. Les généraux avaient donné leur parole que, si on les laissait entrer, ils traverseraient la ville sans inquiéter les habitants et paieraient exactement les frais occasionnés par leur passage. Mais à peine introduits ils exigèrent une rançon de quarante mille florins et comme le conseil protestait, ils ordonnèrent le pillage des maisons de prêtres, des demeures des fonctionnaires et des riches bourgeois. L'église du Saint-Sépulcre et le béguinage furent saccagés, les béguines outragées. Les excès commis dans le pays plat furent affreux. Lorsque le bourgmestre d'Aschaffenbourg essaya de ramener l'Électeur à l'équité en lui rappelant que son armée se trouvait en pays neutre, puisque l'Électeur de Mayence n'avait pris aucune part à la guerre, Jean Frédéric

' Keim, Ulm, p. 372. Une chanson populaire du temps se moque des villes de rOberland :

Qu'est devenu le Iiéros de Hesse

Qui devait ôtio élu empereur ?

Il ne ^'est pas oublié,

Vou» l'avor ricbeincnt payé !

S'il n'a pu mettre ia main

Sur la couronoo impériale.

Du moins il a pu se réjouir

Avec l'or quo vous lui avez donné!

Kyrio ! Les Espagnols sontchci nous!

Voy. Lii.iENKnoN, t. IV, p. 371.

* Lettre i Ducer, 19 mars 1347, voy. Lenz, t. 11, p. 487.

^' Dans les archives d'état de Zurich, fascicule « Schmalkaldischer Kficg. »

« EXPLOITS » DE l'ÉLECTEL'R DE SAXE. 1546. 643

répondit « que rien n'était neutre en pays papiste i. » Il exigea de l'Abbé de Fulde une rançon de trente mille florins ; de TÉlecteur de Mayencc, quarante mille florins; de Francfort, bien que la ville eût pris parti pour la Ligue, la même somme. A Sachsenhausen, la maison des chevaliers teutoniques fut pillée 2.

« En de tels exploits, l'Électeur était grand, » écrivait Jean de Glauburg, échevin de Francfort ; « quant à ces actions généreuses qui eussent si bien convenu à un prince se faisant gloire d'être le champion de lÉvangile, il n'y en avait pas trace en sa vie. On pourrait en dire tout autant du Landgrave, qui se pose en héros. » Philippe sû trouvant à Francfort au commencement de décembre, le conseil le pria de venir en aide à la ville, alors fort obérée ; il se contenta de répondre : « Chaque renard doit prendre soin de sa propre pelisse. »

De retour en Saxe, l'Électeur s'illustra par de nouveaux hauts faits. Il avait surtout à cœur la conquête des évêchés de Magdebourg et d'HaJberstadt. Le l-^"" janvier 1347, n. à la tête d'une grosse troupe de cavaliers, » il surprit Halle, résidence de l'archevêque de Magdebourg, Jean-Albert de Brandebourg-Gulmbach, et exigea de la ville serment de foi et d'hommage. Calices, monstrances, crosses d'évéques, en un mot tous les objets précieux des sacristies furent, par son ordre, expédiés à Eislebcn et monnayés. Ses lansquenets, escortés de la plus vile populace, envahirent les couvents des Dominicains et des Carmes déchaussés, accablèrent les religieux de mauvais traitements et les chassèrent de leurs demeures; ils brisèrent dans les églises les tableaux et les images et volèrent, dans plusieurs abbayes,des sommes d'argent considérables que des gentilshommes et des bourgeois des environs y avaient mises en dépôt. Les bourgeois, connus pour leurs sentiments catholiques, furent dépouillés de leurs biens et mis à la torture. » Le président du conseil, Querhammer, bon papiste, coupable d'avoir autrefois écrit contre Luther ^, fut dépouillé de ses vêtements, « pendu et martyrisé dans son puits, a Ses biens furent confisqués. L'Électeur traita l'archevêque en prisonnier de guerre. Il le força de signer sa renonciation aux évêchés de Magdebourg et d'Halberstadt et d'accepter, en échange, une pension de dix mille florins. Le chancelier de l'Électeur prétendit que Halle était désormais « la très légitime propriété de son maître. » Le 2 janvier 1547, le conseil de Magdebourg

* Kittel, Die Ruinen des Nonnenklosters im Tlüergarten {Aschaffenburger Programm, 1859), p. 22-23. Von schmalkaldischen und markgräflichen Kriegshandlungen, fol. IX.

* Kriege, Geschichte von Franckfurt, p. 216.

^ Voy. DöLLiNGER, jRe/b>-;?2aZ/t)/i, t. 1, p. 530-532.

f544 SOUMISSION DES VILLES. 1547.

annonça guerre privée au chapitre de la cathédrale, et prit aussi tôt possession du dôme, des églises collégiales, des couvents et des habitations du clergé i. Mersel)Ourg fut également occupé par les troupes saxonnes. Les généraux de l'Électeur dépouillèrent la cathédrale de ses plus anciens et plus précieux chefs-d'œuvre artistiques, entre autres des retables en or dont Henri II l'avait ornée. Les maisons des chanoines lurent pillées ^^.

Après la retraite des Alliés, l'Empereur traversa comme en triomphe la Basse-Souabe et la Franconie et reçut les soumissions de Bopfingen, de Nordlingen, de Dinkelsbühl, de Rothenbourg sur la Tauber, de Hall et d'Heilbronn. Envers la nouvelle religion et ses adhérents, il s'abstint do tout acte de violence, et promit aux villes de les laisser libres de suivre la religion qu'elles avaient embrassée.

« Le 22 décembre, plusieurs délégués d'Ulm vinrent le trouver à Hall et, tombant à ses genoux, implorèrent la grâce delà ville coupable, reconnaissant qu'en la personne de l'Empereur elle avait offensé le Dieu Ïout-Puissant, et n'espérait miséricorde qu'en se souvenant que, depuis la rédemption du Christ, tous les crimes, même les plus graves, pouvaient attendre leur pardon. »Charles exigea de la ville une amende de cent mille florins d'or, la remise de douze pièces d'artillerieetluiimposaunegarnisondedix compagnies de fantassins. Les autres cités payèrent des amendes proportionnées à leurs ressources. Le conseil de Francfort, ayant appris par son délégué Philippe Ort « que l'Empereur était extrêmement irrité contre lui, en conçut une telle épouvante ''qu'il fit supplier le comte deBuren (juo Charles, à Rothenbourg, avait autorisé à rentreravec son armée dans les Flandres, de revenir sur ses pas pour prendre possession de Francfort au nom de Charles-Quint. Le conseil avait d'autant plus sujet do s'alarmer, que les prédicants, en pleine chaire, avaient accablé rEinpercur d'outrages el(iuedes pamphlets odieux, d'ignobles caricatures avaient été imprimés et partout répandus. Plusieurs conseillers se rendirent à lloilbronn pour implorer la grâce de Charles- Quint. Tombant à ses pieds, ils avouèrent ([uo Francfort s'était

• Staflli<!rhpr BericJil über die Besetzung Halle's, voy. Dukiiiaupt, Beschreibung des Saal /creises, t. 1, p. 240et8uiv. — Franke, p. 178-186. Voigt, Moritz, p. 24'J et suiv.

^ Fraostadt, p. 200-201.

■>' Dépêche (lu 17 déc. 1546 à Jean de Glauburg. Archives de Francfort.

Page 1