‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 255 sur 572 · SOUMISSION DU COMTE PALATIN ET DU DUC DE WURTEMBERG · texte numérisé non relu

SOUMISSION DU COMTE PALATIN ET DU DUC DE WURTEMBERG

présentaient, se montrerait plus fidèle à son devoir, l'Empereur pardonna tout.

Par l'intermédiaire du comte palatin, Ulrich de Wurtemberg, dont le duché avait été envahi par les troupes impériales, offrit de traiter avec l'Empereur aux conditions suivantes : il promettait de l'aider à exécuter la sentence du ban portée contre la Saxe et la Hesse, de se retirer de la Ligue, de payer une amende de trois cent mille florins et de céder aux Impériaux, en gage de sa foi, ses châteaux forts de Hohenasperg, de Schorndof et de Kirchheim. De plus , il s'engageait à donner satisfaction à Ferdinand toutes les fois que celui-ci réclamerait son assistance, et à venir en personne demander pardon à genoux à l'Empereur. Ferdinand aurait souhaité que son frère rattachât le Wurtemberg à la maison d'Autriche ; ce pays, disait-il, formait pour ainsi dire, le cœur de l'Allemagne ; par lui^ il serait facile d'y maintenir la paix et la tranquillité; la conduite d'Ulrich et de son fils semblait d'ailleurs justifier une telle mesure. Évidemment, Charles ne pouvait avoir en eux aucune confiance 1.

Ulrich était exécré de tous ses sujets. « Personne n'est attaché au prince, personne n'est bien disposé pour lui, personne ne l'aime, » écrivaient un an avant la guerre les députés d'Esslingen; « tout le monde lui jette la pierre et espère que le temps de son expulsion et de sa ruine approche -. » Depuis les derniers événements, la population du Wurtemberg montrait une grande sympathie pour Charles-Quint. » « Ceux du Wurtemberg, » dit une lettre du temps, « seraient volontiers pour l'Empereur; le bruit court qu'ils ne sont guère attachés à leur maître. La noblesse voudrait ne plus dépendre que de Sa Majesté seule, etcela pour toujours. Les paysans attachent à leurs fenêtres des bannières blanches marqués de la croix rouge de Bourgogne, montrant par ce signe extérieur leurs sentiments secrets 3. »

Mais l'Empereur ne crut pas devoir suivre le conseil de Ferdinand. La guerre avec la Saxe et la Hesse n'était pas encore terminée et, du côté de la France et de la Suisse, on avait encore bien des périls à redouter. Ce qui le décidait surtout à traiter avec Ulrich, écrivit-il à son frère, c'était leMésir de rester fidèle au but qu'il s'était tracé dans cette guerre, entreprise pour le service de Dieu et pour le rétablissement de l'autorité impériale et royale en Allemagne; surtout il ne voulait pas être accusé de rechercher son propre inté"

' Voy. BucHoi.Tz, l. V, p. ö4(i .">'i8.

' llEYD, t. m. p. 313.

^ LeUres des 17 et !23 déc. l.'iiO, voy. v. Dhuffel, VifiliusTdi/cbucfi, p. 214 äi.S.

SOUMISSION d'augsbourg. 1547. 647

rêt, comme n'eussent pas manqué de le lui reprocher tous ceuK qui, de tout temps, avaient jalousé la Maison d'Autriche i. »

Le traité conclu par Charles-Quint avec Ulrich causa un profond chagrin à l'Électeur de Saxe, qui en garda contre le duc un amer ressentiment. « S'il eût eu les fers aux pieds, » écrivait-il à Philippe de Hesse, « il n'eût pu signer un traité plus honteux, plus lâche. Et cependant il a encore de l'argent et des places fortes ^^. » De la cour d'Ulrich, on écrivit à Constance pour calmer les esprits « que le duc espéraitbeaucoupque l'arrangement conclu nuirait plus aux suppôts du diable qu'il no leur serait avantageux, et qu'il comptait persévérer avec courage dans sa très chrétienne entreprise ^ » Cependant, le Landgrave de Hesse ayant cherché depuis à l'entraîner dans une nouvelle révolte, Ulrich repoussa constamment ses offres, disant « qu'il lui était impossible d'y répondre, parce qu'il était bâillonné *. »

D'Heilbronn, l'Empereur se dirigea vers Ulm, et gracia sur sa route les villes de Lindau et d'Esslingen. Surpris par une- attaque de goutte, il séjourna quelque temps à Ulm. Là, il reçut la soumission d'Augsbourg. La ville fut condamnéeà cent cinquante mille florins d'amende et dut accepter garnison. Schärtlin, son général, ayant conseillé la reprise do la guerre, souleva tellement contre lui l'indignation générale qu'il fut obligé de prendre la fuite. « Cette campagne, » écrit-il, « tant en présents qu'en butin et en comptant ma solde, m'a rapporté trente mille florins ^. »

« Sa Majesté, » écrivaient d'Ulm les délégués d'Augsbourg, le 31 juillet, (f ne parle à personne de religion, reste dans les termes de ses déclarations et lettres et n'entreprend rien contre aucun membre d'Empire; elle attend paisiblement qu'une réformejuste etacceptablo pour tous ait pu s'effectuer. Aussi voyons-nous qu'ici personne n'est inquiété au sujet de sa religion o. » Quatre prédicants de Zurich

» Ecrit à Heilbronn, le 9 janvier 1S47. Voy. Bdcholtz, Urkundenhand, p. 403- 407, ou mieux encore Laxz, Correspondenz, t. II, p. 524-528.

2 RoMMEL, Urkundenbiich, p. 198. Calvin écrivait, le 20 février 1547,à Farel que les villes s'étaient rendues à des conditions ignominieuses : '< sed omnium turpissimus Wirtebergensis. Hsec scilicet tyrannorum merces. » Calvlni Opp . t XII. p. 479. ^^

»• Constance à Zurich, 24 janv. 1547. Archives de Zurich, fascicule «Schmalkaldischer Krieg. »

* Lettre de l'ambassadeur de France, Lacroix, à François I". Cassel, le 17 mars 1347. Voy. RiBiEH, t. I, p. 632.

'" Lehenbeschreibung, p. 151.

» Herberger, GIX.Le lo janvier 1547, l'ambassadeur d'Angleterre Thomas, Thirlby, évêque de Westminster, écrivant d'Heibronn à Henri YIII, lui rapporte les propres paroles de Grandvelle, l'évêque d'Arras : « I assure you, the Emperor never mindid other in thies vvarres, but to represse the audace of theyra, that vvolde hâve been tyranues in Germany, and to bring the Empire in good order of justice; and

648 ULRICH ÜI' WURTEMBKllO VIENT TROUVER l'EMPEREUR. 1S47.

étant venus à Augsbourg, sur l'ordre de leur conseil, pour y prêcher « la vraie parole du Christ, pure de tout alliage, » demandèrent leur rappel, ne pouvant se résoudre à prier publiquement pour l'Empereur comme on leur en faisaitundevoir. Une pareille prière, prétendaient-ils, était contre « leur conscience et contre la loi de Dieu; Charles était le champion et le défenseur de l'Antéchrist, etil leur était impossible, à eux, serviteurs du Christ, de se laisser marquer au front du signe de la Bête. Ils ne pouvaient pas non plus, sans trahir leur mission, cesser de décrier l'Empereur en chaire i. »

Le 4 mars, Ulrich vint à Ulm pour faire en personne amende honorable à l'Empereur. Comme il souffrait de la goutte, on le porta en litière jusqu'au trône impérial. La tête profondément inclinée, il écouta ses conseillers débiter en son nom d'une voix lamentable la piteuse confession de ses fautes. Charles l'ayant dispensé de se jeter à ses pieds, Ulrich se répandit en actions de grâces sur la clémence et la miséricorde de son maître, qui prenait en pitié sa souffrance et la détresse d'un pauvre vieillard.

A la même date, par l'entremise de commissaires impériaux, l'ancienne religion fut rétablie dans le pays de Cologne. L'archevêque excommunié, Hermann de 'Wied, fut contraint, le 25 février 1547, de se démettre de sa charge. Le comte Adolphe de Naumbourg, qui venait d'abjurer les doctrines nouvelles, fut élu à sa place, et ce choix reçut la sanction papale. Le nouvel évêque abolit aussitôt dans l'archevêché les règlements ecclésiastiques établis par Bucer et Mélanchthon.

Strasbourg sévit forcée de se soumettre. Le conseil avaitlongtemps compté sur l'aide de la France. Dans une supplique à François I^^ il [M avaitcxposé ses inquiétudes disant que l'Empereur était tout particulièrement irrité contre Strasbourg, car en tout temps et plus qu'en aucune autre ville les bourgeois avaient montré des sympathies pour la France 3; que, de plus, Charles désirait vivement se rendre maître de la cité, qui pouvait lui être d'un très grand secours si la guerre se rallumait, et que, par conséquent, il était de l'intérêt du roi de nepas la laisser tomberenlre sesmains. Le conseil avaithumblement insisté pour obtenir une prompte assistance et l'envoi d'une somme

nowe»(saicl he) « ihies Ciliés and States, whichhathe bene otherwise persuaded of llim, bt'gynne to knowe thesame, ;iii<l shall do every day more and more; and nowe therfor tlicy be corne ya and rendred. » Slale-Papers, t. XI, p. 408.

« Laurent Meyrer, Rodolphe Scliwitzcr, Hans Human et Jean Ilaller, le 18 jan- TierlîJ47,au conseil df.Zuricli.Aicliivcsd'élat, fascicule » Srluiiril/aildisrhrrKrh'fj.« \a: '25 mai l"il7, Ilaller <;l Riimuii ri'iioiivelaicnl bnir demande de rap|)el.

« Dès le 10 sept. Kj;} '•, François l" avait exprimé sa reconnaissance iiu eonseil de Strasbourg' jiour le zèle qu'il mettait à lui complaire, et lui av:iit (ait ä soii tour des offres de service. Voy. tn: BussiÉiiE, Déucluppement, t. I, p. 125.

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