GUERRE DE SAXE
Henri II, qui lui succéda, marcha sur les traces de son père. Dès les premiers jours qui suivirent son avènement au trône, sa maîtresse, Diane de Poitiers, s'appropria les quatre cent mille florins que François, en mourant, avait destinés à la Ligue de Smalkalde. « La nouvelle cour, sans la moindre vergogne, continua d'étaler au grand jour les mêmes vices que du temps du feu roi. Un luxe insensé, des prodigalités de tout genre achevèrent de ruiner le peuple. r> (( Le crédit de la cour tomba si bas qu'Henri dut un jour mettre en gage tout son royaume pour obtenir à grand'pcine un prêt de cinquante mille thalers du canton de Soleure *. « Fidèle à la politique de son père, il fit tous ses efforts pour mettre des entraves à la paix et pour attiser en Allemagne le brandon de la discorde. Le plus cher de ses amis et de ses alliés, c'était le Grand Turc "-. »
Pendant que l'Empereur, durant l'hiver, recevait la soumission des princes et des villes de l'überland, Jean Frédéric continuait sa campagne contre Maurice de Saxe. Parti de Halle, le 15 janvier lo47,il alla mettre le siège devant Leipsick avec vingt-deux compagnies de soldats aguerris. Par la capture de Leipsick, dépôt de tant de riches marchandises, il espérait refaire ses finances, et les assiégés savaient que les Électoraux comptaient, pour remplir leurs coffres, sur le pillage de leur cité. Aussi avaient-ils surnommé Jean Frédéric « Hans à la poche vide. » Dans leurs chansons, les soldats disaient que son titre de champion de l'Évangile s'accordait mal avec son goût pour l'incendie et le pillage. Trois semaines d'un siège inutile entrepris au milieu d'un hiver rigoureux, et la peste qui décima l'armée coûtèrent à l'Électeur plus de la moitié des soldats qu'il avait amenés avec lui de Souabe. Pendant qu'il était arrêté devant Leipsick, Maurice, derrière lui, s'apprêtait à la lutte 3.
A la requête de Ferdinand, l'Empereur avait envoyé à Maurice le margrave Albert de Brandebourg-Gulmbach avec deux mille cavaliers et cinq mille hommes de pied. Mais le 2 mars, l'Électeur, à Rochlitz,
< Thibaudeaü, Hist. des Etats géîiéraux, t. I, p. 424. Lacretelle, Histoire de France pendant les guerres de relir/ion, t. I, p. 7, 70,81. RAUUEa, Briefe, t. I, p. 273. — Albèri, Fiïa di Caterina dé 3/ec/ic«, p.SoS-SGi. — Voy. Slgenheim, Frankreidis Einßuss,t. I, p.lH-H2, J33.
- A son avènement au trône, Henri II écrivit à Soliman : « Nostre très cher frère et parfait ami, en qui tout honneur et vertu abonde, Dieu vous veuille augmenter vostre grandeur et pi-ospérité avec fin très heureuse. »RiBfER, t. 1, p. 43.
3 Voigt, Belagerung Leipsigs, p. 233,266-267, 29S-299. Voigt, Herzog Moritz, p. 2oo.
652 DÉROUTE DE MÜI1LBERG. 1547.
réussit à surprendre Albert qui fui battuet fait prisonnier ; les troupes royales durent abandonner aux vainqueurs armes et bagages et jurer de ne pas servir contre les Alliés pendant six mois. Annaberg, Marienberg, Freiberg ouvrirent leurs portes. Un certain nombre de vassaux de Ferdinand, traîtres envers leur souverain, vinrent encore grossir l'armée de l'Électeur. La fraction utraquiste des États de Bohême lui lit des propositions d'alliance et lui offrit en expectative la couronne de Bohême. Beaucoup de seigneurs de Bohême, ainsi que leurs lansquenets, adoptèrent ses couleurs ^ et toutes les ressources militaires que pouvait fournir la Saxe furent mises à sa disposition. On aurait pu s'attendre à le voir mettre à profit tant d'heureuses circonstances, montrer de la décision, agir avec vigueur ; mais il se contenta de faire savoir au monde que Maurice était chassé, que sa puissance était anéantie, et d'écrire à Henri II de hâter le plus possible l'invasion turque dans les terres héréditaires de l'Empereur ^. Quant à lui, il demeura oisif dans son camp d'Altenbourg.
La défaite de Rochlitz décida Charles-Quint à attaquer la Saxe. Bien que souffrant d'une nouvelle attaque de goutte et contrairement à l'avis de tous ses médecins, qui regardaient un traitement à Ulm comme indispensable à sa guérison, il voulut aller au secours de son frère et de Maurice. Averti du soulèvement de la Bohême, des secours envoyés par les villes maritimes à Jean Frédéric, des intrigues de la France et de l'approche du Grand Turc^ il comprit la nécessité de frapper un coup décisif. Yaincre Jean Frédéric et Philippe lui paraissait maintenant le seul moyen de rétablir en Allemagne la sécurité et la paix.
Pendant la campagne de l'Oberland, il avait systématiquement évité toute bataille; instruit de la désunion et du manque d'argent de ses adversaires, il les avait fatigués par d'habiles manœuvres et les avait contraints de se retirer; mais en Saxe, sa tactique fut toute différente; tout fut conduit rapidement, et son activité fut admirable. Dans le camp de l'Électeur, au contraire, régnaient l'indécision, l'incurie, l'imprévoyance. « Le 24 avril, les troupes impériales passèrent l'Elbe près de Mühlberg, et Jean Frédéric, dont les troupes étaient disséminées, laissa surprendre camp. L'artillerie impériale commençait à donner qu'il était encore au prêche, après lequel il alla prendre tranquillement son repas. « Bien que prince régnant d'un pays qu'arrose l'Elbe, » écrit en blâmant tant de fautes le vénitien Mocenigo « l'Electeur était totalement ignorant
< Voy. Weder, Archiv, fur sächsische Geschichte, t. V, p. 179-180. > KiDiER, t. 1, ü20-6:i2, 034.