POLITIQUE DU BRANDEBOURG
du cours du fleuve; il le laissa franchir sans opposer à l'ennemi de résistance sérieuse, et fut si lent à donner le signal de la retraite qu'il ne put éviter de tomber aux mains de ses ennemis. Au dire de tous, s'il eût commencé à se replier une demi-heure plus tôt, l'Empereur n'aurait pu l'atteindre ^. »
« L'affaire de Mühlberg, » dit Willibald de Wirsberg, « ne peut passer pour une bataille, ni même pour une escarmouche : ce fut un sauve-qui-peut, une déroute honteuse. » Les pertes de l'Empereur s'élevèrent à peine à cinquante hommes, en comptant les blessés, tandis que les Electoraux perdirent plus de deux mille lansquenets, cinq cents cavaliers, et toutes leurs bannières, y compris celle de leur général en chef, vingt et une pièces d'artillerie et six cents chariots chargés de poudre, de munitions et de bagages 2.
Charles salua la victoire de ces paroles : « Je suis venu, j'ai vu, Dieu a vaincu ^. »
Avec beaucoup de calme et de simplicité, il dit dans ses Mémoires : « A la nouvelle que l'Électeur Jean Frédéric était fait prisonnier, l'Empereur chargea le duc d'Albe de l'aller quérir, et le duc l'alla quérir et le présenta à l'Empereur. L'Empereur le remit à la garde dudit duc, et lui fit donner une bonne escorte, afin de le bien mettre en sécurité ^. »
Le 18 avril, l'Électeur protestant^ Joachim de Brandebourg, exprimait à l'Empereur toute la joie qu'il ressentait de sa victoire, le félicitant (( d'avoir pris le taureau par les cornes » et fait prisonnier (( le grand chef proscrit ^. » Le chapelain de Joachim, Agricola, célébra à Berlin un service d'actions de grâces aussitôt qu'il eut appris les nouvelles. Ce même Agricola, quelques années auparavant, avait enseigné aux enfants des écoles à dire dans leurs prières : « L'Empereur et le Pape, des princes, des seigneurs irrités contre nous, se sont joints aux payens et aux évêques dans les pays allemands pour persécuter ton fils Jésus. » Maintenant il louait Dieu d'avoir livré l'ennemi à Sa Majesté Impériale. «De même,» disait-il, « que Dieu fit jadis un miracle en faveur des enfants d'Israël en leur permettant de traverser la mer Rouge à pied sec, de même il a
1 Fiedler, p. 108, 109, 115.
s Voigt, Moritz, p. 415, 428-431.
^« Vine, yvi, y Dios vencio. »
* Aufzeichnungen, p. 164. D'après une lettre de l'évêque Valentin d'Hildesheim, qui était présent à cette scène, Jean Frédéric dit à l'Empereur : « Je reconnais les torts que j'ai eus envers Votre Majesté et l'offense que je lui ai faite. Je prie Votre Majesté de me pardonner mon erreur et les torts que j'ai eus envers elle. » Charles répondit : « Nous vous traiterons comme vous méritez de l'être.» BüCH0LTZ,f;>A-w7idenband, p. 419.
* Voy. Meyer, Joachim II, p. 12.