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LA FRANGE ET LA LIGUE. — GUERRE EN BASSE-SAXE

permis au très pieux Empereur de franchir l'Elbe sans péril, afin qu'il pût atteindre son ennemi i. »

Au premier moment, l'Empereur avait eu la pensée de faire périr l'Électeur prisonnier, « coupable du crime de lèse-Majesté, traître à son devoir et à son serment, rebelle envers son maître et passible des châtiments portés contre les violateurs de la Paix Publique. » Mais sur les représentations du duc d'Albe, du frère de Granvelle,révêqued'Arras, et de quelques autres princes, il changea d'avis, et conclut avec le prisonnier la capitulation de Wittemberg.

Maurice, après la victoire de Mühlberg, revendiqua non seulement le titre d'Électeur avec tous ses droits et prérogatives, mais encore la plus grande partie des pays appartenant à la ligne Ernestine'^. L'Empereur ne céda point à tant d'exigences. Il obligea Maurice à garantir aux enfants de Jean Frédéric un revenu annuel de cinquante mille florins et à lui céder un certain nombre de villes, parmi lesquelles Eisenach, Weimar, léna et beaucoup de bourgades et de villages. Outre cela, les enfants de l'Électeur, après que les ouvrages de fortification auraient été abattus à Gotha, devaient recouvrer cette ville, ainsi que le fief de Saalfeld, relevant de la couronne de Bohème. Quant à Jean Frédéric, il dut renoncer à son titre d'Electeur, livrer ses villes forteresses et promettre de rester prisonnier sur parole à la cour de Charles-Quint ou de Philippe d'Espagne, aussi longtemps qu'il plairait à Sa Majesté.

Cette capitulation fut signée, le 19 mai, par l'Empereur et Jean Frédéric. 11 n'y était pas dit un seul mot du Concile ni de la question religieuse.

La nouvelle de la victoire de Mühlberg et de la soumission de l'Électeur jeta la cour de France dans le plus grand émoi. Dans l'entourage du roi, on ne doutait point que la guerre ne fût déclarée^. Henri se mit en communication avec Schartlin de Burtenbach ^, et chargea le général allemand Sébastien Vogelsbergerde lever pour lui en Allemagne dix compagnies de fantassins. Son ambassadeur à Constantinople faisait tous ses efforts pour décider le sultan à se remettre en campagne ^. En peu de temps, une armée de douze mille

' Kawerau, p. 24G-247.

* Wenck, Witlenberr/er Capitulât io7i, p. 116.

'■' « Non si ha a dubitare ch<3 cosloro muoviiio guerra. » Lettre écrite de Paris à Cosmelff par Uicasoli, 25 mai 1547. Voy. Desjahdins, t. 111, p. 187.

* ScHAUTLiN, Lebensbeschreibung , p. 160,

'■' Dépêche du k mai 1547. Cuaruièue, t. II, p. 13-14.

l'empereur et les villes. — PHILIPPE DE HESSE. Is47. 600

soldats allemands était sous les ordres du roi de France, et l'on disait, à Paris, qu'elle serait peut-être bientôt doublée, parce qu'on pouvait compter sur les sympathies de la moitié de l'Allemagne i.

Henri II, écrivant le 21 mai aux villes de la Basse-Saxe, Brunswick, Hambourg et Brème^ les avertit que de grands événements militaires se préparaient. Ces villes, au commencement d'avril, s'étaient de nouveau liguées, et leur armée, commandée par Christophe d'Oldenbourg et Albert de Mansfeld, était prête à combatre. Le roi les exhortait à faire une résistance opiniâtre, leur promettait des secours considérables et les conjurait de se mettre aux ordres du Landgrave, son très cher ami et allié, en attendant que lui-même vînt se mettre à leur tele. En ItaHe, écrivait-il, tout se soulève contre l'Empereur; le sultan se prépare à envahir la Hongrie et marchera ensuite sur Vienne avec sa formidable armée, un coup décisif sera tenté contre les princes de la maison d'Autriche 2.

Avant que les villes alliées n'aient pu recevoir ce message, les troupes impériales essuyèrent un grave échec en Basse-Saxe; Christophe de Wirsberget le duc Éric de Brunswick-Calenberg, qui assiégaient Brème au nom de l'Empereur, avaient été contraints de se retirer à l'approche de forces ennemies considérables. Guillaume de Thumshirn, général de l'Électeur, était parvenu, après la déroute de Mühlberg, à se frayer un passage de Bohême en Saxe, avait envahi et saccagé le Brunswick, puis, descendant le Weser jusqu'aux environs de Brème, avait opéré sa jonction avec les troupes de Christophe d'Oldenbourg et d'Albert de Mansfeld. Le 23 mai, Éric, en se retirant, avait été surpris dans les environs de Drakenburg et complètement battu avant que son allié n'ait pu venir à son secours. Quatre mille cinq cents morts étaient restés sur le champ de bataille et trois mille cinq cents hommes étaient prisonniers. A ces nouvelles, Philippe de Hesse, reprenant courage, écrivait aux alliés de la Basse-Saxe : « La France vient d'envoyer vers nous ; elle s'offre à nous aider et nous envoie des cavaliers, des fantassins, de l'argent 3. »

Mais, à la nouvelle de la capitulation de Wittemberg, les soldats de la Ligue se dispersèrent^, et ses généraux, l'un après l'autre, vinrent faire leur soumission à l'Empereur*.

'«Che in somma avrebbero mezza la Germania. »Ricasoli, 27 jain 1347, voy. Desjardins, t. 111, p. 196.

^ * Missive du Roy, 21 mai 1547. Arctiives de Paris, commnniqué par A. Theiner. ' Pour plus de détails, voy. Kohlmann. t. lll, p. 19-93. * Voy. RoMMEL, Urkundenbuch, p. 239.

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« A Hambourg, le découragement était extrême; » depuis la Pentecôte, la peste y exerçait d'affreux ravages ; soixante-dix à quatre-vingts personnes étaient emportées journellement par le fléau ^ La ville, après avoir, selon l'usage, envoyé ses délégués se jeter aux pieds de l'Empereur pour se mettre entièrement à sa merci, fut graciée, à condition de subir une forte amende. Lübeck, à son tour, dut payer deux cent mille florins.

Magdebourg seule s'obstinait dans sa résistance et refusait d'ouvrir ses portes à Maurice. L'Empereur avait d'abord songé à en faire le siège pour la placer, après la conquête, sous son autorité immédiate; mais en une heure malheureuse, il changea de dessein et la laissa derrière lui sans l'inquiéter. Informé des complots ourdis par Henri II avec la Hesse et la Suisse, averti des armements de la France, il crut mieux faire en se dirigeant vers la Haute Allemagne. Le 10 juin, il faisait son entrée à Halle. De là, il envoya des troupes à Naumbourg pour rétablir Jules Pflug dans l'évêché qui lui avait été ravi par la violence.

Il s'agissait en premier lieu d'obtenir la soumission du Landgrave.

Depuis son retour de la funeste campagne du Danube, Philippe était dans une situation presque désespérée. « Tout le monde nous abandonne, » écrivait-il à Bucer 2. Tantôt il montrait un sombre désespoir, tantôt il s'attendrissait sur son sort. Si autrefois il avait eu l'intention de soulever les paysans contre l'Empereur ^, maintenant, en voyant de près ce qui se passait dans ses États, il ne songeait plus qu'à empêcher la révolte de ses propres sujets. « Ils sont tellement ruinés,)) écrivait-il tristement à l'Électeur « qu'ils ne peuvent nine veulent rien me donner pour l'entretien d'une nouvelle armée. )) Il rencontrait chez les nobles un mauvais vouloir évident; il les soupçonnait sans cesse de conspirer contre lui, et de s'entendre pour le perdre avec les villes de son duché. « Nous n'étions pas assez riches pour entretenir nos forteresses, et si l'argent français ne fût arrivé, nous aurions été obligés de laisser se débander provisoirement nos lansquenets. )) Les Alliés de l'Oberland se moquaient de lui, attribuant à ses fautes l'insuccès de la campagne * . La défaite et la captivité de l'Électeur achevèrent de le décourager. Déjà, à plusieurs reprises, non dans le loyal dessein de conclure une paix durable, mais contraint par la nécessité et dans l'espoir de rencontrer plus tard une chance meilleure s, il avait, par l'intermédiaire de

* Gyseke, C/ironi/f, voy. Lappenberg, p. 148. ^ RoiiMBL, Urkundenbuck, p. 174.

» Voy. plus haut, p. 640.

* Voy. ses lettres, datées de janvier.mars et avril, dans Roumel, Urkundenbuck, p. 198-205, 221, 225,264. — Lknz, t. II, p. /i88, 497-500.

^ Voy. plus haut, p. 647.

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Maurice de Saxe et de l'Électeur de Brandebourg, essayé de se rapprocher de Charles-Quint ; mais les conditions qui lui avaient été posées lui avaient paru trop dures. On exigeait qu'il livrât ses villes fortifiées et se rendît à grâce et à merci; il ne pouvait s'y résoudre, mais enfin, en l'extrême détresse où il se voyait réduit, il finit par comprendre la nécessité de se soumettre. « Si j'étais sûr, » dit-il à Christophe de Ebelcben, conseiller intime du duc Maurice, « que m'en remettre à la clémence de l'Empereur ne m'obligeât qu'à me jeter à ses pieds^ comme l'ont fait tant d'autres princes avant moi, en un mot, s'il ne s'agissait que de faire amende honorable, je n'hésiterais pas. » Il promettait de raser quelques-unes de ses forteresses, de livrer une partie de son artillerie, et chargea Ebeleben de porter à Joachim et à Maurice, qui avaient offert leur médiation, ses conditions ainsi précisées; ceux-ci annoncèrent à l'Empereur que Philippe se remettait entièrement à sa miséricorde, offrait de raser ses forteresses, à l'exception de Cassel et de Ziegenhain, et Uvrait son artillerie. Ils demandèrent à Charles quelles étaient ses intentions vis-à-vis du Landgrave. L'Empereur répondit qu'il lui était impossible de se fier à lui et qu'il voulait le tenir en sa puissance *. Ils lui représentèrent qu'un prince qui vient de luimême se rendre ne saurait être traité avec la même rigueur qu'un rebelle surpris les armes à la main; mais Charles objecta que Philippe ne se rendait que malgré lui, et parce qu'il se sentait menacé de plusieurs côtés à la fois. Hors d'état de résister, craignant d'être atteint par le ban d'Empire, s'il se soumettait, ce n'était qu'à contre-cœur.

L'Empereur tenait d'autant plus à poser cette sévère condition qu'il savait positivement, par des correspondances interceptées, que le Landgrave continuait à conspirer contre lui 2.

Alors les princes lui remirent les articles de la capitulation ; il y était dit que Philippe s'abandonnait entièrement à la clémence de celui qu'il avait offensé; mais les Électeurs voulaient recevoir l'assurance que le Landgrave n'aurait à subir « ni châtiment corporel, ni prison perpétuelle ^ . » L'Empereur le leur promit

' .. « quy ny avait aucune asseurance que peust valoir, sinon ceîle de sa personne que Sa Majesté entendait de tenir pour sheurté du traicté, et empescher, que ea après il ne troublast l'Allemaigae. »

* Relatiou officielle, Lanz, Corvespondenz, t. II, p. 589-593 .

' Voy. ces articles dans Bucholtz, Urkundenband, p. 423-124. « Il se rendra à S. M. en genade et ongenade sans aucune condition; toutefois led. marquis et duc Maurice adjustent à cesluy article, qu'il leur est nécessaire d'avoir intelligence avec S. M. que telle condition ne tournera à peine corporelle ou perpétuel emprisonnement dud. Lantgrave. »

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mais à la condition que Philippe n'en saurait rien et viendrait se rendre à merci, sans condition.

Les princes arbitres ne doutant probablement point qu'à la dernière heure Charles ne se relâchât de sa sévérité et ne rendît au Landgrave sa complète liberté, écrivirent à Philippe, le 4 juin, « de leur propre mouvement et conseil, » qu'à mettre les choses au pire, il ne serait condamné « ni à la prison ni à la potence, » allant jusqu'à s'engager, dans le cas où le Landgrave se verrait exposé à quelque traitement semblable, à se mettre en sa place pour subir la peine qui lui aurait été intligée. A cette lettre, Philippe répondit, le 7 juin, qu'il se décidait à venir, exprimant l'espoir que les princes conduiraient si bien l'atfaire « qu'il ne serait retenu loin de chez lui que cinq ou huit jours. »

Sur le point de se mettre en route, il écrivit à Henri II une lettre qui fait bien voir que l'Empereur ne se trompait pas en ne faisant aucun fonds sur la loyauté de ses intentions. Il avait d'abord pensé continuer la guerre, disait-il, se confiant en Dieu et en l'assistance du roi ; mais il n'avait pas réussi à attirer de son côté Mansfeld et Thumshirn, et l'argent français, déposé pour lui chez l'Électeur de Saxe, ne lui était jamais parvenu. Il était sans ressources-, les villes de Saxe et les cités maritimes avaient laissé sans réponse ses demandes réitérées de secours; il ne pouvait se fier à ses propres sujets. Pour toutes ces raisons, il s'était décidé, en présence d'une ruine imminente, à faire sa soumission. D'après les propositions que lui avaient faites, de la part de l'Empereur, l'Électeur Joachim et le duc Maurice, il voyait qu'il ne serait obligé de livrer ni ses forteresses ni un pouce de sa terre, et que Charles ne le retiendrait pas en sa puissance; accepter ces offres lui paraissait donc le parti le plus sage, aussi bien dans son intérêt que dans celui du roi, auquel il était prêt, à l'avenir, à rendre tous les services qu'il pourrait réclamer de

lui i'.

Ce même jour (15 juin), l'Empereur informait son frère des négociations entamées avec les deux Électeurs : « Il a été convenu, » écrit-il, c( que le Landgrave se rendrait sans condition là grâce et à

merci . »

« Il est vrai que les deux Électeurs m'ont demandé de leur promettre que je ne le châtierai ni en son corps ni par la prison perpétuelle; ils ont employé cette expression « perpétuelle, » et nous sommes convenus que ce mot serait inséré dans l'écrit qui me serait présenté. J'ai souscrit à leur demande, mais je crois utile de tenir le Landgrave, au moins pour (juelque temps, entre mes mains, et de le

1 Lanz, Correspond e7iz, t. 11, p. 653-655.

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