PHILIPPE DE HESSE FAIT AMENDE HONORABLE
mettre en captivité aussitôt après l'amende honorable ; les Électeurs ne pourront s'en plaindre, car je ne ferai là rien de contraire à l'engagement que j'ai pris de ne pas le soumettre à la prison perpétuelle ^.d
Le 18 juin, Philippe arrivait à Halle avec une suite imposante ; le même jour, Henri de Brunswick, mis en liberté par l'ordre de l'Empereur, y faisait, lui aussi, son entrée.
Maurice, le lendemain, qui était un dimanche, étant à table avec Joachim de Brandebourg et Philippe, pria son conseiller Fachs de demander à l'évêquc Granvelle, fils du chancelier, « si l'Empereur, après l'amende honorable, tendrait oui ou non la main au Landgrave. » Granvelle répondit « qu'il n'en savait rien. » Fachs, pendant le repas, glissa tout bas cette réponse à l'Électeur 2. Tendre la main après qu'un coupable venait d'implorer sa grâce à genoux, c'était, au su de tous, pardonner. La question posée par Maurice prouve donc qu'il savait bien que l'Empereur n'avait pas promis de mettre Philippe en liberté, et il lui fut facile de prévoir ce qui allait arriver par la réponse évasive de Granvelle.
Le 19 juin, à cinq heures de l'après-midi, Philippe, aux genoux de l'Empereur, prononça l'amende honorable, mais en dissimulant mal un sourire. Charles, qui le remarqua, le menaça du doigt, et lui dit d'un air sombre : « Je t'apprendrai à rire ^ ! » Alors le vice-chancelier Seid lut la réponse impériale, qui portait en substance « qu'en considération de l'humble soumission du Landgrave et de l'intercession des princes, l'Empereur levait la sentence du ban, donnait la vie au coupable, et promettait de ne lui infliger ni prison perpétuelle, ni confiscation de terre ou de biens, conformément aux articles qu'il avait approuvés. »
« Pendant que le Landgrave prononçait l'amende honorable, » écrivait l'Empereur à Ferdinand, « je fis répondre à l'Électeur de Brandebourg, qui m'avait demandé si je tendrais oui ou non la main, que je comptais m'en abstenir jusqu'à la complète mise en Hberté du Landgrave, et que, par ma réponse qui lui serait communiquée, il verrait bien que j'avais tenu tout ce que j'avais promis. En effet, après que celui-ci eut écouté la réponse, il se déclara satisfait. » « Plus tardp) poursuit Charles, « après que les Électeurs se furent
* Lettre de l'Empereur et réponse de Ferdinand, dans Bocholtz, Urkundenband, p. 427.
* Dépêche de Fachs, voy. v. Druffel , 1. 1, p. 487.
3 «Wel, ik sal u leeren lachen! n Telle est la version de Sastrowe présent à l'ameude honorable en qualité de délégué de la Poméranie (t. 11, p. 2'J).C. A. Menzel a dit avant moi qu'il n'y avait aucun motif pour rejeter cet te anecdote sous prétexte qu'elle ne se trouve pas en d'autres relations. « Il est probable que Sastrowe, placé plus près de l'Empereur ou plus attentif, a mieux entendu ce qui a échappé à des assistants plus éloignés. »
660 l'empereur convoque LES ÉTATS A AUGSBOURG. 154.7.
entretenus avec Philippe et avec leurs conseillers, ils prétendirent n'avoir pas compris que le Landgrave pourrait être retenu en captivité, disant que ce n'était que dans cette persuasion qu'ils l'avaient engagé à venir. On leur prouva leur erreur en leur montrant le texte des articles et en leur rappelant, ce qui leur avait souvent été dit, que, pour l'exécution desdits articles, on ne pouvait espérer d'autre garantie que la personne^même du Landgrave, jusqu'à ce que les faits m'eussent donné sûre caution, car il m'était impossible de me fier à sa parole, à laquelle il avait manqué si souvent. Ils avaient eu tort de donner à mon insu une telle assurance, d'autant plus qu'eux-mêmes étaient convenus avec moi du contraire. » « Il ne peut être ici question d'un malentendu, » dit l'Empereur aux princes, « puisque l'écrit dans lequel il est parlé de « prison perpétuelle » a été rédigé par vous-mêmes en langue allemande ; mais plutôt qu'un doute ne plane sur cette affaire, je veux que tout soit considéré comme non avenu, et que Philippe et sa suite retournent en Hesse. » Enfin les princes déclarèrent par trois fois que l'Empereur, après tout ce qui avait été consenti, aussi bien dans les articles de la capitulation que dans l'explication qui en avait été donnée, était pleinement justifié à retenir le Landgrave en captivité, pourvu que cette captivité fût temporaire, ajoutant qu'ils soutiendraient l'Empereur contre quiconque prétendrait qu'il avait abusé de ses droits ; si une erreur avait été commise, ils en assumaient toute la responsabilité*.
Le 3 juillet, l'Empereur convoqua les États à Augsbourg pour le le' septembre suivant.
La guerre soulevée contre lui par quelques princes et membres d'Empire rebelles, disait sa lettre de convocation, l'avait empêché jusque-là de réunir les États; mais les deux principaux instigateurs de cette guerre s'étant soumis à ce que demandait d'eux l'équité et se trouvant en ce moment auprès de lui, « il ne voulait pas retarder davantage une assemblée destinée à rétablir dans l'Empire la concorde et la paix ^. »
1 Lettre de l'Empereur, 28 juia 1547, voy. v. Druffel, t. I, p. 63-67. Lettre de Granvelle à la reine Marie (20 et 21 juin) dans Lanz, t. II, p. 585-088,592-595. Sur la supi)Osilioii que Granvelle, eu substituant un mot à un autre dans le texte du traité, aurait sciemment abusé les princes médiateurs, voy. Bucholtz, t. VI, p. 78-8Ö. « Si le landgrave Philippe, » dit Maurenbrecher {Karl V und die deulschen Proleslunlc/i, p. 145), u avait eu le droit de se plaindre de la manière dont il était traité et dont il se voyait joué, toute sa colère aurait dû se porter sur les princes qui, avec l'Empereur, avaient rédigé la capitulation et qui, cependant, avaient osé lui promettre une impunité absolue en leur propre nom comme au nom de l'Empereur. Voy. aussi Mauuünbuecuer, Studien und Skizzen, p. 143-145.
» Voy. cette lettre circulaire dans les Reichslagsaclen, t. LXI, fol. 1.