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LE CONCILE DE TRENTE

sur le péché originel, sur les écrits canoniques et sur l'usage qu'on en doit faire, étaient publiés, et le dogme sur la justification avait été promulgué. L'Empereur protesta en vain contre ces actes. On n'ignorait pas à Rome les plaisanteries que s'était permises Granvelle sur les (( évêques welches, auxquels il était impossible de s'en rapporter sur les points de doctrine les plus essentiels. » Le dogme catholique de la justification, tel que le Concile venait de le définir, déplaisait au ministre, qui trouvait que ce point avait déjà été réglé d'une manière satisfaisante dans les conférences religieuses d'Allemagne, et qu'on eût pu se dispenser d'y revenir i. Aussi, pour prévenir toute immixtion du pouvoir temporel dans les 'choses [de la foi, le Pape avait-il ordonné à ses légats de le promulguer sans retard ; il fut porté à la connaissance de tous les Catholiques, le 13 janvier 1547. L'Empereur se plaignit de cette hâte, disant qu'on allait irriter imprudemment les Protestants; mais Paul répondit « que ce reproche était sans aucun fondement, que le Concile avait mis six mois à préparer ce seul décret et qu'il eût été puéril d'espérer qu'un plus long délai eût décidé les hérétiques à abjurer leurs erreurs 2. » Le 3 mars, la doctrine des sacrements en général, du baptême et de la confirmation en particulier, fut promulguée. En même temps, parurent des décrets de réforme, nommément sur la résidence des évêques et sur le cumul des bénéfices. La prochaine session était annoncée pour le 21 avril ; mais à cette date une maladie contagieuse éclata à Trente ; le général des Franciscains, un évêque et plusieurs autres pères du Concile furent emportés en peu de jours par le fléau. On parlait déjà d'intercepter toute communication avec le dehors ; douze évêques quittèrent précipitamment la ville, la plupart sans en avoir demandé l'autorisation aux légats. Plusieurs évêques étaient d'avis d'ajourner le Concile à un temps meilleur, comme l'auraient voulu les légats au commencement de la guerre de Smalkalde. Cervino, surtout, craignait que l'Empereur, à la tète de son armée triomphante, ne vînt dicter des lois au Concile, car les ambassadeurs de Charles-Quint avaient plus d'une fois dit d'un ton menaçant que leur maître voulait présider en personne l'assemblée des évêques. Qu'arriverait-il si, après la victoire, il mettait cotto'^menace à exécution? Le Pape, « parce qu'il semblait impossible de retenir les évêques à Trente, » avait, au commencement d'août 1546, donné plein pouvoir aux légats de transférer le Concile à Liicqucs, pourvu que cette mesure eût l'assentiment delà majorité; mais il fallait bien informer l'Empereur de celte résolution, et celui-ci s'y montra très opposé, menaçant, si le Pape

* Voy. plus haut, p. 616.

« Pallavicino, lib. IX, cap. 3. n"4.

l'EMPBREUR et le concile. 1547. 663

passait outre, de se rapprocher des Luthériens et de ne plus avoir égard qu'à ses seuls intérêts*. Sur ces entrefaites, deux célèbres médecins découvrirent dans l'épidémie régnante des symptômes évidents de peste. Aussitôt les légats, conformément aux pleins pouvoirs qu'ils tenaient du Pape, interrogèrent les Pères sur le parti qu'il convenait de prendre ; la majorité se déclara pour le départ, malgré l'opposition de quinze prélats, entièrement dévoués à l'Empereur et qui, sur l'ordre de Charles-Quint, s'obstinèrent à rester.

Mais il se trouva que le fléau tant redouté cessa tr^s prompteraent d'exercer ses ravages. Le transfert du Concile à Bologne fut un grand malheur pour l'Église.

Aussitôt que Charles en reçut la nouvelle, il entra dans une violente colère. En présence du nonce Verallo, il s'exprima sur le compte du Pape en termes durs et méprisants. « Il faudra bien, » s'écria-t-il, « qu'un autre concile se réunisse, et celui-là donnera satisfaction à tous et remettra tout dans l'ordre ! » Il exigea le retour immédiat des Pères, menaçant, si on ne lui obéissait, de protester solennellement contre leurs futures décisions. Le Pape lui représenta que le Concile seul avait le droit de décider sur son retour, et que les Pères restés à Trente seraient obligés de se rendre d'abord à Boulogne, pour y voter ; il proposa à l'Empereur de s'y rendre avec lui, disant que la présence des deux chefs de la Chrétienté donnerait une grande solennité à la promulgation des décrets portés contre les hérétiques. Mais l'Empereur lui fit répondre « qu'il saurait bien y aller tout seul, et qu'il comptait envoyer ses évêques, non pas à Bologne mais à Rome, où luimême, le tout-puissant Empereur, viendrait bientôt donner ses ordres. »

Les éclats de sa colère laissèrent le Pape impassible. Il était décidé à ne jamais abandonner à un souverain temporel, quelque fût son pouvoir, une autorité qui ne lui appartenait point, et le droit de trancher d'un mot des questions purement théologiques. Il se contenta de répondre à Mendoza, l'ambassadeur de Charles-Quint : (> Ce n'est pas à César, c'est à saint Pierre que le Christ a dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. »

Les défiances du Pape furent encore augmentées par un événement qui l'atteignit personnellement et le plongea dans la plus araère douleur.

Le 10 septembre 1547, à la suite d'une conjuration ourdie et conduite par Gonzague, gouverneur impérial du Milanais, le duc Louis

* Au dire de Cataneo : « quod allias concordabit cum Lutheranis et ea agit quae expedire ei magis videbuatur. »Voy. v. Duoffel, Vi g Uus' Tag ebne h, p. 52.

666 l'empereur ET LE CONCILE. 1547.

Farnèse, ennemi de l'Empereur et fils de Paul III, fut assassiné à Plaisance. Aussitôt la ville fut occupée au nom de Charles-Quint. L'Empereur, informé du complot de Gonzague^ l'avait approuvé, tout en exprimant le désir que la vie de Farnèse fût épargnée. Mais Gonzague avait secrètement promis l'immunité aux conjurés, les assurant qu'ils ne seraient pas rendus responsables de ce qui pourrait se passer dans le tumulte d'une émeute *. Le Pape fit savoir à l'Empereur que la prompte cession de Plaisance aux États de l'Église serait seule capable de le convaincre de sa non-culpabilité dans cette affaire. Charles refusa, et Paul III, dans un consistoire, déclara au Sacré-Collège qu'il pardonnait comme homme l'offense reçue, qu'il abandonnait à Dieu le châtiment des coupables, mais qu'il ne pouvait tolérer la spoliation de l'Église et l'outrage fait à la Papauté en sa personne, ajoutant qu'il en voulait satisfaction, dùt-il, pour cette cause, subir le martyre.

Sur ces entrefaites, les négociations religieuses s'ouvrirent à la Diète d'Augsbourg.

Le 1" septembre 1547, l'Empereur ouvrit la Diète par un discours où, « sans faire aucune allusion aux graves événements militaires qui venaient de se passer, » il traitait des affaires temporelles et spirituelles de l'Empire absolument du même ton et de la même manière qu'aux assemblées précédentes. Beaucoup parmi les assistants ne purent s'empêcher de se demander « comment les Alliés auraient parlé et agi si la victoire eût été de leur côté, et s'ils avaient eu affaire à l'Empereur vaincu? » « N'avaient-ils pas^ annoncé l'intention, » ditWcsthof, « de gouverner l'Empire selon leur caprice, d'opprimer les princes ecclésiastiques, de chasser tous les prêtres? Quant au sort qu'ils réservaient à l'Empereur, il n'était pas difficile de le deviner 2. »

Charles tenait avant tout à se faire obéir dans la question du Concile, malgré le Pap? et les Pères de Bologne. Dans sa première déclaration aux Élals, il disait : « Comme la discorde religieuse est la racine et la cause principale de tous nos maux et qu'avant de l'avoir réglée aucune paix ne peut être espérée, et comme le Concile de Trente s'est réuni dans ce but, il nous faut premièrement aviser aux moyens de ramener la paix dans les consciences et cher-

' Voy. Ranke, t. V, p. '.>. Maorendukcher, p 158. * ' Voy. plus haut, p. 659, note.

l'empereur et le concile. 1547. 667

cher comment, entre temps et jusqu'à la paix définitive, nous devrons nous comporter au sujet de la religion. »

Les trois Électeurs ecclésiastiques furent d'avis de remettre tous les intérêts religieux aux décisions du Concile. Les Électeurs protestants du Palatinat, de la Saxe et du Brandebourg réclamèrent, au contraire, « un concile libre et apostolique, » auquel le Pape luimême serait obligé de se soumettre, où les évêques seraient déliés de leur serment de fidélité envers le Saint-Siège, et où les théologiens protestants auraient droit de siéger. Là seraient « remaniées » les définitions déjà promulguées, toute doctrine inique serait abolie et lesdocteurs ne prendraient pour base de leurs décisions que les textes de l'Écriture Sainte, s examinés avec révérence et impartialité. » Le collège des princes, des prélats et des comtes se borna d'abord à demander que le Concile de Trente poursuivît ses séances et que des députés protestants y fussent admis ; mais plus tard, influencé par Eck *, il émit des doutes sur la validité de ses premières définitions. Ulrich de Wurtemberg avait donné ordre à ses ambassadeurs de s'opposer de toutes leurs forces à la continuation du Concile, lequel, selon lui, avait formulé des décrets absolument contraires aux termes préeis de la Sainte Écriture, avec tant de partialité qu'il en était indigné -. » Les villes dEmpire estimaient que le moyen le plus efficace de sortir des embarras présents était une nouvelle conférence religieuse où les points débattus seraient discutés à loisir. Elles auraient aussi approuvé un concile national, dans lequel tous les chrétiens, assistés des lumières de l'Esprit Saint, exprimeraient librement leurs opinions, « en présence de doctes et savants personnages, craignant Dieu, choisis dans toutes les classes de la société, et chargés de prendre des résolutions définitives relativement à la foi. Le Concile de Trente, à leur sens, ayant refusé d'admettre les nouveaux croyants à leurs délibérations, s'était attribué arbitrairement le droit déposer toutes sortes d'affirmations, de condamner des points essentiels de doctrine, etc., et l'on ne pouvait attendre d'une telle assemblée que tracasseries, chicanes et injustices. II était du devoir de l'Empereur de la dissoudre ^. »

Après avoir entendu tous ces avis, l'Empereur délibéra longuement avec les Électeurs et les princes protestants, et parvint à les décider à s'en remettre à lui, en union avec tous les Catholiques, dans la question du Concile ^. Il leur promit de veiller à ce que tout y fût

' Voy. V. Druffel, t. III, p. 53.

' Voy. Sattler, t. III, p. 263.

' Voy. Sastrowe, t. Il, p. 142-144.

* On ignore si l'Empereur fit à ce sujet d'autres promesses particulières aux Protestants.

C68 l'empereur ET LE CONCILE. 1547.

réglé avec équité, leur assura que les Protestants y seraient traités avec toutes sortes d'égards ; que l'affaire serait conduite et conclue d'une manière « sainte, chrétienne, sans mélange de passion, conformément à la Sainte Écriture et à la doctrine des anciens Pères ; qu'on aviserait à la réforme si nécessaire dos abus, que toute doctrine erronée, toute injustice seraient retranchées, et leur persuada qu'il lui appartenait de résoudre les difficultés relatives à la foi, et que les membres du Saint-Empire pouvaient et devaient s'en remettre

à lui.

Les villes n'accédèrent à son désir qu'avec répugnance. Aussi éprouvèrent-elles le besoin de déclarer, encore une fois, qu'elles ne recevraient de bon cœur les décisions de Trente que si elles les trouvaient réellement conformes à la doctrine des Pères et aux textes de la Sainte Écriture : « Car il serait souverainement pénible à la plupart des nôtres de devoir se soumettre si l'on donnait aux définitions déjà promulguées la valeur de décisions émanant d'un concile général, ou si l'assemblée de Trente se dirigeait, quant à la parole de Dieu et à la doctrine des Pères, d'une toute autre manière que ne le faisait pressentir l'Empereur, w

De toutes « ces subtilités et restrictions » il ressortait clairement qu'on ne pouvait attendre des Protestants la franche acceptation des décrets du Concile.

Mais sans paraître s'en apercevoir, l'Empereur, le 9 novembre, informa le Pape « que le but de ses efforts, l'objet de tous ses désirs, était enfin atteint et que les Électeurs, les Princes ecclésiastiques et temporels, aussi bien que les villes, se soumettaient au Concile et acceptaient ses premières définitions. Les Pères de Bologne devaient donc revenir au plus vite à Trente.

Le Pape leur fit part du désir de l'Empereur; ils répondirent qu'ils étaient tout disposés à lui obéir pourvu que leur démarche ne portât aucun préjudice aux intérêts de la Chrétienté; mais il fallait que les Pères restés à Trente vinssent premièrement les rejoindre à Bologne. De plus, ils voulaient avoir la pleine certitude que les Protestants se soumettraient au Concile et qu'ils en recevraient les premières décisions. Ils demandaient de plus à être bien assurés que l'Empereur ne changerait pas le mode de discussion du Concile, comme il en avait été question en Allemagne. Enfin, ils voulaient qu'il fût bien entendu d'avance que, s'il s'agissait de transférer leur assemblée en quelque autre lieu, ou de laclore, la décision de la majorité aurait seule force de loi.

Le Pape remit la réponse du Concile au plénipotentiaire de l'Empereur. (20 décembre 1547)

Le parti que Charlos-Quint crut devoir adopter, en un si grave

l'empereur et le concile. 1547. 669

moment^ fut d'une importance capitale pour l'avenir de l'Allemagne.

A cette date^ une entière conformité de sentiments, une ligne de conduite identique, une union sincère entre les deux chefs de la Chrétienté eût encore pu tout sauver; la réforme du clergé, le redressement des abus, la sérieuse mise à exécution des lois ecclésiastiques édictées à Trente touchant la résidence des évéques, leur mission doctrinale, leur obligation d'établir en tous lieux de dignes prêtres^ des prédicateurs éclairés, de visiter leurs diocèses, de fonder des chaires de théologie dans les églises cathédrales, dans les collégiales et les cloîtres, toutes ces mesures, à un moment où Charles-Quint se sentait assez fort pour vaincre la résistance des chefs de la révolution religieuse, pouvaient avoir les plus importants et les plus heureux résultats pour l'ancienne religion comme pour le maintien de la constitution de l'Empire, alors si inséparablement unie à la constitution de l'Église. La vraie piété, les saintes mœurs, la discipline, la justice et la paix auraient aussitôt pris un nouvel essor. Mais, par la propre faute de l'Empereur, tous ces espoirs furent tristement déçus, et la confusion générale ne fit qu'augmenter.

Charles-Quint prit, vis-à-vis du Concile et de Paul III, une attitude qui ne lui convenait point. Se posant en maître absolu, il exigea que les Pères de Bologne retournassent immédiatement à Trente, sans permettre, comme ces Pères le voulaient, que les prélats espagnols vinssent premièrement se réunir à eux. Le 15 janvier 1538, à Bologne, il fit publier un édit qui cassait et annulait tous les décrets du Concile à partir du jour de la scission, niant que les légats et les évêques de cette assemblée, presque tous, disait-il, servilement attachés au Pape, eussent le droit de donner des lois au monde chrétien touchant la foi et la réforme des mœurs. La réponse que lui avaient fait parvenir le Pape et les Pères était inconvenante, illégale et remplie de faussetés. L'Empereur voyait bien que le Pape ne se souciait point des véritables intérêts de l'Église; donc, c'était à lui à y veiller? et il était résolu de le faire, comma le voulaient ses droits, l'attente du monde entier, son titre et sa mission d'Empereur et de roi. Le Cardinal légat del Monte, président du Concile, lui fit aussitôt répondre que, quant à lui, il aimerait mieux mourir que consentir jamais à ce que le pouvoir temporel s'arrogeât le droit de convoquer des assemblées ecclésiastiques et d'entraver la liberté des Pères : l'Empereur était le fils de l'Église, non son maître.

Sur l'ordre de Charles, son ambassadeur Mendoza répéta à Rome en présence du Pape, en plein consistoire, les menaces et l'espèce de déclaration^ de guerre de l'Empereur. Paul III y répondit avec dignité.

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Il se refusait à croire, dit-il, que Cliarles eût contre lui tant de méliance et de ressentiment; le mécontentement de Sa Majesté ne pouvait regarder que les légats, seuls responsables du transfert du Concile. Cependant l'Empereur ne pouvait ignorer qu'en cette question il n'appartenait qu'au Pape de décider. 11 ferait faire une enquête, il établirait la culpabilité des légats, mais jamais il ne les condamnerait sur un simple ordre de l'Empereur, et seulement pour lui complaire. On se trompait en prétendant que les Pères de Bologne étaient ses créatures ; en dehors des liens qui l'attachaient à tous les membres du troupeau dont il avait la garde, jamais il n'avait eu de parti et, jusqu'à ce jour, n'avait pas éprouvé le besoin d'en former un autour de lui : il avait fait à ses légats un devoir formel de respecter la liberté du Concile; il chargerait quatre cardinaux, investis de ses pleins pouvoirs, d'examiner si quelque mesure illégale avait été prise. Dans ce cas, il emploierait toute son autorité pour que le retour à Trente s effectuât le plus tôt possible K

Tous ses efforts pour apaiser Mendoza furent inutiles. Le IS février, l'ambassadeur quitta Rome. Le jour suivant, le Pape, pour éviter un schisme, ordonna par un bref aux légats et aux évoques d'interrompre leursü-avaux, jusqu'au moment où, un jugement ayant été rendU; une décision pourrait être prise.

L'Empereur tint à exécuter sa menace : en vertu de la suprême autorité qu'il avait en main, il voulut donner une forme provisoire au culte et à la doctrine, du consentement du corps germanique qui, à Augsbourg, s'en était remisa lui du soin d'établir temporairement une constitution ecclésiastique. Sans avoir reçu le mandat de l'Église, il prétendit imposer ses volontés aux Catholiques comme aux Protestants, au moins jusqu'à la clôture du Concile.

La « religion impériale intérimaire » allait être inaugurée dans l'Empire -.

Charles avait d'abord songé à donner aux États^ par voie de délibération parlementaire, le pouvoir de discuter et de décider les questions religieuses comme les questions politiques.

« Mais, » écrit Westhof, « quiconque était au fait du genre de vie des seigneurs d'Augsbourg ne pouvait se dissimuler qu'avec des princes et députés de cette sorte, aucune détermination ne pou-

« Voy. ces actes dans Raynald, ad a. 1548, 11° Tj, sqq.

* a Intcrreligio imperialis. » Voy. von t)»ui'Kiii., t. 1, p. 17'.», iioto. Voy. plus haul, p. üü'J, uote.

LES PRINCES d'empire A LA DIÈTE DAUGSBOURG. 1548. 671

vait être prise touchant les intérêts sacrés de la religion, quand bien même l'Empereur eût été d'avis que l'autorité laïque ait le droit d'intervenir en ces sortes d'affaires. Le genre de vie des membres de l'Empire, leur passion effrénée pour le jeu, leurs vices, leurs excès de tout genre étaient au delà de tout ce qu'on en pourrait dire ^ » Venus, sur l'ordre exprès de l'Empereur, en plus grand nombre que cela ne s'était presque jamais vu, a les princes parurent à Augsbourg en si fastueux équipage qu'on eut pu s'imaginer que la fortune les avait tout à coup comblés de ses faveurs, et qu'il était tombé pour eux de l'or de la lune ; après les anxiétés, les fatigues de la guerre, ils se livraient au bien vivre avec une ardeur extravagante, comme s'il ne se fût plus agi pour eux que de fêtes et de banquets; bien que le peuple, partout où la guerre avait exercé ses ravages, fût dans la plus extrême détresse par suite des incendies, du pillage, de la dévastation du sol, ces seigneurs semblaient croire que l'angoisse et la misère étaient partis pour une autre planète. L'Empereur, si réglé dans ses mœurs, s'en montrait extrêmement scandalisé ; mais, près de ces libertins dissolus, quel effet pouvaient avoir ses remontrances et ses exemples - ? » « Pour la gloire de Dieu et pour lui complaire, » Charles-Quint trouvait qu'ils auraient pu, du moins pendant la Diète, s'abstenir, eux et les leurs, de leurs horribles orgies, et ne pas être sans cesse à demi ou tout à fait ivres. Gela eût été grandement utile à la santé de leur corps, de leur âme et de leur bourse. « Mais tous les avertissements qu'on put leur donner ne servirentà rien. Georges de Heideck écrivait d' Augsbourg: « En fait de nouvelles, je n'ai rien de particulier à vous mander, si ce n'est que, selon moi, on mène ici une vie vraiment payenne; tous les jours nouveaux et trop copieux banquets, orgies, gros jeu blasphèmes 3. »

L'un des plus fameux «héros du verre » était Frédéric III, duc de Liegnitz. Fier de sa « robuste foi évangélique, » il récitait par cœur, même en état d'ivresse, des pages entières de la Bible. Déjà, à Nuremberg, en route pour Augsbourg, il avait établi sa réputation de buveur émérite. <f II était constamment pris de vin, » rapporte Sastrowe, « et comme ses conseillers refusaient de partager sesextravagantsplaisirs, il prenait volontiers avec lui lescourtisans du margrave Jean de Brandebourg, avec lesquels il s'abandonnait sans rougir aux plus hon-

*Voy plus haut, p. GÖ9, note.

2 Vom teutschen Saufteufel. (1547). Bl. 3. Le vénitien Mocenigo dit dans sa dernière relation sur l'Empereur:« Questa cosi gran continentia, quanlopiu rarevolte si ritrova nelli principi grandi, tanlo maggiormente orna la Mta sua, la quale in vero si po dire, che hoggidi sia al mondo un spechio di honesta. » Voy. Fiedler, p. 21-22.

^ Voigt, Alhrecht Alcibiades, t. I, p. 165.

672 LES PRINCES d'rMPIRE A LA DIÈTE D'aUGSBOURG. 1548.

teux excès. Un jour qu'il était absolument ivre, lui et ses six compagnons imaginèrent de couper la manche droite de leurs pourpoints et de leurs chemises, délièrent leurs hauts de chausse, et tirèrent la chemise entre le haut-de-chausse et le pourpoint, tout autour. « En ce bel équipage, en plein midi, sans souUers, pieds nus, ils se promenèrent à travers les rues, ordonnant aux musiciens dont ils s'étaient fait accompagner do faire la plus bruyante musique qu'il leur serait possible. » Une foule de curieux, composée en grande partie d'Espagnols et d'Italiens, accourut au bruit et s'amusa fort aux dépens de ces Allemands ivres. » Henri de Brunswick, un jour de banquet, tomba tout de son long dans son hôtellerie ; il fallut que quatre gentilshommes le reportassent dans son lit. L'Empereur était peu flatté de voir les Allemands se livrer à ces orgies grossières aux yeux des représentants des nations étrangères. »

Les compagnons les plus habituels du duc étaient TÉlecteur Maurice de Saxe et le margrave Albert de Brandebourg: « Ces trois princes menaient une telle vie à Augsbourg qu'en vérité le diable en devait rire, et l'on en faisait grand bruit dans toute la ville ^ »

« Pendant tout le temps que dura la Diète, l'Électeur Joachim de Brandebourg et son épouse menèrent grand train. Bien que tout fût hors de prix à Augsbourg, rien n'était épargné pour rehausser la magnificence de leurs festins, où l'on servait en abondance les mets les plus recherchés. En peu de temps, l'Électeur eut dépensé tout l'argent qu'il avait apporté avec lui^ et il ne savait comment faire pour s'en procurer d'autre, ni comment sortir d'embarras 2. »

* Sastrowe, t, II, p. 89. Les Mémoires de Sastrowe, et en particulier les yîrenlitres du ckevalier Ilansvotide Schweinichen racontées par lui-même, publiées par BuscHiNG (3 vol., Breslau, 1820-18:23), reaferment les documents les plus intéressants et les plus authentiques sur les mœurs grossières et féroces de l'époque qui nous occupe. Citons en un seul exemple : « A Liegnitz, dans sa terre, » rapporte Sastrowe en parlantde l'évoque luthérien Frédéric 111, si versé dans la Bible, et dont il a été parlé plus haut, « il était un jour attablé, lorsque passèrent devant ses fenêtres deux étudiants qui allaient visiter leurs parents et amis, et traversaient la cité. Comme c'était le malin, ils se divertissaient un peu en chantant, ot le duc les entendit. 11 ordonna qu'on s'emparât de leurs personnes, les fit conduire hors des portes de Ja ville ou ils eurent la tele tranchée. Le lendemain matin, étant encore à jeun, quelques-uns de ses conseillers se promenant avec lui à cheval, le conduisirent justement à l'endroit ou les deux jeunes gens avaient été décollés. Lorsqu'il vit le sang, il demanda ce que c'était; ils lui dirent que c'était le sang des deux étudiants qu'il avait fait décapiter la veille. Le prince parut fort étonné et demanda ce quils avaient pu faire pour mériter un tel châtiment, d

* Sastkovve, t. Il, p. 3U2. « Le docteur Conrad Holde avait prêté à Sa Grûce Electorale, pendant la Uiètede Ualisbonne, il y avait de cela sept ans, 5.713 ihalers, et depuis les avait fréquemment réclamés, mais sans rien pouvoir obtenir. Cette fois il ne fut pas plus heureux; seulement, l'Electeur lui donna une lettre revêtue de son sceau, écrite en termes si amers qu'on aurait pu s'en servir pour empoisonner des serpents. Dans cette lettre, il lui promsttait de le pajer en quatre échéances aux quatre prochaines foires de Francfort. Et cependant cela ne fut |)oiiit Ce dé*

DÉLIBÉRATIONS d'aLGSBOÜRG SUR LE RETOUR A l'UNITÉ. 1548. 673

Les dettes énormes de Joachim, son impérieux, besoin d'argent ne turent pas sans intluence sur les négociations religieuses d'Augsbourg.

A la requête de l'Empereur une commission fut chargée d'examiner, assistée de ses commissaires, les meilleures mesures à prendre pour établir la paix religieuse. Les membres protestants de cette commission furent d'avis de convoquer un concile national ou diète chrétienne. « Puisque l'accord s'est déjà fait sur le point le plus important, celui de la justification, » disaient-ils, « le malentendu n'existe plus maintenant qu'au sujet des cérémonies et des abus. 11 y a donc lieu d'espérer que, du moins sur les articles principaux, il sera possible de s'entendre. Aussi longtemps qu'on ne saura point quelle est la véritable Église, ni la place que le culte et les cérémonies y doivent tenir, on ne pourra songer à la restitution des biens du clergé que réclament les Catholiques. D'ailleurs il ne serait pas juste de rendre ces biens à ceux qui en ont abusé. » « Là où un prince, dans ses propres domaines, a établi un nouveau règlement ecclésiastique applicable aux paroisses et aux couvents, personne n'a le droit de s'y opposer. Relever les églises détruites ou restituer les sommes énormes provenant des propriétés ecclésiastiques serait impossible. »

Les membres catholiques delà commission, qui y étaient en majorité, voulaient qu'on s'en remit des points de doctrine contestés aux décisions du Concile de Trente. A leur sens, il fallait renoncer, une fois pour toutes, à ces chemins de traverse appelés concile national ou colloque chrétien.

« Le premier de ces moyens conduit droit au schisme, » disaientils, a et le second, comme l'expérience l'a maintes fois prouvé, ne sert absolument à rien. » « La cause principale des troubles actuels, du mécontentement général, de l'inertie de la justice et de l'absence de toute bonne police, ce sont les attentats commis par les nouveaux croyants sur un grand nombre d'ecclésiastiques et de laïques qui, n'étant coupables d'autres crimes que de leur fidélité à la foi, ont été contraints d'abandonner leur religion ou dépouillés de leurs biens et propriétés ; les revenus des abbayes, des églises et des couvents ont été confisqués; les autorités, s'arrogeant un pouvoir qui

lai expiré, Holde présenta la lettre au tribunal de la Chambre Impériale et reçut enfin satisfaction. » Un tel procédé envers uii Électeur du Saint-Empire, et pour «»ne dette de 5.713 thalers!

674 r/lNTÉRIM. 1548.

ne leur appartient pas, ont imposé aux populations une religion nouvelle. Gene sera que lorsque les victimes de la loi du plus fort auront été réintégrées dans leurs propriétés plusieurs fois séculaires, lorsqu'il leur sera permis de célébrer de nouveau les antiques cérémonies de leur ,'culte, et que chacun aura la liberté de s'y joindre, si tel est son désir, sans avoir rien à redouter, que nous pourrons espérer voir refleurir parmi nous la paix et la concorde. » « Si nos adversaires exigent avec tant d'arrogance qu'au sujet de leur religion, qui ne compte pas plus de trente ans d'existence, ils ne soient inquiétés en rien de ce qui touche à leur conscience, ne doivent-ils pas trouver juste que les anciens chrétiens, également contre leur conscience, ne soient pas forcés de renier une religion qui remonte aux Apôtres? » Il n'était pas question d'obliger personne à garder ou à adopter les cérémonies et usages de l'ancienne Église. » Puisque l'Empereur accordait la tolérance aux Protestants, les Catholiques promettaient de ne les inquiéter en rien*.

Les Catholiques appelaient ces réclamations« chrétiennes, loyales, modérées, équitables. )> Mais elles ne réalisaient nullement les espérances que le puissant homme d'État qui dirigeait alors les affaires politiques avait mises au cœur de beaucoup de princes protestants 2. Dès octobre 1347, Granvelle le jeune^ évêque d'Arras, avait déclaré au légat Sfondrato que l'Empereur, à la vérité, voulait la restitution des biens du clergé^ mais qu'en fait la chose était impraticable 3. « La restitution, » répétaient les conseillers des trois Électeurs protestants, (( était contre leur conscience. * »

Tout à coup l'Empereur congédia la commission et en nomma une seconde, composée des théologiens des deux partis, pour élaborer « l'intérim. »

Déjà, en janvier 1547, Ferdinand avait désigné à Charlcs-Quint comme très en état de préparer un plan de réforme, capable de réunir les deux partis, Jules Pllug, évêque de Naumbourg, et Michellielding, évêque suffragant de Mayence. Ces deux prélats, à cette époque, avaient remis àl'Empereur un travail préliminaire; Charles les appela à faire partie de la nouvelle commission. La confession de loi qu'ils avaient élaborée était conforme, en ses points essentiels, à la doctrine catholique ; cependant, pour la doctrine de la

» Voy. UuciioLTZ, t. VI, p. 221-225. Voy. le mémoire remis à l'Empereur par le duc Guillaume de Bavière sur la demande deCharles-Quint, au sujet des affaires de religion. Von Dhufkel, l. 111, p. 05-75.

^ Voy. plus haut, p. (516.

3 Von DitUFFEL, 1. 111, p. 61. L'Empereur avait soin de tenir le légal dans l'ignorance de tout ce qui se décidait h la Diète au sujet de la religion. Voy. p. 77 et suiv.

'Voy. V. Dhufi-el, t. III, p. 84.

l'intérim d'augsbourg. 1548. 675

justification, qui était le point le plus débattu, ils se rapprochaient des opinions luthériennes, bien que le Concile de Trente eût déjà fixé sur cet article la foi des Catholiques. L'Empereur, en sa propre conscience^ vénérait sur ce point la doctrine de l'Église, et la tenait pour « orthodoxe et sacrée*; » cependant, par faiblesse, il accepta la formule proposée par les deux théologiens médiateurs. Au sujet de la messe, par condescendance pour les Protestants, le dogme catholique fut également affaibli. De plus, « le calice laïque » était concédé et le mariage des prêtres admis.

En cédant sur quelques points, Jules Pllug, disciple d'Érasme, s'imaginait triompher des résistances des adversaires de l'Église. Il serait facile à l'Empereur, pensait-il, après tant et de si éclatantes victoires, de faire accepter l'Intérim et de ramener les princes protestants à l'unité, soit tous à la fois, soit l'un après l'autre. Pour atteindre ce but il comptait tout particulièrement sur le concours de l'Électeur Joachim de Brandebourg, dont l'esprit conciliant était connu de tous ^.

Le chapelain de Joachim, Agricola, fut appelé à faire partie de la commission et prépara avec Pilug et Holding l'Intérim d'Augsbourg, conforme, en ses points essentiels au travail primitivement remis à l'Empereur; ce n'est que dans la doctrine de la pénitence que l'in tluence d'Agricola s'y fait sentir. Résumant les textes latins du premier projet et ses remaniements divers, Agricola les fondit en un texte unique qu'il rédigea en allemand ^.

Pour faire accepter l'Intérim aux membres d'Empire protestants, on convint de ne pas le leur présenter comme venant de l'Empereur, mais comme un projet offert par un prince luthérien à Sa Majesté Impériale .

C'est ici que fut exploitée l'extrême pénurie d'argent de Joachim.

« L'Electeur, » rapporte Sastrowe, « ne trouvant nulle part de quoi payer ses dettes et ne sachant plus de quel côté se tourner, ne pouvait soutenir avec honneur le grand train de maison qu'il menait, lui, sa femme et toute sa suite. » En ce moment de détresse, l'archevêque de Salzbourg lui offrit seize mille florins hongrois sur forte garantie, à condition qu'il présenterait à l'Empereur, comme venant de lui, le livre que Ptlug, Helding et Agricola venaient de « forger », en s'engageant à s'y conformer, lui et ses sujets.

' « El articulo de la justification paresce muy catholico y sancto, » éerivait-il à ce sujet le 12 fév.i347 au cardinal t'acheco ; voy. Maokenbrecher, Karl V und die deutschen Protestanten, p. 130, note 7.

- Pastor, Reunionsbestrebungen, p. 351-352, 357 et suiv.

3 Kaweuau, p. 254, 256.

676 l'intérim d'augsbourg. 1548.

L'Électeur le promit et tint parole ; il mit un grand zèle à le faire recevoir autour de lui.

« Agricola, » ditSaslrowe, « ne se montrait partisan de l'Intérim que parce qu'il convoitait IVvêclié de Gamin, et espérait bien l'obtenir par l'entremise de l'Électeur^. «En tout cas,)) comme le disait en raillant Érasme Alber, « Thalerus et son frère Florinus n'étaient pas étrangers à son zèle. )) Charles-Quint avoue lui-même lui avoir fait passer cinq cents couronnes; Ferdinand lui donna cinq cents tbalers ; de plus, l'Empereur lui promit de doter richement sa fille ^.))

Cependant si Joachim et son chapelain se faisaient ainsi les champions et les panégyristes de l'Intérim, l'intérêt n'était point leur unique mobile. Ils en attendaient de bonne foi les meilleurs effets, et le regardaient comme un habile compromis, capable de satisfaire tous les esprits. Agricola se réjouissait d'avance à la pensée que les évêques, eux aussi, allaient pouvoir « annoncer l'Évangile î dans toute l'Allemagne. « Bien que nos prélats repoussent avec indignation le nouveau formulaire, » écrivait-il le 13 avril, « notre très pieux Empereur les a récemment traités de telle sorte qu'ils ne pourront plus guère s'appuyer sur lui ^. »

Mais les membres catholiques, ecclésiastiques et laïques, n'étaient point disposés, du moins pour la plupart, à renoncer au principe vital de leur foi pour complaire à l'Empereur. Ils refusèrent nettement de mettre la puissance temporelle à la place de l'Église infaillible, et de reconnaître à l'autorité laïque le droit de régler les intérêts sacrés de la religion.

« Plus d'une fois, » écrit Wcsthof , « des évoques, des princes de l'ancienne religion avaient, dans les dernières années, surtout à Spire et à Worms, fait de telles concessions aux Protestants que la religion catholique avait couru grand péril. Mais lorsqu'à Augsbourg, sans aucun égard pour leur conscience, on voulut, par des formules précises, obliger les Catholiques à regarder l'Empereur, môme provisoirement, comme leur chef spirituel ils s'opposèrent avec fermeté à une pareille prétention. Plaise à Dieu que leur courage reste toujours à celte hauteur '' ! »

» Sastrowe, t. II, p. 302.

* Kawerau, p. 237. Erasme Alber, prédicant à la cour de Brandebourg, plus tard superiuleudanl général du Mecklembourg, appelait l'Intérim u la grande courtisane du diable, » Agricola le « tison d'enter impénitent, »etc. \'oy. Spii;- Ki;n, Andreas Musculus, p. ;33i, note 4.

^ « (juamquam enim Episcopi vehementer huic negotio adversentur, tamen piis- 8imusCarolus sic nuper eos tractavil, ut nihil spci porro in cum collocare queant. » Voy. Kavvkuau, p. 258.

* Voy. plus haut. . ü.'lK, note

LES MEMBRE?» d'eMPIRE CATHOLIQUES CONTRE l'iNTÉRIM. 1548. 677

Quand on leur présenta l'Intérira, les archevêques de Mayence, de Cologne et de Trêves furent unanimes dans leur réponse : « Il n'appartient qu'au Pape et au Goncilegénéral, » dirent-ils, « d'accepter, de dispenser ou de tolérer en ce qui concerne le mariage des prêtres ou la communion sous les deux espèces. » « Si l'Empereur s'arroge un pouvoir qui ne lui appartient pas, sa décision est nulle, elle n'a ni force ni réalité. » « Cependant pour que les efforts de Sa Majesté ne restent pas infructueux et que l'Intérim, jusqu'aux décisions du Concile, puisse rendre la sécurité et la paix au Saint Empire de nation germanique, afin aussi que la méfiance soit bannie des cœurs, et de peur que de nouvelles difficultés n'achèvpnt de tout compromettre, Sa Majesté est humblement suppliée d'accepter les articles conciliés de la main de ceux qui les ont souscrits et désirent par eux rentrer dans le giron de TÉglise chrétienne et universelle, à la condition que ces articles ne concerneront que les Protestants, et non ceux qui, jusqu'à ce jour, sont demeurés invariablement attachés à la véritable et antique Église, et qu'ils ne seront tenus pour valables que dans les lieux et pour les personnes ayant déjà adhéré aux nouvelles doctrines. » « En outre, il restera décidé que tout prêtre, l'étant de fait ou le voulant devenir, ne sera plus autorisé à vivre dans l'état du mariage, et que personne de l'ancienne religion, qu'il appartienne à l'ordre ecclésiastique ou à l'ordre laïque, ne pourra à l'avenir adhérer à la religion nouvelle, soit en reconnaissant la communion sous les deux espèces, soit autrement, mais devra garder parfaite fidélité à l'ancienne Église. » « Quant à ce qui concerne la restitution des biens du clergé, restitution dont l'Intérim ne fait aucune mention, il est de toute nécessité de bien stipuler que là où l'ancienne et véritable religion a été maintenue comme dans les localités où elle pourra être rétablie, la restitution suivra immédiatement la publication de la présente déclaration, et que les églises, abbayes, couvents et communautés seront réintégrés dans tous leurs privilèges, libertés et droits, car autrement le culte du Seigneur ne pourrait être célébré par les personnes ayant qualité pour cela, ni se trouver pourvu des choses qui lui sont indispensables *. »

Les prélats et les princes temporels exprimèrent leur opinion d'une manière encore plus précise. Ils firent entendre à l'Empereur que décider sur des questions de foi déjà portées devant le Concile, c'était usurper un pouvoir qui n'était qu'à l'Église, et qu'il était à craindre que l'Intérim ne fît que diviser davantage les esprits, exciter le mécontentement général et apporter de sérieux obstacles

• Voy. Sastrowe, t. Il, p. 320-327.

678 l'ES MEMBRES d'eMPIRE CATHOLIQUES CONTRE l'iNTÉRIM. 1S48.

aux bons résultats qu'on attendait du Concile. Ils conseillèrent à l'Empereur d'engager plutôfjos Protestants à renoncer à leurs erreurs et doctrines, ainsi qu'à la Confession d'Augsbourg, à laquelle, d'ailleurs, ils ne s'étaient jamais pleinement conformés. « Le calice laïque » et le mariage des prêtres étaient contraires à la tradition comme aux commandements de l'Église, et Sa Majesté devait trouver bon que les Catholiques n'en chargeassent point leur conscience, car admettre ces deux articles serait sans aucun doute exciter des soulèvements populaires et provoquer de nombreuses défections de la foi chrétienne. Si les membres protestants voulaient promettre d'accepter les points conciliés dont l'Intérim faisait mention et s'engager à n'y rien changer, l'Empereur pourrait, jusqu'aux décisions du Concile, leur faire les concessions spécifiées dans l'Intérim, mais seulement chez les princes et dans les cités où la scission s'était déjà produite. Il fallait encore, de toute nécessité que les membres du clergé dépouillés par les Protestants fussent réintégrés dans leurs abbayes, églises, couvents, biens et droits, « et surtout que dans les localités où avait eu lieu le changement de religion, les chrétiens demeurés fidèles à l'ancienne foi, ou voulant y retourner, fussent laissés entièrement libres de suivre la loi de leur conscience en restant à l'abri de toute persécution *. »

Le délégué de Francfort, en envoyant à son conseil cette « réponse des princes et des membres de la Diète ecclésiastique et laïque, » écrivait : « Les prêtres appellent l'Intérim Interitum, c'està-dire ruine, perte, désastre. L'Empereur est très mécontent de la réponse que je vous envoie. Il a vigoureusement lavé la tête aux princes, en leur faisant observer qu'il ne leur avait pas fait présenter l'Intérim pour avoir leur avis, mais pour qu'ils l'acceptassent purement et simplement ^. »

L'exigence était par trop grande.

Tout ce que l'Empereur put obtenir, ce fut que le conseil des princes, « pour éviter des retards fatigants et pour activer la marche des affaires, » se rattachât à l'opinion plus modérée des Électeurs ecclésiasticjues, après que Charles leur eut donné l'assurance « que l'Intérim ne concernait pas les Catholiques, et qu'il ne l'avait approuvé que dans le but de ramener à la sainte foi, par les voies et moyens qui semblaient les mieux appropriés, les membres d'Empire protestants 3. »

' Voy. V. DriUFFia., l. III, p. !'^, 102. Voy. Pastor, üciinionshcslrcbuiigen, p. 383.

* Pastor, nnunionsbe.strcbunfjen, p. 381, noie, et 383, noie. ' I*Oür plus de détails, voy. Uucholtz, t. VI, p. 235, iïl. Le chancelier de Ua-

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