MAURICE DE SAXE ET SON MINISTRE
villes, malgré toutes leurs récriminations et leurs cris*. » « Nos lamentations ont été inutiles, » écrivait le délégué de Francfort le 21 mai 1548,« rien n'a pu protéger nos pauvres cités de la ruine. Que le Dieu tout-puissant daigne les assister dans sa miséricorde ! Amen 2. »
A la même Diète les articles de la Paix-Publique furent revisés et mieux définis ; la Chambre Impériale fut rétablie, le droit d'élire les magistrats remis à l'Empereur, et le plan d'une réorganisation complète du tribunal suprême tracé et discuté. Lorsque, dans les débats relatifs à ce dernier objet, le mot « catholique, » désignant tous les juges appelés à siéger, fut prononcé, de vives r('clamations s'élevèrent. Mais Charles apaisa le tumulte en déclarant que, pour éviter tout malentendu, il avait résolu de considérer désormais comme « catholiques« tous ceux qui se conformeraient à l'Intérim ^.
« A l'instante sollicitation des Électeurs Joachim de Brandebourg et Maurice de Saxe, » Charles promit de s'expliquer à certain jour fixé d'avance sur le sort qu'il réservait au Landgrave Philippe de Hesse. Mais par la propre faute de ces mêmes Électeurs, « ce bel espoir s'en alla en fumée.» « Si Vos Grâces, » leur écrivait Philippe, (( étaient aussi zélées pour mes intérêts que pour les festins, les jeux et les divertissements, ma cause s'en trouverait mieux. » (c Maurice, » rapporte Sastrowe, « avait été récemment faire une reconnaissance chez les belles dames de Bavière. » Le dimanche matin, veille du lundi où la réponse depuis si longtemps implorée devait enfin être rendue,!« Maurice se mit en traîneau, car il avait neigé très fort, et le traînage venait de s'établir. Son ministre Garlowitz arrive tout essoufflé de la chancellerie et lui crie : « Où donc Votre Grâce veutelle aller ? » L'Électeur répond : « A Munich. » J'étais précisément devant la porte, de sorte qu'avec plusieurs autres personnes qui allaient, venaient ou restaient immobiles, j'entendis cette conversation . Carlowitz reprit : « Votre Grâce a-t-elle oublié que c'est demain le jour fixé pour entendre la réponse de l'Empereur sur la très importante affaire dont Votre Grâce et l'Électeur de Brandebourg sont chargés ?» — L'Électeur : « Mais puisque je vous dis que je vais à Munich ! » Et Carlowitz : « C'est à moi que vous devez d'être Électeur ; vous vous êtes conduit pendant cette Diète avec une telle légèreté qu'aux yeux de tous les gens sensés et bien vus de leurs Majestés vous êtes tombé dans le dernier mépris I » Là-
1 Voy. Ranke, t. V, p. 13.
* * Reichstagsacten, t. LX, fol. 122. Voy. la lettre du conseil de Francfort à son délégué Ogier de Meiern sur la détresse financière de la ville. Archives de Francfort-
3* Dépêche du délégué de Francfort Daniel zum Jungen,27 mars l6kS,Reichstagsaclen, t. LX, fol. 96.