‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 269 sur 572 · PLAN POUR LE MASSACRE GENERAL DES EVEQUES ET DES PRETRES · texte numérisé non relu

PLAN POUR LE MASSACRE GENERAL DES EVEQUES ET DES PRETRES

pour l'Italie, voulant passer de là en Espagne; qu'il le savait de source certaine, et que tout avait été si bien combiné qu'assurément il ne sortirait pas vivant de ces pays. »

Les conjurés allaient donc jusqu'à en vouloir à la vie de Charles- Quint.

Henri recommandait à Scliärtlin de faciliter le plus possible le voyage de l'Empereur et de garder un secret absolu sur ce qu'il lui écrivait, « car il importait de n'éveiller aucune méfiance, et ce serait au moment où l'Empereur se croirait en parfaite sécurité qu'il faudrait frapper le grand coup *. »

Mais il ne s'agissait pas seulement de l'Empereur; alors, comme avant la guerre de Smalkalde, on voulait à tout prix proscrire les princes ecclésiastiques, et en finir une bonne fois avec la « prêtraille catholique. »

En février 1550, le duc Jean Frédéric de Saxe, fils de l'Électeur prisonnier, traça un vaste plan militaire, au moyen duquel les prêtres pourraient être exterminés par les princes de la Confession d'Augsbourg. Voici quel était ce plan : Une armée d'environ dix mille cavaliers se réunirait aux environs d'Erfurt, s'emparerait de la ville, envahirait les évêchés de Würztbourg, de Bamberg et d'Eichstatt, « massacrerait les évêques, les prêtres, les moines, en un mot toute la vermine romaine. » On veillerait à ce que « nulle main ne se levât sur un prédicant évangélique. » Ceci fait, la ville de Nuremberg, « cette sentine d'iniquités, v serait saccagée et ruinée de fond en comble; les prédicants seraient seuls épargnés. Pour ne pas éveiller les méfiances de la noblesse, on publierait un manifeste oîi l'on déclarerait hautement « que le zèle tout chrétien des alliés avaitpour principal objet la défense et la protection des nobles, et le maintien de leurs traditions, privilèges et droits. »

Aussitôt que ce résultat aurait été obtenu en Allemagne, on se tournerait vers le Brabant « pour y assister les chrétiens persécutés; » on négocierait avec le duc de Juliers, qui, pour le libre passage de l'armée, devait recouvrer le duché de Gueldre ; en Brabant, les prêtres papistes seraient traités « de la même façon que dans les évêchés allemands; » une fois en possession des terres et évêchés. les princes alliés exigeraient des populations serment de foi et d'hommage.

On songerait ensuite à « l'engeance sataniquc » de l'Oberland ; on s'entendrait avec les princes du Palatinat, du Wurtemberg et de Bade, afin que, les alfaires une fois terminées dans les évêchés de Wiirzbourg, de Bamberg et d'Eichst;itt,etNuremberg conquise, ils se

' VoicT, Vurslrnbiiud, p. .'{7.

CONSPIRATION DES PRINCES. looO. 695

hâtassent d aller attaquer Salzbourg et autres repaires de prêtres, « pour en agir avec ceux-ci comme il a été indiqué plus haut ^. »

A Königsberg, pendant les fêtes qui suivirent le mariage d'Albert de Prusse (26 février looO), une alliance fut conclue entre le nouveau duc, le margrave Jean elle duc Jean-Aibertde Mecklembourg. Ces princes se promirent réciproquement aide et secours, pour le cas où ils seraient attaqués au sujet de la religion ou pour tout autre motif. Dans le courant de l'été, Henri de Mecklembourg et Frantz Otto de Lunébourg se joignirent à eux, et l'on fit d'activés démarches pour obtenir l'adhésion du roi de Danemark, des ducs de Poméranie et des villes maritimes. Ces dernières déclarèrent « qu'elles étaient prêtes à donner leurs biens, à sacrifier leur vie pour aider les princes dans leur résistance à l'Empereur ^. »

A la même époque, le margrave Albert de Brandebourg-Gulmbach, « se trouvant beaucoup moins bien récompensé de ses services qu'il ne s'y était attendu, » se mit secrètement du parti des conjurés. Malgré les ordres de l'Empereur, Albert avait levé quatre mille cavaliers et vingt raille lansquenets pour soutenir l'Angleterre dans sa lutte contre la France ; il offrit à Maurice de Saxe de mettre ces troupes à sa disposition, si l'Angleterre n'en avait plus besoin. Dans le cas où Maurice accepterait, il promettait de ne se laisser engager dans aucune autre combinaison, et de ne se mettre au service d'aucun seigneur sans son assentiment.

Peu de jours auparavant, Maurice, pour « avoir ses coudées franches » et s'assurer le concours d'un fidèle allié, s'était réconcilié avec son frère Auguste. Entrant entièrement dans ses vues, Auguste s'en ouvrit au margrave Albert, et reçut l'assurance du cordial dévouement de ce dernier en tout ce qui pourrait lui être utile, à lui ou à son frère 3. « Quant à un prétexte de guerre, » écrivait Albert à l'Électeur, « la France n'a pas besoin d'en chercher bien loin. Le roi n'aura qu'à dire que l'Empereur, ayant osé attenter aux libertés et à l'indépendance de l'Empire, lui, le roi très chrétien, n'avait pu le tolérer. Mais, en'dchors de cela, il ne manque pas de bonnes raisons à invoquer ; nous n'avons que faire de nous inquiéter à ce sujet ; pourvu que les deux seigneurs aient envie de la chasse, nous serons tous là pour les y exciter '*. »

Dans un mémoire joint à cette lettre, le margrave exposait eu dé-

* Mémoire du 13 février 1530, voy. v. Druffel, t. I, p. 339-362.

- Voigt, Fürstenhund, p. 40-47. Schiruuacher, Joh. Albreclit, t. I, p. 76 et suiv.

3 Voigt, Albrecht Alcibiades, t. I, p. 207-214. Wenck, Moritz und August, p. 422-427.

* Ranke, t. VI, p. 297-298.

Page 1