CONSPIRATION DES PRINCES
tail les divers plans de campagne qui devaient être soumis à Henri, et grâce auxquels « Sa Majesté pourrait mener a bien l'entreprise, renverser l'Empereur, et se mettre en à sa place. » Maurice et Albert seraient les principaux chefs de ce complot ; tous deux s'efforceraient d'attacher leurs voisins aux intérêts français, et sûrs d'être libéralement récompenses par le roi de France i.
En juin, Maurice envoya un ambassadeur à Henri H pour [l'assurer « de son attachement et de sa fidèle obéissance, » Il s'informait en même temps de la récompense que ses compagnons et lui pourraient attendre de la France, en se mettant entièrement à son service. Le roi lui répondit d'une manière assez vague qu'il venait de conclure la paix avec l'Angleterre, afin d'être en état, aussitôt qu'un prince allemand serait opprimé, de lui venir en aide ^. Le margrave Albert, qui s'était rendu auprès de Maurice pour s'entendre plus commodément et plus en détail avec lui, au sujet de la guerre projetée, fut extrêmement dépité de cette réponse évasive, car il s'était attendu à voir commencer promptementla campagne. « Malheureusement l'été s'écoule, » écrivait-il à Agnès de Saxe le 23 juillet en revenant au Plassenbourg, « etde'tous côtés la paix semble tellement solide que c'est pitié. Toute idée belliqueuse s'est évanouie. Que Dieu ait pitié de nous ^ ! »
Mais Hans de Cüstrin ne tarda pas à recevoir, par Schärtün de Burtenbach, des nouvelles plus consolantes, car Henri H s'était méfié de Maurice. « Le roi ,» mandait Schärtlin, « est disposé à soutenir les princes allemands de son argent et de ses troupes, mais selon lui il ne faut pas tenir trop longtemps le vaisseau dans le port. » Hans fit pressentir Henri par Hcideck, au sujet des secours qu'il comptait fournir et du lieu où ils seraient livrés. Heideck devait surtout insister (f pour que l'on donnât un nom à l'enfant. » Le margrave apprit peu après que les Suisses offraient, eux aussi, de lever une iirmée pour la France, et que le duc de Wurtemberg souhaitait fort se mettre de la partie. Aussi pressait-il les conjurés de se mettre à l'œuvre et de ne pas « rester à regarder 1 échiquier, » s'ils ne voulaient voir les meilleures troupes passer du côté de l'ennemi ; « car,» écrivail-il, «la misère et la détresse sont maintenant partout, et le diable etses divins enfants ne chômeront certainement pas*. »
» Voy. V. Druffel, t. I, p. 370 382 .
* Voy. l'Instruction de l'Electeur Maurice, clans CoaNELius, Kiivfilrsl Moritz, p. i7-28. Lettre d'Henri II à son ambassadeur Marillac, 5 juillet 15ü0, voy. v. Drdfpel, t. 1, p. 433, 10.
^ Wbber, Archiv fur sächsische Gexchichte, t. XI, p. 320.
' VoKîT, Fürslenhund, 63, 180, \\° lOi. Schirrmacheu, Joli. A/brechl, t. I, p. 83, t 11 p. 69, n-21.
DÉLIBÉRATIONS SUR LA RELIGION A LA DIÈTE d'aUGSBOURG. 1550. 697
Pendant que ces conspirations gagnaient toujours plus de terrain, l'Empereur ouvrait une nouvelle Diète à Augsbourg (26 juillet 1550).
Depuis l'automne de 1549, il s'était réconcilié avec le Saint-Siège. Paul III, deux mois avant sa mort, avait dissous le Concile de Bologne. Son successeur, le cardinal del Monte, ancien premier légat au Concile, élevé au trône pontifical sous le nom de Jules III, le 7 février 1550, assura Charles-Quint, dès sa première dépèche, de son sincère désir de se prêter à tout ce que l'Empereur jugerait avantageux à la paix de l'Église, pourvu que Sa Majesté promît de s'unir loyalement à lui, pour écarter tous les obstacles qui s'opposaient encore à la paix religieuse. Si les membres protestants de l'Empire voulaient promettre de se soumettre aux décisions du Concile, le Pape était tout disposé à le rouvrir soit à Trente, soit en tout autre lieu que désignerait l'Empereur.
Cette question devait être traitée à Augsbourg.
Mais, depuis deux ans, la puissance et le crédit de Charles-Quint avaient considérablement diminué. Il avait vivement insisté auprès des membres d'Empire ecclésiastiques et laïques pour qu'ils assistassent en personne à la Diète, où devaient être débattues les graves et difficiles questions relatives à la foi chrétienne, à la paix et au droit; mais, parmi les princes ecclésiastiques, les archevêques de Mayeuce et ;de Trêves, les évêques de Wurtzbourg et d'Eichstätt s'étaient seuls rendus à son invitation; des princes laïques, on ne vit paraître que les ducs de Bavière et le jeune Henri de Brunswick. Comme l'Empereur attachait une extrême importance à la présence de Maurice de Saxe et de Joachim de Brandebourg, les deux chefsdu parti protestant, il leur avait envoyéun ambassadeur particulier,le chevalier Lazare de Schwendi, le chargeant de faire les plus vives instances auprès des princes pour obtenir leur présence à la Diète. Mais tous deuxavaient cherché à l'envi des prétextes pour se dispenser d'obéir. Maurice prétendit que des affaires de la plus haute importance le retenaient chez lui. Joachim affirma que l'assistance aux diètes d'Empire l'avait presque entièrement ruiné, ce qui l'obligeait à charger ses sujets de trop lourds impôts. D'ailleurs, redoutant l'agression deMagdebourg, illui était impossible, disait-il, d'abandonner sa terre ^
Au sujet de la religion, dit l'Empereur en sa déclaration aux États, la dernière assemblée d'Empire avait été d'avis que, pour remédier
' Schmidt, Neuere Geschichte der Deutschen, t. 1, p. 229 232.