‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 274 sur 572 · FANATISME RELIGIEUX · texte numérisé non relu

FANATISME RELIGIEUX

a subi ce jour-là une perte d'environ six cent mille florins. » Après avoir dépouillé les moines de leur saint habit et les avoir traités de la manière la plus brutale, après avoir déchiré tous les manuscrits et les chartes, brisé les chefs-d'œuvre qui ornaient lÉglise, parmi lesquels les magnifiques verrières du chemin de la croix, ces barbares ont chargé leur butin sur cent cinquante chariots qu'ils avaient amenés avec eux, et sont rentrés à Magdebourg accoutrés d'habits sacerdotaux et de frocs, au bruit d'une fanfare étourdissante, et comme s'il se fût agi de célébrer une glorieuse victoire, »

« Pour cette génération égarée par un fanatisme féroce et par l'appât du butin, » disaient les GathoUques, « la vie, la propriété des nôtres n'ont plus rien de sacré. »

Si le duc Jean Frédéric de Saxe voyait dans le meurtre des évêques, des moines et des prêtres l'effet « d'un zèle chrétien, » à Magdebourg, les citoyens, en pillant et en massacrant, se vantaient d'être « les instruments de la colère divine, chargés par le Seigneur d'abattre l'idolâtrie et la superstition i, »

Pendant la Diète d'Augsbourg, des rixes sanglantes eurent lieu aux portes mêmes de la cité. Le 22 septembre 15S0, le duc Georges de Mecklembourg, qui dévastait les environs à la tète d'une armée de plusieurs milliers d'hommes, défit l'armée de la ville qui avait essayé de lui résister 2. Mais Magdebourg n'en persista pas moins dans sa rébellion. Lorsque le duc, après la victoire^ envoya des députés aux bourgeois pour les engager avec bonté à revenir à leur devoir, à cesser leurs affreux attentats contre les prêtres et les religieux, ils répondirent qu'ils ne céderaient point avant qu'on ne leur eût garanti le libre exercice de leur religion, la conservation de leurs privilèges et la conversion de leurs adversaires à leur très chrétienne religion 3. )> Les États d'Augsbourg, ayant exhorté les rebelles à faire leur soumission à l'Empereur, virent leur demande également repoussée. Ce ne serait que lorsque les troupes qui cernaient la ville auraient été rappelées, répondirent le conseil et les chefs de corporations, le 15 octobre, qu'ils songeraient à envoyer une ambassade à l'Empereur ^.

1 * Supplication des Capitels von Magdeburg, etc., vom 13 August 1550. Creditiv für die beiden Abgeordneten vom 12 october 1350. Lettre du délégué de Francfort Daniel zum Jungen, le 28 oct. looO, Frankfurter Reichslagsacten, t. LXIII, fol. 27, p. 210-216, 220-224. Récit des attentats commis à Hamersleben, le 19 août 1548, dans C. W. Hase, Mittelalterliche Baudenkmale Niedersachsens (Hannover, 1853), cahier 3, p. 100.

* Schirrmacher, Jak. Alb recht, t. I, p. 07.

^ * Tiré du rapport des délégués de l'archevêché daté du 25 octobre 1330 ; Toir la lettre de Daniel zum Jungen, datée du 28 octobre, dans les Frankfurter Reichslagsacten, t. LXIII, fol. 27.

*■ ' Frankfurter Reichslagsacten, t. LXIII, fol. 201-203, 231-233.

702 GUERRF. d'eMPIRE CONTRE MAGDEBOURG. 1550.

Aprc'S avoir inutilement essayé de rindulgcnce;, Gliarles pressa les États de lui fournir le moyen de soumettre au plus tôt Magdeboury. (( Se déclarer contre ces braves gens, -» écrivait le 3 novembre, Daniel zum Jungen, député de Francfort, « est vraiment chose pénible et fâcheuse ; mais, d'autre part, refuser à l'Empereur ce qu'il demande serait s'exposer à l'irriter fortement contre nous, car il soupçonne déjà quelques membres d'Empire protestants, et surtout les cités, de soutenir en secret les bourgeois de Magdebourg *. ))

Ace moment, Maurice paruttout à coup aux portée de la ville rebelle ayant pris à sa solde, pour trois mois, les troupes que Georges de Mecklembourg lui avait offertes, il s'unit à l'Électeur Joachim et au margrave Albert de Brandebourg, et en commença aussitôt le siège. A la requête des États et du consentement de Charles-Quint, il fut nommé général en chef de l'Empire. La campagne devait être conduite au nom et aux frais des membres d'Empire. Maurice écrivit, le 8 décembre, à Augsbourg, pour réclamer instamment des secours, assurant qu'il était de l'intérêt de tous que la révolte de Magdebourg fût énergiquement réprimée, parce qu'une sédition générale était à craindre. 11 fallait donc, sans retard, lui faire parvenir au moins deux cent mille florins, sil'on ne voulaitTobligcr à lever le siège et à laisser son armée se débander, ce qui exposerait l'Empire au plus extrême péril -. Les États chargèrent Nuremberg de lui faire parvenir cent mille florins et pour lui personnellement soixante mille florins^.

Le 28 novembre, Maurice s'empara du faubourg de Neustadt ; « sur l'ordre de l'Empereur », il marcha ensuite avec le margrave Albert contre une armée d'environ quatre à cinq mille fantassins et de cinq cents cavaliers qui, sous la conduite de Yolrad de Mansfeld et de Hans de Heideck, exerçaient d'affreux ravages dans les environs de Celle. Sommés de se rendre, les chefs de « l'armée chrétienne » répondirent fièrement : « La parole de Dieu et la liberté de la patrie sont persécutées par le mensonge et la tyrannie; mais un jour viendra où notre armée chrétienne, déployant ses glorieux étendards, notre ennemi apprendra par elle à ses dépens que le Dieu tout-puissant est notre unique et souverain maître ''. » Après plusieurs combats sinmlés, Maurice prit à sa solde Heideck et quatre

» ' Reichslagsaclen, t. LXIH, fol. 25u-2o7, et fol. 28.

* ' Frankfurter Reklislur/saclen. t. LXIV, fol. 72-80. v. Dhukfei., t. 1 p. 541- ' V. DauFrEL, t. 1, p. ül2, note 1.

' VoiOT, Albrecht Alcibiadcs, t. 1, p. 228-230.

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