CHAPITRE V
TRAHISON DE l'ÉLECTEUR MAURICE DE SAXE ET DE SES ALLIÉS. GUERRE « ÉVANGÉLIQUE » d'aLBERT DE BRANDEBOURG (1552).
Le 25 mai 1551, les conjurés de Torgau préparèrent une instruction pour Frédéric de Reifenberg, qu'ils se disposaient à envoyer en ambassade à Henri II.
« L'Empereur n'a quun but,» disait cette instruction, «asservir à jamais la nation allemande. Pour secouer un joug si humiliant, plusieurs princes se sont réunis, mais, n'étant pas assez forts pour venir à bout à eux tout seuls d'une si grande entreprise, ils supplient le roi de France de se souvenir que ses ancêtres ont toujours été les bienfaiteurs de leur nation et qu'il est de son devoir de les aider à conjurer un péril commun. Ils le supplient de garantir par mois, pendant tout le temps que durera la campagne, l'envoi de cent mille couronnes au moins, et de se mettre en état d'attaquer lui-même l'Empereur le plus tôt qu'il le pourra. Ils promettent de lui en être toute leur vie reconnaissants et de lui prouver leur gratitude, soit en le choisissant pour leur chef temporel, soit de toute autre manière, prêts, en toute circonstance, à sacrifier leurs biens, leur vie et tout ce qui leur appartient pour le service de Sa Majesté. Leur avis serait de commencer la guerre avant l'hiver i. »
« Si le père d'Henri eût reçu pareille ouverture » écrivait Maurice le 12 juin à Guillaume de Hesse, « il s'en serait léché les doigts; il est plus que probable que le roi actuel se laissera tenter •. »
Les conjurés tirent demander à Edouard VI d'Angleterre, « souverain très chrétien et fils de la véritable église, » quels secours
♦ V. Langenn, Moritz, t. II, p. 327-328. Voy. les « Arlikul.icie die Reiffenberg geendert, » dans v. Druffel, t. I, p. 697-701. *Voy. V. Druffsl, t. I, p. 659.
70G TRAHISON DK MAURICE DK SAXK KT DK SKS ALLIKS. 1551.
il SC proposait d'offrir, soit en argent, soit autrement, dans le cas où quelque entreprise serait tentée pour la défense de la parole de Dieu, que leurs communs ennemis s'apprêtaient à persécuter. » Si Edouard consentait à faire cause commune avec eux et à leur garantir dix à douze raille hommes de pied ou bien soixante-quinze mille florins par mois, pendant toute la durée de la guerre, ils promettaient de lui venir en aide dans les mêmes proportions en toutes ses futures entreprises K
Maurice se mit en relation avec le roi de Danemark, et l'on espérait attirer le roi de Suède dans la conjuration '^.
Pendant que les fils du complot s'étendaient ainsi de tous côtés, Maurice continuait à abuser l'Empereur par ses feintes protestations de fidélité. Il se conduirait toujours envers lui, écrivait-il le J8 et le 28 août, en prince obéissant, car il était entièrement dévoué aux intérêts de l'Empire. Il n'ignorait pas los bruits calomnieux qui couraient sur son compte; plusieurs l'avaient en singulière aversion, uniquement parce qu'il n'avait jamais voulu consentir à se détacher de l'Empereur et de son frère ; mais tous deux pouvaient compter sur son absolu dévouement; il se mettait de tout cœur et sans réserve à leur disposition ^.
Au commencement d'août, Reifenberg revint de France apportant à Maurice la réponse d'Henri, dont lÉlecteurfut extrêmement satisfait. Le roi louait l'entreprise des conjurés et promettait de leur déléguer sous peu un personnage de marque, chargé de s'entendre avec eux sur l'alliance projetée^. Jean de Fresse, évéque de Bayonne, prélat versé dans la langue allemande et qui, plusieurs fois déjà, avait été l'agent de négociations diplomatiques entre le roi et les Protestants, se présenta en effet en son nom, peu de temps après. Le 3 octobre, les princes conjurés conclurent par son entremise une alliance ofiensive avec Henri H au château deLocliau,et déclarèrent s'unir « pour repousser par la force le joug avilissant qui pesait sur l'Allemagne, sauver l'antique liberté delà pairie et délivrer le Landgrave Philippe de Hesse ^. » Le même jour, à table, une dispute s'éleva entre Maurice et le margrave Hans de Ciistrin, et ce dernier se sépara des conjurés, non parce qu'il ne s'entendaitpoint avec eux sur les articles de la Ligue, mais pour des motifs personnels •^.
> V. Langenn, Morilz, t. II, p. 3:28-332. Voy. encore v, Druffel, t. 1, p. 039, note 1.
'^ \oiGT, Fäi'slenhu/id, p. 1:25.
' V. ÜUUFKEL, t. 1, p. 712-722. Voy. dans Schönherh (p. 3, 4), comment Maurice chercha aussi à tromper le l'ape, qu'il n'appelait que l'Autechrist, en le faisant secrètement assurer de son dévouement.
> V. Duuffi:l, t. l,p. ü'J7-7(ll.
'- MicYicii, p. 251-2;jX.
« Tour plus de détails, vo^. v. ÜiiiFi i:i., t. 111, p. 2üi-27j. MinKii, p. 2i3-34i.