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TU GUERRE DE RAPINES DES PRINCES ALMÉS AVEC F,A FRANCE

tait plus d'écoles; les prêtres étaient partout injuriés; plus de justice, plus de sécurité pour la propriété ecclésiastique. De plus, la cour corrompue des margraves offrait les plus tristes exemples. A quoi bon des édits contre Tivrognerie, quand tout le monde savait que le margrave Albert était constamment ivre-mort? A peine âgé de quinze ans, à la noce de sa sœur Marie, il avait bu avec tant d'excès que, pendant plusieurs jours, il n'avait pas repris connaissance, et que sa vie avait été en danger. Son gouverneur, Georges Beck, le bailli Hans von Knörringen, un secrétaire de la chambre des domaines et un trompette de la cour moururent ce jour-là sur place, à force de boire, et toutes les dames de la cour durent être ramenées chez ellesen fort piteux état ^. »

La prodigalité d'Albert était sans l)ornes. Tous les ans il donnait neuftlorins aux hôpitaux, tandis que son favori Grumbacli touchait annuellement douze mille ilorins,et pareille somme « glissait dans la poche » de son trésorier Zwick. Le peuple, cruellement exploité, était accablé d'impôts. Les collecteurs du prince lui écrivaient qu'ils ne trouvaient partout « que lamentable misère, que détresse affreuse 2. »

Tandis que Maurice abusait l'Empercurpar les chaleureuses assurances de sa fidélité, les princes avaient achevé leurs préparatifs de guerre.

Le Landgrave Guillaume de Hesse, à la tête de son armée, parut, le 19 mars, aux portes de Francfort, demandant seulement à traverser la ville. Le conseil ayant refusé de le laisser passer, il s'écria en remontant à cheval : « Francfort apprendra bientôt à connaître la puissance de Dieu ! » L'ambassadeur de France, qui l'accompagnait, fit entendre les mêmes menaces, disant qu'on garderait bonne mémoire de l'accueil de la cité^, A Bischofsheim, Guillaume rejoignit l'armée de Maurice de Saxe. Albert de Brandebourg avait écrit à ce dernier que s'il faisait diligence Augsbourg était prise, car, en Bavière comme dans le Wurtemberg, tous les honnnes avaient « le lièvre au

' Voy. Lang, t. II, p. lö2-lo3. Voigt, Alhrccht AlrUùacks, t. I, p. 43. Tandis qu'à Dresde Albert conspirait, avec le prince Electeur Maurice (juin 1550), de telles orgies avaionl lien, tous les soirs, qu'à son retour Albert écrivait en plaisantant à la princesse Agnès qu'il ne pourrait revenir à la cour que si elle envoyait une escorte pour le chercher, parce qu'il lui riait impossible de ne point s'enivrer toutes les nuits. » Lettre du :23 juillet lööO. ^\'l•:üEll, Archiv, fiir siwhshchc (k'scliichtp, t. XI, p. 321).

» Voy. Lang, t. II. p. 2.32-2.33.

^ KniEGK, Grsrhirliti; Frankfurts', p. 231.

GUERRE « ÉV ANGÉLIQUE î d'aLBERT DE RRANDEBOURG-CULMBACH. 1552,715

cœur; ;) les évêques de Bamberg et de Wiirztbonrg devaient payer 100.000 florins de rançon ; ensuite il comptait « plumer comme il faut » les deux évêchés *.

Le 26 mars. Maurice et Guillaume sommèrent Nuremberg d'entrerdans la ligue. La ville paya cent mille florins l'assurance écrite qu'elle serait mise à l'abri de tout attentat-. Pour se racheter des envahisseurs, les bourgeois furent obligés d'enlever des églises de Notre-Dame, de Saint-Laurent et de Saint-Sébald des chefs-d'œuvre d'orfèvrerie qu'ils convertirent en argent monnayé. Il y en eut pour 900 livres environ 3.

A Rothenbourg, sur la Tauber, le margrave Albert vint rejoindre l'armée alliée avec ses cavaliers et lansquenets, et le 1" avril, trente mille hommes campaient aux portes d'Augsbourg.

A ce moment, Maurice, Guillaume et le duc Albert de Mccklembourg publièrent un manifeste dans lequel, cherchant à justifier leur conduite, ils accusaient l'Empereur d'avoir excité les uns contre les autres les membres de l'Empire, de persécuter la véritable religion chrétienne, de retenir le Landgrave de Hesse en captivité, d'exploiter les biens et la vie des Allemands, et d'avoir le dessein arrêté d'asservir toute la nation sous un joug avilissant '^ Le margrave Albert fit paraître un manifeste séparé où il se donnait pour le serviteur désintéressé de la patrie, et repoussait avec indignation le reproche d'avoir appelé l'étranger sur le sol allemand. Plus franc que les autres conjurés, il avouait son but : la sécularisation de tous les évéchés au profit des princes laïques ; mais il promettait de conserver aux nobles les riches bénéfices des abbayes. Et comme cette œuvre si importante et si urgente visait à affaiblir l'omnipotence des prêtres, leur gouvernement inique, opposé aux lois divines et humaines, « aucun homme loyal ne la pouvait blâmer, puisqu'il était notoire que les évêques les plus élevés en dignité, les prélats les plus considérables avaient été et étaient encore, dans le Saint-Empire, l'unique cause de l'oppression du peuple et d'une foule de calamités 2. »

Dans un second manifeste publié quelque temps après, les conjurés disaient : « La détresse de la patrie allemande étant chose connue de chacun, tous les chrétiens honnêtes, hommes et femmes, jeunes et vieux, doivent louer et bénir le Père des miséricordes

' Voy. V. Druffel, t. II, p. 237-238.

* Voigt, Alb recht Alcibiades , t. I, p. 271-279,

^ Voyez notre premier vol. p. lo3, note 1.

*■ Voy. HoRTLEDER, Rechtmässigkeit, p. 1294-1298. Voy. v, Druffel, t, III, p, 374.

^Yoy.HoRTLEDER, Rechtmässigkeit, p. 1298-1302. Il ressort des documents fournis par Druffel (t. II, p. 273, uote 2, voy. aussi t. III, p. 376) que ce manifeste fut publié sur le conseil de l'Electeur Maurice,

716 fiUERRK (( ÉVANGKLIQUK » d'aLRK.RT DR BRANDKBOURr.-CUUlBACII. loo2.

d'avoir illuminé de la liiinirre de son Saint-Ksprit quelques vaillants et digues cliivtieiis et poteutats, Électeurs et princes du Saint Empire, leur mettant au cœur un zèle ardent pour la gloire de Dieu et la restauration de l'antique gloire des ancêtres. Aussi les bourgeois d'Augsbourg, « allemands loyaux, vaillants et pleins d'honneur *, » devaient-ils aider chrétiennement leurs etïorts. La ville se rendit le 5 avril ; le conseil élu par les corporations, et que l'Empereur avait renversé, fut réinstallé, et le culte luthérien rétabli.

Ulm fut la première ville protestante qui osa résister aux princes. Elle protesta courageusement de sa fidélité envers l'Empereur et l'Empire, refusa d'ouvrir ses portes et de payer les trois cent mille florins qu'on exigait d'elle 2. « En punition de ce crime, » Albert, à la tête de sa horde incendiaire, se jeta sur son territoire ; en peu de jours, cent villages, bourgs et villes furent, pour la plus grande partie, réduits en cendres; les habitants d'Ulm, au dire du margrave, étaient tous ennemis de la divine parole '■^.

« Ils ont saccagé si inhumainement le territoire d'Ulm, m écrivait l'Empereur, « que jamais lesTurcs,pourne pointparlerdeschrétiens, ne se sont conduits de la sorte. Et ces forfaits ont été commis par des Allemands envers leurs propres compatriotes * ! »

Après l'inutile siège d'Ulm, Albert se sépara des princes, voulant être plus libre de conduire à son gré, c'est-à-dire par le fer et le feu, « la sainte guerre évangélique. » Il exigea dix-huit mille florins d'or de Geisslingen, incendia et détruisit de fond en comble l'abbaye cistercienne de Konigsbronn, puis se dirigea vers la Franconie. A Geisslingen, il eut une entrevue avec le due Christophe de Wurtemberg ({ui, jusque-là, avait feint un dévouement sans bornes pour l'Empereur ^, mais qui, en sous main, avait prorais au margrave soixante mille florins pour l'aider à solder ses troupes •'.

• Voy. V. Drufi'iîl, l. 11, p. 309.

2 Voy. UÀuKRLm, Neueste Heichsfjeschichte, t. II, p. 163-105. V'^oigt, t. I, p- 27<.)-282.

^ Ou lit dans une chanson du temps :

Je voudrais bion ([u'oii iiio ilit

Dans (juel texte le bon Dieu

Nous a j.imais ortiDiiiià de propager su sainte parole

Avec le Icu. le vol, le nuiirlio

Ainsi qu'ils l'ont fait n Ulm et aux environs!

Ils cm cliasaé (emnies et enfants,

Aussi les ai je livré»

A l'indignation, a l'opprobre, ^ la risée do tous !

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