V. LlLIRNKIlON, t. IV, p. o3i
'^ (^oitNKLius, Zur IJrLiulernn;/ der l'ulitik des Kurfürsten Morilz, p. 27o. '■> Voy. Ku(;li:h, t. I, p. 18;i-18i-. Lanz, l. ill, p. 13i. " Yoy. V01ÜT, Albrecht Alcibiudca, l. I, p. 2i)'J, note 2.
GUERRE « ÉVANGÉLIQUE » ü'aLBERTDE BRANDEBOURG-GULMBACH. lo52. 717
Le 30 avril, Albert somma les comtes et chevaliers de Franconie de se joindre au roi de France et aux alliés, les prévenant que celui d'entre eux qui refuserait d'obéir serait immédiatement « incendié et chassé. » Celui qui oserait se mettre sous la protection de l'Empereur, du roi ou de son seigneur féodal serait, parce fait seul, considéré comme l'ennemi des princes, car « la prospérité de l'Empire et la liberté germanique » devaient être préférées à tout. »
Le margrave tenait surtout à châtier « l'insolence de la race marchande de Nuremberg » et à ruiner de fond en comble lesévêques de Bamberg et de'Wurztbourg, « avec toutes leurs chartes et paperasses. » « Les princes alliés, » dit-ilen quittant Ulm. « luiavaient particulièrement recommandé de serrer si bien à la gorge l'évèque de Bamberg qu'il ne pût échapper. »
Le 11 mai, son armée, forte d'environ douze mille fantassins, campait aux portes de Nuremberg. Il prétendit n'avoir pas à s'occuper du contrat passé entre les alliés et la ville; d'ailleurs, ce qu'elle avait donné ne pouvait suffire ni à la protection des libertés du Saint-Empire, ni à la défense de la vraie religion chrétienne. Mais les bourgeois résistèrent. Tout ce que disait le margrave n'était, selon eux, qu'hypocrisie, cupidité, exploitation honteuse du mot de liberté. « Gomme le siège traînait en longueur, des bandes desoldats commencèrent à parcourir les campagnes, brûlant et saccageant tout sur leur passage. « Aux environs de Nuremberg, » écrivait le margrave de Brandebourg-Gustrin, « tous les villages, bourgades, maisons de plaisance et forêts sont détruits par l'incendie; trois mille arpents des forêts de la ville ont été livrés aux flammes *. »
Du camp de Nuremberg, Albert écrivit à l'évèque de Bamberg, pour lui réclamer « les secours en argent et en nature indispensables à la défense delà liberté et de la patrie; » il lui ordonnait de se joindre à la France et aux alliés. L'évèque ayant répondu que son devoir envers l'Empereur lui interdisait d'obéir, le margrave envoya une grosse troupe de cavalerie prendre possession de Furshheim, de villes et de bailliages faisant partie de l'évêché. Tout fut pillé, et le margrave i lit partout gaiementdanser le feu, cet enfant favori de la guerre, » comme il l'appelait. Si l'évèque persistait dans sa résolution, il annonçait l'intention de se conduire envers lui « en conquérant, » c'est-à-dire de l'expulser, puis de ruiner et d'incendier sa terre. Pour éviter à ses sujets de pareilles calamités, l'évèque, le 19 mai, signa un traité par lequel il cédait au margrave vingt villes et bailliages (plus du tiers de son domaine), avec tous leurs droits,appartenances
1 Voigt, t. ], p. 283-294. Lanz, t. 11, p. 235.
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et revenus; de plus, il paya quatre-vingt mille florins de rançon. Albert contraignit ensuite l'évêque deWürztbourg(21 mai)àluipayer deux cent vingt mille ilorins et à endosser l'une de ses dettes, s'élevant à trois cent cincpiante mille Ilorins. A Würztbourg, les bourgeois, pour se racheter, donnèrent leur argenterie, dépouillèrent églises et abbayes de leurs plus précieux trésors, et enlevèrent du dôme la statue d'argent de saint Kilian i.
Albert était fier de ses indignes exactions. Sa conduite, à l'entendre, était celle « d'un prince loyal, passionné pour la gloire de Dieu et pour le Saint Évangile que Notre-Scigneur a mis de notre temps eu une si merveilleuse lumière ^. »
Cependant le siège de Nuremberg se poursuivait. « Nous sommes toujours devant Nuremberg, » mandait le margrave le l^^juin au duc de Prusse, « et voudrions bien voir la cité se joindre aux princes et à la noble couronne de France, pour le maintien et l'union de la sainte religion chrétienne et apostolique, les libertés et l'indépendance delà Germanie ^. »
« Pour la défense du Saint Évangile, la ville luthérienne de Nuremberg fut traitée à la mode turque. ))
Un délégué de Ferdinand, Ulrich Zasius, qui s'était présenté dans le camp du margrave pour le supplier de conclure la paix, écrivait le 12 juin : « Le territoire de Nuremberg a été mis à feu et à sang ; uu cœur de pierre serait ému de compassion en voyant la détresse de ce pays. J'ai entendu dire que beaucoup de paysans meurent de faim et de désespoir dans les bois où ils se réfugient. On voit sur les routes des cadavres qui ont encore à la bouche l'herbe qu'ils ont essayé de manger pour tromper leur faim ; le margrave et ses gens no font que rire de tant d'horreurs. La vie qu'on mène dans leur camp est abominable, impie. Le margrave lui-même parle et agit comme uu mécréant. Les actes les plus honteux passent pour vertueux à ses yeux; lui et les siens ont sans cesse sur les lèvres le nom de Satan; ils vont jusqu'à inventer de nouvelles imprécaiions et blasphè" mes. Le margrave se vante de ses forfaits et de ses incendies et les appelle « ses meilleurs passe-temps; )> je l'ai moi-même entendu parler ainsi *. »
1 Voigt, t. I, p. 296-302, .'518.
* • Ce sont les propres expressions d'Albert, au rapport d'un délét,'uéde l'archevêque de Mayence, "27 juin 1Î)û2 ; voy. ^^ Mainzer Uelalion liberdcn inarkijrnßlchcn Krim]. » Legs de Senckenberg.
» Voigt, t. I, p. 3Ü8.
' Voy. UucHOLTZ, t. Vil, p. 81-82. v. Dhuffel, p. 588-590. Le margrave se faisait fort d'allumer en Allemagne un tel incendie« que les anges du ciel puissent s'y chauffer les pieds. » Kuüiiaut, CirschichU: der Ldiidslïindc in Hauern, t. il, p. 1.8ü,uole 7. liANKii (t.V, p.l'JO) écrit au sujet d'Albert ces étranges paroles: « C'é-
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Environ quatre mille localités lurent incendiées dans le territoire de Nuremberg. Outre deux petites villes et deux couvents, (juatrevingt-dix châteaux ou demeures seigneuriales, dix-sept églises, cent soixante-dix bourgades et villages furent pillés et livrés aux flammes. Des meurtres, des cruautés atroces, d'horribles attentats à la pudeur étaient les plaisirs quotidiens de ce prince féroce et de ses sanguinaires soldats qui osaient se faire gloire d'être allemands et chrétiens *.
Le 19 juin, Nuremberg offrit deux cent mille florins de rançon et le « prince brigand » consentit enfin à s'éloigner. De Bamberg, Würztbourget Nuremberg, il avait, en l'espace de deux mois, extorqué plus d'un million rien qu'en argent comptant, « le tout pour le maintien et l'unité de la religion véritable, chrétienne et apostolique. »
Après cet exploit, le margrave fit savoir, le 20 juin, aux habitants d'Ulm « que, s'ils restaient fidèles à l'Empereur et persistaient à se tenir en ,dehors de la nation allemande, » il irait lui-même châtier leur rébellion criminelle et ruiner leur territoire. Dieu lui livrerait la ville, et il ne laisserait la vie sauve à personne. Tous les habitants seraient égorgés, sauf les enfants âgés de moins de sept ans 2.
Mais au lieu d'aller assiéger Ulm, vers la fin de juin, Albert se dirigea vers le Mein, saccageant tous les pays qu'il traversait. Zasius écrivait le 10 juillet à Ferdinand : « Je crois que le margrave n'attache pas grande importance aux promesses qu'il a faites à l'évêque de Wiirztbourg; il n'est pas encore satisfait des six cent mille florins qu'il en a reçus, sans compter l'artillerie. C'est chose lamentable d'entendre dire qu'à Würztbourg même et dans tout l'évêché, l'orlëvrerie des églises et des abbayes, les pierres précieuses, les châsses, les calices, les monstrances, les tableaux, les vases sacrés, tout a été converti en argent monnayé. A Neumünster, une châsse, estimée tnille florins, a été fondue ; ce sont là de tristes nouvelles. L'armée de Maurice campe à Mergentheim et dans la vallée de la Tauber. On me dit que la violence et la tyrannie de l'Électeur ne se peuvent exprimer : un démon ressemble à l'autre. Dieu sait quels seront la fin et le châtiment de ces impies ^ ! »
tait un de ces caractères dont on pardonne les défauts parce qu'on ne les trouve pas accompagnés de malice. Sa haine contre les potentats ecclésiastiques était l'écho des passions populaires de son temps. » Ces paroles suffisent-elles pour justifier les forfaits commis dans les villes protestantes d'Ulm et de Nuremberg?
' Voigt, t. I, p. 295. * Mainzer Retalion, voy. plus haut, p. 71(5, note 2.
* Haberlin, t. II, p. 29i. Voigt, t. 1, p. 314-317.
' v. Droffel, t. H, p. 668.