HENRI II ET LES PRINCES PROTESTANTS
Sur le titre de cette lettre, on voyait, entre deux glaives symbolisant Brutus et Jules César, le chapeau de la liberté.
Depuis longtemps déjà, disait le royal manifeste, l'Empereur lui avait fourni de nombreux motifs de déclarer la guerre; mais, dans son amour pour la paix, il n'avait eu souci ni de ses intérêts ni de sa gloire, et s'était uniquement attaché à gouverner son royaume par des lois sages et équitables. Enfin, voyant Charles-Quint déterminé à anéantir la liberté germanique et à mettre l'Empire en un servitude éternelle, il s'était décidé, mû par une inspiration divine, à sauver l'indépendance de l'Allemagne. Il jurait, « en la présence du Dieu tout-puissant, » que, pour lui, il n'ambitionnait d'autre récompense que l'éternelle reconnaissance de ceux qu'il allait délivrer et ne pensait qu'à immortaliser son nom. Aussi personne n'avait-il rien à craindre de lui. Mais s'il se rencontrait un homme assez pervers, assez ennemi de l'honneur, assez traître envers sa patrie pour oser entraver le juste dessein qu'il avait conçu et pour se déclarer partisan de l'Empereur, il le poursuivrait avec le feu et le glaive, et le retrancherait du nombre des vivants, comme on retranche un membre malade d'un corps sain ^.
« 0 Allemagne, o noble patrie, » lit-on dans une feuille volante répandue à cette époque, « ouvre enfin les yeux, et vois avec quelle adresse le Français et ses alliés se concertent pour attirer sur toi les angoisses et la détresse! Ils veulent t'imposer un évangile si fertile en calamités qu'en son propre pays le Français lui-même le persécute et le punit de mort ; il sait que beaucoup d'Allemands ont du goût pour un tel évangile; voilà pourquoi ce roi rusé allèche le pauvre homme par ccpoison sucré et lui met du lard dans la souricière; car il veut s'en saisir, l'enchaîner et arracher la noble Germanie des mains si clémentes du pieux Empereur pour la placer à jamais sous l'amère et éternelle servitude de la France 2. »
Le 13 mars Henri commença par la mauvaise foi et la violence son œuvre désintéressée d'affranchissement. A la têted'une armée de vingt-cinq mille hommes de pied et de dix mille cavaliers, il envahit la Lorraine, occupa les villes d'Empire deToul et de Verdun et retira la régence à la duchesse Christine de Lorraine; à Nancy, il laissa une
^ Voy. HoRTLKDER, Rechtmässigkeit, 1290-1294. « Cette lettre, » dit Cornelius [Erläuterung der Politik des Moritz von Saclisen, p. 261), « est certainement Tun des actes les plus effroatémeut hypocrites par lesquels le peuple allemand ait jamais été abusé. »
* Yoy. V. Drüffel, t. III, p. 384 et suiv.