‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 285 sur 572 · ENTREVUE DE LINZ · texte numérisé non relu

ENTREVUE DE LINZ

l'Empire fera l'épouvante et l'horreur des générations qui viendront après nous ; le malheureux troupeau de Jésus-Christ est réduit à la plus extrême détresse, et menacé non seulement de perdre ses richesses temporelles et ses propriétés, mais encore tous les biens de l'âme *. »

L'Empereur, profondément découragé, « impuissant, abandonné de tous 2, » se tourna vers son frère et lui demanda ce qu'il pensait pouvoir faire, lui roi romain, Électeur du Saint Empire, pour écraser la redoutable révolution qui menaçait de tout détruire, et s'il serait disposé à intervenir entre lui et Maurice. Ferdinand répondit « qu'il lui était impossible de l'aider à déjouer les complots perfides qui le menaçaient, devant lui-même se préparer à repousser l'invasion turque; qu'il était obligé de protéger la Hongrie, car si elle tombait au pouvoir des Infidèles, au bout d'un an, la Bohême, la Silésie et bien d'autres pays seraient perdus sans retour pour l'Empire ; mais qu'il acceptait de grand cœur le rôle de médiateur, et ferait en cette qualité tout ce qu'il lui serait possible pour le servir.

Il invita Maurice à venir le trouver à Linz. L'entrevue eut lieu le 18 avril, le jour même où Henri II entrait en triomphe à Metz. L'Électeur feignit de désirer la paix, et offrit de la conclure aux conditions suivantes, tout en réservant l'assentiment de ses alliés : Le Landgrave Philippe serait mis en liberté ; une paix avantageuse pour la France serait signée. Une amnistie généreuse donneraitpleinc sécurité à tous ceux qui avaient pris les armes contre l'Empereur ; les abus seraient redressés à la cour impériale, et les affaires religieuses réglées non par un Concile général, mais par un concile national.» Ferdinand répondit qu'il croyait l'Empereur disposé à rendre sous garantie la liberté au Landgrave, pourvu qu'on mît bas les armes ; les affaires de la religion et celles de l'Empire pourraient être discutées ultérieurement dans une assemblée générale des États. Bien qu'il pût paraître dur à l'Empereur de montrer des égards au roi de France, qui venait do s'emparer contre toute justice d'une portion du territoire allemand, cependant, peut-être consentirait-il à ce que Maurice s'informât auprès d'Henri 11 des conditions auxquelles se pourrait obtenir la paix ^.

L'Empereur, consulté par son frère, soutint énergiquement les droits du Concile. Selon le dernier recez d'Empire, la querelle religieuse, d'après lui, ne pouvait être tranchée que par le Saint-

1 •Fascicule « Moguiilina ». Lrj^s de Senckenberg.

* Voy. les lettres de Tevc^que (jranvelle datées du "26 février cl du 21 mars loSS, daiisv. Dnui'KEi., t. 11, p. lti;{, 270. •' Sur les uégocialious de Lin/., voy. v. Diiuki-el, t. 111, p. 3'Ji-ilî).

FUITE DE l'empereur. 1552. 729

Siège*. Ou convint à Linz que, le 26 mai suivant, « pour le redressement des hérésies et des abus dans la nation allemande, » les princes, en aussi grand nombre que possible, se réuniraient à Passau, et qu'à dater du M mai s'ouvrirait un armistice de quinze jours. Mais après s'être concerté avec ses amis, l'Électeur ajourna cet armistice jusqu'au 26 mai. Au fond, ce retard n'avait d'autre motif que le hardi coup de main qu'il méditait.

Dès le 28 mars, le gouvernement de la régence autrichienne, dont le siège était à Inspriick, représentait à l'Empereur « qu'il était grand temps de s'armer pour repousser l'ennemi qui, très évidemment, se proposait d'attaquer directement Sa Majesté, et ne songeait à rien moins qu'à s'emparer de sa personne ; que le péril était extrême et qu'il était urgent de prendre d'énergiques et promptes mesures. Assez longtemps l'Empereur s'était laissé abuser par de trompeuses promesses, par des contes en l'air. Il était temps d'agir, sans s'attarder à d'inutiles négociations, car on devait d'autant plus s'attendre à l'envahissement du Tyrol que les princes conjurés, dans leur manifeste, annonçaient l'intention de délivrer l'Électeur de Saxe, retenu prisonnier à Inspriick. L'évêque Granvellc répondit à cet avertissement que la Régence pouvait prendre, quant à elle, toutes les sûretés nécessaires, et que l'Empereur était tout prêt à l'action 2.

Le 6 avril, Charles quitta secrètement Inspriick pour se rendre dans les Flandres, seul pays, comme il le disait, où il pût espérer trouver du secours; mais il fut obligé de revenir sur ses pas : les troupes ennemies, campées dans le voisinage, lui barrèrent le passage. La Régence mit le pays en état de défense, mais elle n'était pas de force à tenir tête au redoutable ennemi qui s'approchait.

Le 18 mai, Maurice et ses alliés mirent les troupes impériales en déroute près de Reutte. Le lendemain, ils occupaient le passage fortifié d'Ehrenberg, dernier rempart derrière lequel se pût al)riter l'Empereur. Maurice envoya en présent au roi de France six drapeaux conquis sur les Impériaux. Le 20 mai, les princes s'apprêtaient à marcher sur Inspriick pour « y surprendre le renard en sa tanière, » lorsqu'une sédition éclata dans leur armée et retarda leur départ. Charles ne dut son salut qu'à cette circonstance 3.

Dès qu'on eut appris à Inspriick la prise de TEhrenborg, l'Empereur fit en toute hâte ses préparatifs de départ. Malade de la goutte,

' Réponse de Charles à Schwendi, et dépêche à Ferdinand, 25 avril 1352 ; voy. V. ÜRUFFEL, t. Il, p. 427-430 ; Lanz, t. 111, p. 183-186.

ä Voy. SCHÖN'HERR, p. 57-60.

^ Les lansquenets le poursuivireat et tirèrent sur lui. Voy. Schönueur, p. 92.

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