LES CONJURÉS EN TYROL
pork' dans une litière, il traversa le col du Brenner, le 19 mai, vers neuf heures du soir, sous une violente pluie d'orage. Ferdinand, qui l'accompagnait, avait rendu la liberté à l'Électeur Jean Frédéric à condition qu'il suivrait encore quelque temps l'Empereur. Sur la route de Villach, l'Électeur, le 24 mai, rencontra Charles-Quint, lui rendit grâces de la liberté recouvrée et lui promit pour l'avenir dévouement et obéissance. Charles se découvrit et, de sa litière, lui tendit la main. Il n'avait pas besoin de remerciement, lui dit-il en allemand, c'était de tout cœur qu'il pardonnait, et désormais il se comporterait envers Sa Grâce ainsi qu'envers ses fils et ses sujets en souverain clément et débonnaire. « Tout le monde, » écrivait Zasius à Jean Frédéric, « se réjouit de la mise en liberté de Votre Grâce, même les prêtres en témoignent partout beaucoup de joie. » Mais Maurice voyait avec appréhension la mise en libertédeJeanFrédéric- Un personnage de sa suite confia, sous le sceau du secret, à l'un de ses intimes, qu'il avait vu de ses yeux, dans la chancellerie du prince de Saxe, un papier où étaient tracés ces mots : « Si Sa Grâce était surprise à Inspriick, il faudrait la ramener immédiatement dans les prisons du duc Maurice ^ »
La marche des princes vers le Tyrol avait été facilitée par Ferdinand, car depuis longtemps, derrière le dos de l'Empereur, ce dernier avait joué un triste rôle. Il était secrètement d'intelligence avec Maurice, et c'est lui qui avait fait ouvrir aux conjurés les passages du Tyrol par la régence de ce pays '^.
Le 23 mai, Maurice, leduc Albert deMecklembourg, le Landgrave Guillaume de Hesse et l'ambassadeur de France, à la tête de deux régiments et de quatre cents cavaliers, arrivèrent à Inspriick-*. Les lys de France ornaient les bannières des .«oldats allemands. Maurice fit main basse sur tout ce qui avait appartenu à l'Empereur et aux siens. L'hiver précédent, ses espions lui avaient fourni les renseignements les plus exacts sur le butin qu'il pourrait faire à Inspriick. Tout fut vendu ou mis au rebut. Le duc de Mecklembourg ne fut pas le moinserapressé au pillage. Bien que les princes alliés eussent promis à la Régence de respecter les propriétés de Ferdinand et de ses sujets, le duc pénétra dans le château royal (Hofburg), ouvrit de sa propre main deux coffres de voyage et se mit â en piller tranquillement le contenu. Le Landgrave Guillaume, lui non plus, ne se
1 Voy. V. Dbuffiol, t. IT, p. 5W-544.
*Voy. ScHÖNHiciui, p. 91-02. Pour plus de détails, voy. Witter, p. 41 et suiv., 54, Gl, G7, 73-74. Ferdinand avait fait alliance avec Maurice pour protéger la Hongrie des Turcs avec son assistance et aussi pour traverser les projets de succession de TKonpereur (voy. plus hautp.7^J2).
' ScniuiisiACUER, Joli. Albrt'fht, t. 1, p. 189.