LES CONJURÉS EN TYROL
fit point faute de semblables exploits ; il s'appropria les canons, les boulets et les arquebuses du roi ^
A Trente, on était dans Fépouvante, tremblant que l'armée des princes protestants ne se dirigeât vers la ville du Concile. A la nouvelle des événements militaires qui se préparaient, Jules II, le 15 avril, avait suspendu le Concile, qui de lui-même avait décrété sa dissolution (25 avril). Seuls, douze évéques espagnols protestèrent; la plus grande partie des Pères quittèrent la ville. Après la prise de l'Ehrenberg, les quelques docteurs restés à Trente et tous les habitants se réfugièrent dans les montagnes, dans les bois ou dans les villes fortifiées.
Maurice, paraît-il, avait eu d'abord l'intention de marcher sur Trente^; mais n'ayant pas réussi à s'emparer de la personne de l'Empereur, il se déclara prêt à signer la trêve et se rendit à Passau au jour fixé, c'est-à-dire le 26 mai.
Le 25 mai, les princes quittèrent Inspriick, mais ils parurent ne pas se souvenir de la promesse qu'ils avaient faite d'épargner les sujets de Ferdinand, avec lequel cependant ils n'étaient pas en guerre. Les troupes, en opérant leur retraite, signalèrent partout leur passage par des violences et des crimes. Des villages entiers furent incendiés, de nombreuses églises pillées, les tabernacles violés, les saintes hosties foulées aux pieds. L'abbaye de Stams fut le théâtre d'une horrible profanation. Après que tout veut été pillé ou brisé, la crypte où reposaient, depuis des siècles, les corps des princes du pays fut ouverte. On arracha les squelettes de leurs cercueils pour piller les objets de prix qui y était renfermés 3. Au pays de Zwischenthoren, entre les passages d'Ehrenberg et de Fernstein, toutes les maisons furent pillées, puis détruites, les habitants chassés, le bétail emmené. « Ce que les gens de guerre n'ont pu briser, » écrivait le conseil de régence à Ferdinand, « ils l'ont du moins mis hors de service, et tout est chez nous dans le plus pitoyable état. Quatre mille infortunés se trouvent aujourd'hui sans pain ; c'est grand miracle si tous ne sont pas déjà morts de faim '". »
C'est ainsi que le pays fut épargné, c'est ainsi que fut respecté l'armistice.
1 ScHoNHÊRR, p. 96-99. Schirrmacher [Joh. Alhrecht, t. 1, p. 189) ne parle point de ces rapines. 11 dit seulement : « Les princes s'emparèrent de ce gui avait appartenu à VEmpereur ea fait d'armes et de munitions. »
* Voy. sa lettre à l'évêque Madruzzi, 21 juin 1552, dans Shirruacher, t. YllI, p. 441. Schönherr, p. 7.
^ SiNXACHER, t. VII, p. 441. ScHONHERR, p. 101-103; voy. le catalogue des objets précieux volés à Stams, p. 137-141.
* SCHONHERR, p.'J10o-106.