NÉGOCIATIONS DE PASSAU
articles non conciliés il était impossible de s'en remettre à un Concile général. Un concile national, ou nouvelle conférence religieuse, devait seul décider à leur sujet. Dans le cas où 1 accord ne pourrait se faire, on établirait une paix religieuse perpétuelle, de manière qu'à l'avenir, pour cause de religion, personne ne pût être inquiété.
A ces conditions, Maurice consentait à la paix et répondait de l'adhésion de ses alliés *.
Elles semblent modérées si on les compare aux prétentions élevées à l'origine. En effet, il ne s'était alors agi de rien moins que du renversement de la constitution par la suppression des principautés ecclésiastiques, de la sécularisation des biens de l'Église et de l'abolition de l'ancien culte par la proscription de tout le clergé catholique.
Mais, pour bien des raisons, Maurice avait dû retrancher beaucoup de ses exigences.
Au moment où Mélanclithon avait cherché à le détourner de la révolte, de l'emploi injuste de la force, le suppliant de ne pas se joindre à ceux « qui visaient ouvertement au renversement de l'épiscopat, au partage des évêchés, à l'érection d'un nouvel empire, » il lui avait d'avance signalé les périls auxquels il s'exposerait en méprisant ses conseils : « Dès que la France verra que les Allemands se proposent d'abolir l'épiscopat, » lui avait-il dit, « il n'y a point de doute que l'Empereur, le Pape et la France ne se mettent de nouveau d'accord, car le roi de France ne pourrait sans forfaire à l'honneur consentir à sa ruine 2. » Mélanchthon avait vu juste : Henri II, par égard pour ses sujets catholiques, ne pouvait permettre ou tolérer qu'en Allemagne l'Église fût persécutée dans la mesure où le voulaient les conjurés. Tout en n'obtenant pas de ses'alliés allemands que, dans leur manifeste public, ils promissent leur appui aux princes ecclésiastiques, dans ses propres manifestes et édits publics, il les avait toujours pris sous sa protection .
Le margrave Hans de Custrin, qui voulait à tout prix « l'expulsion de la prêtraille^, » s'était séparé, en murmurant, des conjurés et s'était rapproché de l'Empereur dans l'espérance d'obtenir de lui, en cas de victoire, la terre de son parent, Albert de Brandcbourg- Culmbach.
Le duc Jean Frédéric de Saxe, le premier d'entre les princes qui
* Voy. les négociations de Passau dans v. Druffel, t. 111, p. 444 et suiv.
* Corp. Reform., t. VIII, p. 903.
' Voy. plus haut.
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eût déclaré légitime et nécessaire le massacre général et impitoyable des prêtres catholiques *;, avait reçu de son père l'ordre formel de ne prendre part à aucune entreprise contre l'Empereur.
Au lieu des trois armées que les conjurés avaient cru pouvoir mettre sur pied -, une seule se trouvait prêle et, dans toute l'Allemagne, un cri de réprobation s'élevait déjà contre la guerre.
On n'avait pas réussi à surprendre l'Empereur à Insprück.
Maurice avait espéré pouvoir du moins s'emparer de la personne de l'Électeur captif, mais, de même que Charles-Quint, il lui avait échappé. Jean-Frédéric était libre, et le traitait publiquement de Judas. Maurice éprouvait à son sujet les plus graves anxiétés. Il craignait d'être frappé du ban d'Empire, et que ses États ne fussent rendus à leur ancien maître. Il était profondément détesté en Saxe. Les États, dans une humble supplique, lui avaient représenté que Tordre, la sécurité de tous allaient être ruinés par la guerre et qu'une révolte ouverte contre l'Empereur serait une responsabilité bien lourde à porter devant Dieu et devant les hommes. Lorsque ces mêmes Étals lui avaient fait quelques objections au sujet de l'occupation par ses troupes des places fortes del'Électorat, il les avait trompés en leur affirmant que cette occupation n'avait d'autre motif que la nécessité de se préparer à repousser l'invasion probable des Turcs, et qu'ils ne devaient pas comprendre la chose autrement^ ni s'en préoccuper davantage 3. H résultait de tout ceci que Maurice,comme le savait fort bien Ferdinand, « ne pouvait aucunement compter sur l'appui de ses propres sujets. » Jean Frédéric avait repris possession de l'Électoral ; il allait voir se reformer autour de lui un puissant parti, et si Maurice était atteint par le ban d'Empire, la ligne Albertine pouvait avoir le sort qu'à l'époque de la capitulation de Wittemberg il avait cru réservé à la ligne Ernestine.
Tous ces motifs le déterminèrent à renoncer, du moins provisoirement, à ses vastes espoirs, d'autant que le roi de France, trompant son espoir, n'avait pas agréé la proposition de son ambassadeur Glaris, qui était allé lui proposer, de sa part, de franchir le Rhin pour mettre l'Empereur à jamais hors d'état de recommencer la guerre '*. Henri II, jusqu'à nouvel ordre, semblait satisfait de ses faciles succès en Lorraine et de la conquête des Trois Évêchés.
Ferdinand, menacé par les Turcs et pressé par les membres
• Voy. plus haut.
^ Voy. CoBNiîLius, Er/aulevunrj, p. 269 et suiv.
* Falke, St.euerbewiUigungcn, t. XXXI, p. 116-H7.
' Voy. Bahtohld, Dcul<!cliland and die llngciiollcn , p. 87-88.
l'empereur sur les réclamations des princes conjurés. 1552. 735
d'Empire présents à Passau , qui voulaient à tout prix la paix, suppliait l'Empereur d'accepter les conditions posées par Maurice.
Mais Charles voulait que l'unité de la foi fût rétablie en Allemagne et qu'on s'entendît pour empêcher la division des chrétiens en tant de sectes différentes. D'ailleurs il lui en coûtait d'humilier la couronne impériale en faisant à ces rebelles, constants alliés de la France et si souvent armés contre lui*, de si amples concessions. Il en voulait aussi à ces autres princes, dont aucun ne lui avait fourni de secours au moment du péril. Il écrivit dans ce sens à Ferdinand et à sa sœur Marie. Il consentait à ce que les discussions religieuses fussent remises à la prochaine Diète, mais il se refusait absolument à entrer dans aucun arrangement qui lui pût ôter l'espoir de voir un jour l'unité de foi rétablie. Il s'indignait de voir des archevêques et des évêqueslui conseiller des concessions qu'il regardait comme incompatibles avec son devoir et qui, sans nul égard pour les membres d'Empire absents, si intéressés dans laquestion, anéantiraient complètement les recez des deux dernières Diètes. « Je n'ai pas le droit de céder, w déclarait-il ; « dans aucun cas et pour rien au monde je n'agirai contre mon devoir et ma conscience. » « Mes adversaires prétendent qu'exerçant un pouvoir qui ne m'appartient pas, j'agisse contre les lois et les recez de l'Empire ; c'est que la mesure leur convient et concorde avec leurs intérêts particuliers, tout en nuisant au bien général ; mais comme ils mère prochaient, en d'autres circonstances, d'avoir pris cette même liberté ! L'assemblée de Passau ne peut se croire au-dessus de la Diète. Cependant, afin que mes adversaires voient bien que, dans n'importe quelle occasion, je ne veux donner un prétexte à la guerre, je suis prêt, dans la forme où ils le désirent, à accepter tout ce qui sera décidé en matière de religion à la prochaine Diète. »
Charles ne pouvait faire abstraction de son autorité et de sa dignité au point de consentir à ce que les griefs formulés contre lui en son absence fussent appréciés par des princes rebelles, et cela, au moment même où il était pour ainsi dire à leur merci : « Je vois clairement, » écrivait-il, « que la majorité ne désire rien plus ardemment que l'affaiblissement de l'autorité impériale. Si elle doit périr en ma personne, ce à quoi ils tendent, bien qu'ils en disent, j'entends ne pas être l'instrument de ma propre déchéance; seulement je consens à leur promettre que/si quelqu'un prétend avoir à se plaindre de moi, pendant la prochaine Diète, c'est-à-dire dans six mois, j'écouterai tout ce qu'on aura à médire, et m'efforcerai de por-
' Voy. la IcUre-circulaire de l'Empereur, dans V. Ürüffel, t. 11, p; 5S9.
736 l'empereur SUR LES RÉCLAMATIONS DES PRINCES CONJURÉS. 1552.
ter remède aux abus qu'on me signalera dans la mesure du possible. Je tiendrai parole, je me justifierai de tous les reproches qui m'ont été laits et me comporterai en toutes choses de façon à bien les convaincre que j'ai plus à cœur l'intérêt du Saint-Empire que le mien propre. » « Je n'agirai jamais contre mon devoir et ma conscience, » répétait-il; « plutôt rassembler le peu de ressources dont je puis encore disposer et combattre encore une fois mes adversaires. Et si je ne puis espérer la victoire, je quitterai l'Allemagne, j'irai en Flandre ou en Italie ; alors les princes médiateurs, si imbus maintenant d'injustes préjugés, reviendront peut-être à des sentiments plus équitables envers l'Empereur absent. Mais j'entends ne prendre aucun engagement qui puisse m'ôter l'espérance de pouvoir un jour porter remède aux maux de l'Église *. »
« Nous sommes incliné, autant qu'il est possible de l'être, vers la paix, » écrivait-il encore le 30 juin aux princes arbitres de Passau ; « vous êtes témoins des constants efforts que nous avons faits, durant l'hiver qui vient de s'écouler, pour prévenir par notre indulgence la révolte qui semblait proche; en vérité, nous avons fait toutes les concessions imaginables, faisant preuve en toutes choses de patience et de douceur. Nous espérions que les auteurs de la révolte et de la scission religieuse seraient ainsi ramenés à des sentiments pacifiques. Maintenant, il serait juste que, vous tournant vers mes adversaires, vous leur demandiez de faire à leur tour des concessions, de renoncer à leurs desseins hostiles, de mettre bas les armes, de se prêter à des arrangements qui puissent assurer à l'Allemagne une paix équitable et solide. Tâchez surtout que la paix ne soit pas acceptée seulement du bout des lèvres, et qu'il ne reste pas au fond des cœurs un ferment de haine propre à nous attirer dans l'avenir des complications plus graves encore que par le passé ^. »
Pendant que se discutaient avec l'Empereur les articles du traité, Maurice retourna au camp des princes alliés, auxquels Ferdinand venait d'envoyer le docteur Zasius pour obtenir la prolongation de l'armistice jusqu'au 3 juillet. Le 25 juin, Maurice invita Zasius à souper à Straubing. « Les sentes aux prêtres, » lui dit-il, (entendant les évêchés du Rhin,) « feront bien do se mettre en garde contre le margrave Albert, car s'il vient à passer par chez eux, ce sera comme si le plus terrible ouragan se déchaînait tout à coup sur leurs têtes I » « Oh! oui, ;) répondit Zasius, un ouragan
' Lettre à t'erdinand. 'M juin 1552, dans Lanz, t. Il[, p. 318-327; voy. aussi V. DnuFFEL, t. Il, p. 654-655. Lettre à la reine Marie datée du Iti Juillet, daas v. DnuFFEL, t. 11, p. 681-086.
*Voy. Lanz, t. lli, p. 333-336.