LES PRINCES ALLEMANDS MÈNENT JOYEUSE VIE
furieux, accompagné de tonnerre, de grêle et d'éclairs; la foudre ne peut causer plus de terreur, je l'ai constaté moi-même! » Sur quoi Sa Grâce Électorale se prit à rire.
Le margrave, en présence de Zasius, se fit gloire de ses cruautés, de ses incendies qu'il appelait « ses passe-temps les plus agréables; » Maurice s'amusait de ses discours. Pour la détresse du pauvre peuple torturé, pillé, décimé, ces princes, qui se vantaient d'être les champions de la liberté allemande et les représentants du plus pur christianisme, semblaient n'avoir point d'entrailles ^
« Le jour suivant, » écrit encore Zasius, « tous les princes ont pris le repas du matin chez l'Électeur et, à chaque service, les seigneurs ont fait de copieuses libations; tous sont devenus fort gais. Après la table, on s'en alla bien vite au jeu, qui ne cessa qu'à la tombée de la nuit. Alors commença l'orgiedu soir, qui eut lieu chez Georges de Mecklembourgetdura jusqu'à onze heures; les seigneurs faisaient ensemble toutes sortes de folies, étant, comme ils le disaient, » de bonnes vieilles têtes solides. » Cependant, le duc Otto Henri aurait eu grand'peine à se tenir debout '^. »
Parmi des occupations si dignes de leur rang, les princes n'accordèrent qu'une attention médiocre à la question du traité. Maurice se contenta de dire à Zasius qu'il regardait la prolongation de l'armistice comme utile et désirable, que l'important était donc obtenu, et qu'il espérait avant peu apporter lui-même à Passau les réponses définitives des princes alliés.
L'Électeur, en retournant à Passau, trouva les choses exactement comme il les avait laissées : l'Empereur n'avait pas cédé. « Ferdinand, pressé d'en finir, résolut d'obtenir lui-mêmede son frère l'acceptation du traité, et se rendit à Villach. Pour Maurice, il revint au camp des princes, se flattant tout bas que le refus de Charles-Quint ferait échouer la paix. Au roi de France, qui se montrait « préoccupé et effrayé de la situation ^, » il écrivit pour le rassurer : « L'assem-
^ De cette indifférence barbare venaient les atrocités dont les paysans, au sujet des chasses seigneuriales, étaient si souvent victimes. Pour ce qui concerne Maurice, voy. Arnold, 1171-1172. Biea que très partial pour l'Electeur, Arnold rapporte le châtiment infligé à quelques paysans qui, pour sauver leurs récolles, avaient abattu quelques daims : « Mauritius, ut pœnae alrocitate alios delerreret, vivum cervum adduci et rusticum inter cornua ejus ligari jussil. Quo facto liberum dimisit cervum et canibus in sylvam fugavit, ut crudeli martis génère miser ille inter arbores et dumela discerperetur. » « Quod passus sit agrestium homiuum agros hortosque delectationis suae causa, praeterquam aequitas suaderet, belluis devastari, nemo certe probare potest. »
* Voy. BucHOLTZ, t. VII, p. 97 et suiv. Voy. aussi v. Drufpel, t. II, p. 632, 635-636.
^ Voy. la lettre de Schärtlia à Maurice, 9 juin 1532, dans v. Druffel, t. 11, p. 58Ü-581.