ALBERT DR BRANDEBOURG-CULMBACH AU SERVICE DE LA FRANCE
cédait qu'à contre cœur et coutraint par la nécessité*. Dès le 2 août, il s'efiorça, ainsi que le Landgrave Guillaume de Hesse, de rentrer en relation avec la France ~.
Seul, le margrave Albert de Brandebourg fit preuve envers Henri H « d'une fidélité sans tache. »
Après l'inutile siège de Francfort, il envahit les évêchés de Worms et de Spire; « Christophe d'Oldenbourg y avait déjà levé quatre mille florins de contribution, j II traversa les villes, les villages, pillant^ incendiant, rançonnant. « L'évêché de Spire dut fournir quatre-vingt mille Ihalers ; les églises furent pillées; les navires du port incendiés. » Le conseil ne parvint qu'à grand'peine à sauver la toiture en plomb de la cathédrale '^. « 11 faut en finir une bonne fois avec cette infâme engeance de prêtres, » écrivait Albert, le 28 juillet, à Maurice; « il fautmettre la main sur tout ce qu'on peut emporter, confisquer le reste ^. »
Le même jour, il faisait dire au conseil de Strasbourg que, pour lui et le roi de France, les portes de la ville devaient toujours rester ouvertes; qu'une garnison allait être imposée à la cité, et qu'elle devait lui jurer foi et hommage. 11 exigea que Spire et Worms prêtassent serment de fidélité à la France ^.
Revenu devant Francfort, le margrave apprit « avec une indicible colère » que les princes alliés, trahissant la noble couronne de France, venaient de se rapprocher, par un traité, du tyran impérial. » « Maintenant que Satan s'est mis delà partie, on va voir, » s'écria-t-il, « que je n'en suis devenu que plus intraitable! » « Plus que jamais et par tous les moyens possibles, » écrivait-il au duc Albert de Prusse, « je suis résolu à défendre la liberté allemande et la religion chrétienne''. »
A dater de ce jour, Henri 11 mit en lui sa plus chère espérance. « Nous mènerons à bien l'affaire commencée, » lui fit écrire le roi par son ambassadeur de Fresse; « nous y mettrons toute notre persévérance, tout notre cordial bon vouloir; l'Allemagne recueillera un jour le fruit immortel de notre générosité. » Dans la même dépêche, Henri élevait jusqu'au.^ nues les hauts faits du margrave et lui jurait éternelle amitié. 11 lui conseillait de se diriger vers les Pays-Bas, oiJ très certainement l'attendait un riche butin. Le roi,
' Voy. sa IcUre à ses conseillers, {"■ août 13;)2, dans v. Drufpel, t. II, p. 713.
* Voy. ÜAUTiioi.n, p. 99.
3 Voigt, t. 1, p. 331.
< Voy, V. DnuKFi;!., l. II, p. 704.
■' * « Kt les bour^'eois, sur la place lu marché, ont dû rendre hommage U la couronne de France, » dit en propres ternies une relation de Mayence, voy. plus haut, p. 710, note 2.
« Voy. VoiCT, Albrcrhl A/ri/i'a/lr-i, 1. I, p. :131>.
L' « INCENDIE PRINCIER » D'aLBERT DE BRANDEBOURG. 1552. 741
pour cette campagne, lui offrait son assistance, et désirait se montrer envers lui « si fidèle ami que tous les deux en puissent recueillir un jour égales louange et gloire K » Le 29 juillet, le margrave prit envers l'ambassadeur de Fresse l'engagement de commander, pendant quelques mois encore, son armée au nom du roi de France, afin de lui bien prouver « la confiance, le dévouement et la fidélité des Allemands -. »
« Pour la sainte cause do la liberté, »le peuple allemand allait être plus que jamais impitoyablement rançonné, pillé, incendié. De gaieté de cœur, l'Allemagne, selon l'expression de l'Empereur, allait être jetée par Albert (c sous les pieds de la France. »
(( Les princes do la guerre, » écrivait Christophe von der Strassen, le 4 août, à l'Électeur Joachim de Brandebourg, « conduisent les choses de telle façon que la meilleure partie du Saint- Empire est ruinée; les cercles de la Soiiabe, de la Franconie, du Rhin, sont presque déserts. Le blé sèche sur pied dans les champs, les vignes demeurent sans culture, les villes, les bourgs n'ont presque plus d'habitants, les bourgeois envoient en Flandre ce qu'ils ont de plus précieux. Quant à moi, je ne puis, dans ma simplicité, comprendre en quoi consiste la liberté qu'on nous propose, car je no vois d'autre résultat à cette guerre que la ruine de notre patrie. D'un côté, nous ouvrons la porte au Turc et nous fournissons les meilleurs prétextes du monde, non seulement à la Hongrie, mais à l'Allemagne, de se ranger sous son autorité; de l'autre, nous appelons chez nous le Français, de sorte qu'entre ces deux fléaux nous voilà en si bon train qu'en dépit de toute notre bonne volonté, nous ne pourrons bientôt plus rien faire pour nous tirer d'embarras. C'est chose lamentable que vous autres, grands personnages, vous restiez si longtemps tranquilles spectateurs de la dévastation de votre pays et laissiez impunément se commettre de pareils crimes. Cependant le devoir do réagir contre ces pervers ne regarde personne plus que vous, qui êtes nos chefs, et devriez comprendre qu'il ne s'agit point icidelaliberté germanique, mais bien de l'oppression et de la ruine de tous ^. »
c( Que toute la responsabilité de nos malheurs retombe sur la tête maudite et exécrée du margrave de Brandebourg! C'est lui qui est cause que le peuple du Mein et du Rhin a été si cruellement traité, et que plus de vingt-cinq villages aient été la proie des flammes ^I »
» VoiOT, t. I, p. 332.
J Ce sont les propres expressions d'Albert dans sa lettre-circulaire datée de mai lo53. HoRTLEDER, Rechtmässigkeit, lOoi.
' Voy. V. ÜRUFFEL, t. 11, p. 723-726. ' • relation de Mayence, voy. plus haut, p. 716, note 2.
742 l' « INCENDIE PRINCIER )) d'aLBERT DE BRANDEBOURG. 1552.
Maurice, selon l'engagement qu'il en avait pris à Passau, s'apprêtait à conduire son armée en Hongrie pour y combattre les Turcs; mais Albert, qui ne l'appelait que « le Judas allemand,» excita une sédition parmi ses troupes, et l'Électeur^, pour conjurer le péril, n'imagina rien de mieux que de faire mettre le feu aux baraques de ses soldats. Environ quatre cents malades périrent dans les flammes. L'Électeur, suivi seulement de sa cavalerie, s'enfuit àDonawerth.Une partie de son infanterie passa au service du margrave.
« Toutes choses nous réussirent à souhait, à nous et à nos alliés, » écrivait Albert le 6 août au duc de Prusse; « la noble couronne de France tient scrupuleusement ses engagements. » Mais les princes alliés ayant trahi leurs serments, il lui fallait prendre de nouveaux arrangements avec Henri II i. Jusqu'au 9 août, il comptait continuer le siège de Francfort, car il tenait beaucoup à a vider le sac de ce peuple mercantile »•, pour l'honneur et le profit de son maître, le roi de France, et voulait prendre possession en son nom « de la ville qui fait les rois. » Aussitôt après, Henri II viendrait le rejoindre à la tête d'une armée considérable. Mais voyant qu'il ne parvenait pas à réduire Francfort, il se retira en chargeant la ville de malédictions, « pour aller conquérir Mayence et Trêves à la couronne de France 2. » Il franchit le Rhin, et pilla Oppenheim. A Mayence, d'où Tarchevêque et presque tout le clergé s'étaient précipitamment enfuis, a il mit le comble à ses forfaits par des actes d'une férocité inouïe. » Après avoir contraint les bourgeois à prêter serment à la France, il exigea d'eux une rançon de douze mille florins, et du clergé, cent mille. Comme on ne lui apportait pas assez vite l'argent, il ordonna le pillage des églises, et livra aux flammes le château de la résidence électorale, le château de Saint-Martin, les admirables églises de Saint-Alban,de Saint-Victor, de Sainte-Croix, la Chartreuse et toutes les maisons des chanoines. Les navires chargés de vin et de blé furent « sacrifiés à Vulcain. » « L'air retentissait des cris lamentables des marins, de leurs femmes, de leurs enfants qui assistaient à la destruction de ces vaisseaux que plusieurs d'entre eux avaient payés bien cher, et qui les faisaient vivre. On avait allumé dans la ville un si effroyable brasier^, les soldats s'y livraient àde telles abominations les femmes elles enfants y étaient l'objet de si ignobles traitements, que beaucoup, eu cette fatale journée, moururent de frayeur; d'autres devinrent fous furieux. »
« C'était là vraiment un incendie princier, et ce repaire damné
• Voigt, t. 1, p. ;]3G.
* * Relation de Mayence, voy. plus haut, p. 716, note 2.
ALBERT DE BRANDEBOURG SE SÉPARE DE LA FRANGE. lo52. 74J
de prêtres l'avait bien mérité M » Ce sont les propres expressions de ce monstre.
Il eût voulu mettre le feu au dôme et le voir sauter en l'air; mais, à la prière du comte palatin Richard, il l'épargna 2.
De Mayence, il marcha sur Trêves ; il mourait d'envie, disait-il, « de donner une amui^ante récréation aux prêtres dépouillés, s'il s'en trouvait encore dans les demeures ruinées de l'idolâtrie. ».
Le conseil lui apporta, le 20 août, les clefs de la ville. Les abbayes, les couvents, les maisons de prêtres furent « épluchés jusqu'au dernier liard. » Le couvent de Saint-Maximin, la prévôté de Saint- Paul, le château de Saarburg, aux environs de la ville, Pfalzel, Echternach furent livrés aux flammes 3.
Tandis qu'il était à Trêves, il écrivit, le 4 septembre, à l'Électeur palatin et aux ducs de Bavière et de Wurtemberg qui lui avaient demandé de respecter l'armistice de Passau, « qu'il ne pouvait rien faire sans les ordres de son maître Henri IL » Il leur reprocha leur ingratitude. Pendant des années, les princes alliés avaient sollicité l'appui du roi de France, et maintenant ils abandonnaient ce bon roi, qui les avait aidés si généreusement et si fidèlement jusqu'à ce jour. Du reste, il ne les craignait point ; s'ils attaquaient et saccageaient ses principautés d'Anspach et de Bayreuth, avec l'aide de la couronne de France, il saurait bien les rembourser de même monnaie. « Là où l'on nous brûlera une maison, un village, une ville, nous en brûlerons six ; non, six serait trop peu, nous en brûlerons vingt, pour soutenir la gageure. » Les princes devaient protection à ses sujets ; s'ils ne prenaient leur défense, ils le contraindraient à marcher contre eux,« car celui qui fait le dommage nous est tout aussi cher que celui qui le regarde faire *. »
Laissant à Trêves douze compagnies de soldats, il se jeta, le 5 septembre, dans le duché de Luxembourg et incendia Wasser-
* • Relation de Mayence, voy. plus haut, p. 716, note 2. Relation d'un témoin oculaire, voy. Chroniken der deutschen Städte, t. XVllI (Leipsick, 1882), p. 122- 126. «Tanla rabieiu arcemepiscopalem etecclesias des3eviit,utHunnicambarbariem aequarit, » dit Latomus, p. 561. Voy. Grotefed, Quellen zur Frankfurter Geschiclite, t. II, p. 464. « Après tant d'horreurs, un cri lamentable a été entendu à Castel sur la rive du Rhin. et il y a eu des pleurs et des gémissements. »
- D'après une autre version, à la prière du prédicant de la cathédrale Jean Wild ; voy. Brüder, Die Klöster der Büsxerinnen bei Weisenau, » etc. (édicté séparément et tiré de V Archiv des histor. Vereins für das Grossherzogthun Hessen, t. XV, cahier I, p. 27.
^ « En un mot, le margrave fit à Trêves ce qu'il avait fait à Mayence, car il a pillé et brûlé les trois couvents de la ville, saccagé toutes les églises et abbayes et ordonné aux bourgeois d'assaillir les maisons de prêtres, les menaçant, en cas de refus, d'y faire mettre le feu. » Grotefen», Quellen zur Frankfurter Geschichte, t. Il, p. 466.
' Voy. V. Druffel, t. Il, p. 752-753. — Voy, Voigt, Albrecht Alcibiades, t. I, p. 341-342.
744 l'empereur DEVANT METZ. 15S2.
billicli, Grevenmachern, Remich, Königsmachern et Kettenhofen. Peu à peu son armée s'était accrue. Il avait maintenant sous ses ordres soixante-deux compagnies de fantassins et plusd'un milliorde cavaliers. Il résolut d'attendre aux environs de Pont-à-Mousson les nouvelles propositions d'Henri II, au service personnel duquel il voulait entrer. Il avait demandé au roi de payer la solde de ses troupes et de lui garantir une forte indemnité, dans le cas où ses ennemis s'empareraient de ses principautés. Le roi lui fit répondre par le comte Frédéric de Gastell qu'il avait entendu avec joie vanter les vertus et la bravoure dont le margrave avait fait preuve en défendant la liberté germanique, et qu'il était très disposé à le prendre à son service, à la condition, toutefois, qu'il lui épargnât de trop grandes dépenses, car il voulait rester en état de continuer la guerre contre l'Empereur pendant un certain nombre d'années. Bien qu'il fût persuadé qu'Albert pût tirer de l'évèché de Trêves, de l'Alsace et autres pays de quoi suffire amplement à l'entretien de son armée, cependant il consentait à lui donner, outre un traitement mensuel et un présent d'honneur de cent mille couronnes, quatre cent mille florins pendant deux mois, pour attaquer les Flandres impériales. Albert devait se contenter de ce qui lui était offert et songer au grand profit que l'alliance française lui avait déjà procuré, car « toutes les contributions qu'il avait exigées avaient toujours été réclamées au nom du roi ! » Mais le margrave voulait plus encore, et s'irrita du refus d'Henri de le dédommager d'avance de la perte de ses principautés ; les négociations se rompirent. Bientôt s'élevèrent de mutuelles récriminations. Le roi parvint à exciter contre Albert les ressentiments do ses propres soldats et, par l'entremise des comtes du Rhin, détacha de lui ses généraux. Comme l'écrivait Albert, Henri n'eût pas été fâché de le voir un beau jour assommé par les siens, afin de pouvoir prendra le commandement de son armée. Aussi donnait-il maintenant le conseil à tous les Allemands honnêtes de ne plus se fier à l'avenir à « la perfide France, non plus qu'à son déloyal souverain *. »
Une armée impériale campait, depuis le 19 octobre, aux portes de Metz.
Décidé à recouvrer le pays et les villes que la France, à la suite de la conjuration des princes, avait ravies à l'Empire, Charles, sortant du Tyrol, s'était dirigé vers la Souabe. Son armée, forte do dix
' Pour plus de détails, voy. Voigt, Albrecht Alcibiades, t. I, p. 343-361.
l'empereur devant METZ. 1552. 745
raille cavaliers et de cent seize compagnies de fantassins, était tous les jours grossie par de nouveaux renforts.
Pendant son séjour à Augsbourg, où il rendit le gouvernement aux anciennes familles patriciennes, l'Empereur acheva de régler la situation de l'Électeur Jean-Frédéric. Avant de le réintégrer pleinement dans tous ses droits, Charles s'efforça d'obtenir de lui la promesse qu'il se soumettrait aux décisions du Concile ou de la Diète prochaine en matière de religion; mais l'Électeur n'y voulut jamais consentir. En revanche, il souscrivit de nouveau à ce qui avait été convenu avec Maurice au sujet du partage des pays saxons, et promit d'obtenir de ses fils la ratification de ce contrat. Il s'engagea de plus à ne plus former de ligue dont la religion fût le prétexte, et à laisser aux Catholiques le libre exercice de leur culte. L'Empereur le rendit aux siens, et lui donna par écrit l'assurance suivante : « Désormais nous n'entreprendrons rien au sujet de la religion contre Sa Grâce ou contre ses fils, dans le confiant espoir que le Dieu tout-puissant nous assistera, et que la scission religieuse prenant fin, nous serons tous heureusement ramenés à l'unité tant souhaitée par des mesures sages et pacifiques. » La conduite pleine de dignité de Jean Frédéric, pendant sa captivité, lui avait acquis les sympathies de beaucoup de ses anciens adversaires. 11 fut reçu dans ses états avec de grandes démonstrations de joie. Philippe de Hesse, lui aussi, était rentré chez lui (10 septembre 1552), mais il y avait été froidement accueilli; il se montra très affiigé de ce que, pendant son absence,« les fripons de paysans avaient détruit ses garennes ^)) Le temps de son ingérence dans les affaires politiques et religieuses de l'Empire était à jamais passé.
A Ulm, où Charles fit son entrée le3 septembre, le peuple fit éclater les transports de sa joie et rendit à Dieu ses actions de grâces, à la vue du libérateur si longtemps attendu. Plus de mille bourgeois demandèrent â entrer dans le « régiment d'Ulm, » commandé par Kurt de Bemelberg et destiné, pendant la guerre, à former la garde particulière de l'Empereur-. Charles remercia les habitants de la fidélité qu'ils lui avaient témoignée et, poursuivant sa route jusqu'en Alsace, félicita également le peuple de Strasbourg des preuves de dévouement qu'il en avait reçues. Retenu â Landau, puis à Diedenhofen, pendant plusieurs semaines, par une attaque de goutte, il arriva le 20 novembre au camp de Metz, décidé à reprendre aux Français cette importante ville frontière.
• C'est ce dont il se plaignit au juriste Jean Ulrich Zasins. Voy. Schmidt, Neuere Geschichte der Deutschen, t. I, p. 300.
* Zasius au roi Ferdinand, 13 septembre loo2, voy. v. Droffel, t. II, p. 759-760.
740 ALBERT DE BRANDEBOURG ENTRE AU SERVICE DE l'eMPEREUR.
« Mais comment la bénédiction de Dieu eût-elle pu descendre sur ses armes, » dit un écrivain contemporain, » puisque sous ses étendards se trouvait alors un monstre exécrable, chargé des malédictions de milliers d'hommes, de femmes, d'enfants innocents; d'un parjure qui avait trahi le monde entier * ?» En effet;, par l'entremise du duc d'Albe, l'Empereur s'était rapproché du féroce Albert de Brandebourg, et le margrave et ses hordes sauvages étaient entrés contre la France au service de Charles-Quint.
Rien n'a nui davantage au prestige de l'Empereur, pendant toute la durée de son règne, que cette fatale résolution.
Charles avait déclaré nuls et non avenus les traités auxquels les évêques de Bamberg et de Würztbourg avaient été contraints de se soumettre, les 19 et 21 mai ; il leur avait même interdit, sous peine d'encourir « sa disgrâce et son châtiment, » d'exécuter ces traités, signés « sous la pression impie de conspirateurs traîtres envers leur patrie et alliés des Français ^. » Mais, contraint par une dure nécessité, il crut devoir promettre au margrave que les traités « seraient exécutés sans restriction ni objection possibles 3. » Pour pallier sa conduite, il déclara, en présence de Dieu et sur son honneur, qu'elle lui était imposée par le malheur des temps et qu'il n'agissait ainsi que pour éviter de plus grands désastres, et non par aucun mauvais vouloir prémédité. » Le margrave, entouré de sa redoutable armée, à laquelle était venue se joindre celle de Volrad de Mansfeld, n'avait voulu entendre parler d'aucun accommodement; il avouait hautement l'intension d'envahir avec son nouvel allié, non seulement les deux évêchés, mais encore les états d'autres membres du Saint-Empire ; or, personne, en Allemagne, n'éta it en état de lui résister et Charles, engagé dans une guerre périlleuse avec la France ne pouvait rien pour conjurer le danger. Il eut peur de perdre sans retour les deux évêchés et de voir s'allumer en Allemagne « un elfroyablc et général incendie. » Il écrivit donc aux évêques, pour leur assurer qu'il ferait tout ce qu'il était humainement possible pour les tirer promptement de la triste situation qui leur était faite, et les dédommager amplement de maux auxquels ils devaient provisoirement se résoudre ^.
' Dépêche du licencié Conrad Emann, 1" janvier 1533, fascicule « Moguntina » tiié du legs Seckenberg.
* Voy. Gkopp, Whizhurg. Chronick, t. I, Doc. 4'» et 46.
^ liuiis Sachs composâtes vers satiriques suivants, faisant allusion à la double tète de l'Aigle impériale :
L'unn des têtos casse le tiailé,