‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 295 sur 572 · NOUVEAUX COMPLOTS DE MAURICE DE SAXE AVEC LA FRANCE · texte numérisé non relu

NOUVEAUX COMPLOTS DE MAURICE DE SAXE AVEC LA FRANCE

germanique ; » ils lui avaient exprimé leur vive gratitude pour le secours prêté à leur nation.

Parmi ces nobles amis, le plus considérable était Maurice de Saxe. Le jour même où il avait signé le traité de Passau, son insatiable ambition méditait une trahison nouvelle; il s'était rapproché de la France, et pendant qu'il combattait les Turcs en Hongrie, campagne entreprise contre son gré et qui lui fit, du reste, peu d'honneur, il proposait à Henri II, qu'il désigne en ses dépêches sous le nom de « l'ami Hildebrand, » une alliance plus étroite ; le roi lui répondit de manière à le satisfaire. « Nos affaires avec Hildebrand marchent à merveille, )) écrivait-il, le 30 octobre 1552, du camp de Raab, au Landgrave Guillaume de Hesse qui, lui aussi, en dépit du traité de PassaU; continuait à conspirer avec la France ; « nous avons reçu de lui un message si cordial que nous ne voudrions pas l'échanger contre une grosse somme d'argent. Nous ne doutons pas que Votre Grâce ne s'entende à diriger et à favoriser toutes les affaires qui pourraient nous être utiles des deux côtés K » Ayant reçu à Dresde la visite d'un délégué d'Henri II, Gaïus de Virail, il prit vis-à-vis de lui l'engagement de ne fournir aucun secours à l'Empereur contre le roi, et de faire tout ce qui dépendrait de lui pour envoyer à Henri autant de lansquenets qu'il en aurait besoin. Il ratifia le traité de Lochau, promettant de s'employer pour faire donner à Henri II le titre de vicaire du Saint Empire et, à la prochaine élection, s'il le désirait, la couronne impériale, à la condition, toutefois, que ses états seraient protégés et qu'on lui servirait une forte pension. De plus, si le roi, au printemps suivant, désirait lever en Allemagne une armée de quatre raille cavaliers et de douze raille lansquenets, il l'y aiderait volontiers, et paraîtrait à un moment déterminé, sur les rives du Rhin à la tête de cette armée, sous prétexte de surveiller de près son vieux cousin l'Électeur Jean Frédéric 2. A la même date, il était occupé en Turquie de vastes négociations : il espérait, avec l'aide du sultan, être élu roi de Hongrie et de Transylvanie. Soliman, dans l'espoir d'affaiblir à jamais la puissance et l'autorité de l'Empereur et de sa Maison, lui avait aussi proposé de l'aider à mettre sous son autorité plusieurs autres pays, et en premier lieu la Bohême et l'Autriche. Jobst Bustier d'Eilenbourg avait été chargé par Maurice de ces importants intérêts 3.

1 Voy. V. Druffel, t. II, p. 801. Voir les lettres relatives à ce sujet, p. 744, 754, 7G5.

»Voy. Ranke, t. V, p. 231-232. Pour la date, voir Barthold, Deutschland und die lîufjenollen, p. 118.

' Cornelius, Er/àidenaïf/ der Polilik vo7i Moritz, p. 278-280. Voy. v. DruffeU Herzog Hercules von Ferrara, Muuich, 1878, p. 12.

SITUATION GENERALE DE l'eMPIRE. 1553. 749

Tandis qu'il offrait la couronne impériale à la France et visait au renversement de la maison de Habsbourg et à la conquête des royaumes de Ferdinand, Maurice continuait à faire à l'Empereur et à son frère d'hypocrites protestations de dévouement feignant de vouloir se liguer avec l'un et l'autre ^. A ce moment, Charles, encore attaché à son dessein favori, insistait auprès des Électeurs pour qu'aussitôt après que Ferdinand aurait été couronné empereui', son fils, Philippe d'Espagne, fût élu roi des Romains. Cette ambition lui fut fatale. Ferdinand, voyant « la dignité royale ;) échapper à son fils Maximilien, chercha autour de lui le moyen d'anéantir le plan de son frère. Comme il était dans cette pensée, Maurice lui parut être l'homme le plus propre à servir ses desseins ; ainsi que son frère, il se laissa séduire par le traître. « La bienheureuse candeur» avec laquelle les princes de la maison de Habsbourg ajoutaient foi aux promesses des hommes n'était que trop célèbre en Allemagne, où ils passaient pour être « un peu naïfs, en employant le mot dans son sens le moins flatteur 2. »

Maurice, avant de mettre ses plans à exécution, voulut se servir de Ferdinand pour combattre Albert de Brandebourg, lequel menaçait toujours de le traiter « comme un Judas mérite de l'être, » et qu'il redoutait d'autant plus qu'il le savait d'intelligence avec Jean Frédéric.

« La noble nation allemande, » écrivait Melchior d'Ossa dans son Journal le 1^' janvier 1553, « est déchirée, dévastée, saccagée par des guerres intérieures. Les archevêchés de Trêves, de Mayence; lesévêchés de Spire, de Worms, d'Eichstädt ont été lamentablement dépouillés ; les admirables églises de Mayence, de Trêves et d'autres lieux, où tant de saints martyrs reposaient depuis des siècles, sont devenues la proie des flammes; l'ennemi de la foi chrétienne, le Turc, menace notre pays de sa fureur ; nous sommes en proie à l'horrible fléau de la peste; mais le pire de tout cela, c'est qu'il n'y a plus parmi nous ni loyauté ni honneur, et que les vices y prennent tous les jours plus d'empire 3. »

« L'année qui vient de s'écouler, » écrivait à cette même date un prêtre du pays rhénan, « a été la plus désastreuse dont les hommes aient gardé souvenance : la trahison, la guerre, l'incendie, le pillage, la cherté des vivres, la peste, toutes les calamités à la fois ont fondu sur nous. Notre situation est telle, parmi le peuple comme chez nos princes, qu'on pourrait croire nos maux sans remède. Mais

* Ferdinand à l'Empereur, i6 décembre loo2, voy. Lanz, t. III, p. o2ü-528.

* Dit Conrad Emann dans le texte cité plus haut, ^v. Langenn, Melchior von Ossa, p. 132.

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