NOUVEL (( INCENDIE PRINCIER » D ALBERT DE BRANDEBOURG-GULMBACH
ce que nous avons le plus à déplorer en cette funeste année, c'est sans doute l'entrée du monstre de Brandebourg au service de l'Empereur, c'est la confirmation par Sa Majesté Impériale des traités qu'elle-même avait repoussés. Malheureusement, c'est surtout le pauvre peuple qui devra expier ce malheur, car le margrave, comme ses actes précédents ne le font que trop prévoir, exercera de nouveau sa rage, et se déchaînera sur l'Allemagne comme le démon en personne suivi de sa horde féroce i. »
Le 8 janvier 1553, le margrave quitta le camp de Metz, l'Empereur l'ayant, à sa demande libéré de son service. Charles lui ayant demandé do faire quelques concessions aux évoques de Bamberg et de Würztbourg, qui venaient de protester solennellement devant la Chambre Impériale contre la violence qui leur était faite, il refusa de nouveau de se prêter à aucun arrangement, fermement résolu, disait-il, à humilier « l'orgueil de la prètraille, » et répétant que si les évêques refusaient d'exécuter les traités, il leur ferait la guerre aussi longtemps qu'il leur resterait unpaysan-. Ferdinand, craignant qu'il ne se réconciliât avec Henri II ou n'excitât parmi le peuple une révolte qui, dans l'étant d'agitation et de mécontentement où étaient les esprits, eût été encore plus sauvage que ne l'avait été la guerre des paysans en 1525, supplia son frère de tout sacrifier à l'intérêt de la paix 3.
Sur la proposition de l'Empereur, les évêques et Albert se rendirent à Heidelberg au mois de mars. L'Électeur palatin, Albert de Bavière, Christophe de Wurtemberg et Guillaume de Clèves furent choisis pour arbitres de leur querelle. Les évêques ofirirent au margrave une indemnité de sept cent mille florins, à condition qu'il abandonnerait tout droit sur les vihes et bailliages que lui donnait le traité, et renoncerait à toute autre prétention sur leurs états. Les princes arbitres trouvaient cette proposition équitable; mais Albert la rejeta bien loin et persista à l'éclamer impérieusement l'exécution pure et simple des traités. « Peut-être, » dit-il en s'éloignant, « parviendraije à débarrasser une bonne fois l'Empire de la prètraille et de tous ceux qui la soutiennent; je leur susciterai partout des ennemis, et si 1 Empereur veut me barrer le chemin^
* ' Conrad Emann, dans le texte cité plus haut.
- Voy. Voigt, Alörev/d Alcibiades, t. il, p. i>,8-29.
^ luslructiou de Ferdiuaud, 3 mars 1543. Voy. Lanz, t. 111, p. 349-537.
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le feu sera vite allumé pour le perdre, car les Turcs et les Français sont encore là ^. »
A Heidelberg, les princes arbitres, s'unîssant aux Électeurs de Mayence et de Trêves, signèrent, le 29 mars, un contrat par lequel ils s'engageaient à défendre ensemble leur neutralité, contre tous ceux, sans exception, qui oseraient vouloir y porter atteinte.
Le 9 avril, l'Empereur, dans un message expédié de Bruxelles, invita les évêques et le margrave à suspendre leurs préparatifs de guerre et à s'abstenir de toute agression, leur annonçant que, le 16 mai, une nouvelle tentative de conciliation serait faite à Francfort, où Ferdinand et lui enverraient leurs commissaires.
Mais sans paraître se soucier de ses ordres, Albert « laissa prendre tous leurs ébats aux furies de la guerre. » Le 16 avril, il s'empara de Bamberg, qu'il rançonna et saccagea, et contraignit plusieurs riches bourgeois à lui payer une indemnité de vingt mille florins. Au palais épiscopal, dans les habitations des prêtres, tout fut pillé, détruit, livré aux flammes. Dans l'évêché, beaucoup de châteaux, et même des villages entiers, furent la proie de l'incendie. Le château du noble seigneur de Bamberg, Nicolas d'Egiofstein, qui s'était rendu à grâce et merci, fut brûlé, et Albert eut la cruauté de faire pendre dans le jardin du château quarante paysans qui s'y étaient réfugiés avec leur vieux curé. La mère et la femme d'Egiofstein furent jetées en prison. Dans tout l'évêché, deux bailliages seulement furent épargnés.
« Plus encore que dans le pays de Bamberg, le pauvre peuple sans défense de l'évêché de Würztbourg fut visité par l'incendie, le meurtre, le pillage. » Dix-sept villes, trentre-quatre couvents, six châteaux, environ deux cent cinquante villages furent saccagés, puis livrés aux flammes. Un paysan ayant supplié le margrave de laisser la vie à l'un de ses trois fils, Albert lui demanda le jael il préférait; le paysan le lui ayant désigné, Albert fit d'abord égorger l'enfant; puis ce fut le tour des deux autres et enfin du père. A Schweinfurt, oîi le margrave entra sans résistance le 22 mai, le butin fut immense, car beaucoup de villes et de bourgades du voisinage y avaient envoyé tout ce qu'elles avaient de précieux, dans l'espoir que la ville serait épargnée. L'évêque de Fulda y avait l'ait cacher la plus grande partie de l'orfèvrerie des églises, reliques enchâssées dans l'or et les pierreries, vases sacrés, et nombre de richesses artistiques. Le margrave et ses gens de guerre firent main basse sur tous ces trésors.
'* Dépêche du docteur Balthasar Reiss, présent à Heidelberg. Recueil des documents publiés à Spire et intitulés« Bündnisse und Reiujionshandlungen, » fol. 14.