‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 303 sur 572 · MÉLANCHTHON SUR LE POUVOIR ECCLESIASTIQUE DES GOUVERNANTS · texte numérisé non relu

MÉLANCHTHON SUR LE POUVOIR ECCLESIASTIQUE DES GOUVERNANTS

regretter au peuple, auquel la nouvelle doctrine avait été imposée, le bon vieux temps catholique.

<( On entendait constamment répéter parmi les Protestants, « écrit Paul Asplie, docteur et théologien hessois : « lorsque nous étions papistes, que nous avions encore la messe, quand nous allions en pèlerinage et invoquions les chers saints, nous avions assez pour vivre; maintenant nous ne faisons plus rien de tout cela, et tout nous échappe à la fois ; nous sommes tombés trè-s bas, tout nous fait défaut depuis qu'on a prêché l'Évangile parmi nous. Et que nous a-t-il apporté de bon ? Des émeutes et des brisements d'images ^. » « La plus grande partie de la population, )) disait avec l'accent de la plus vive douleur le chapelain de la cour d'Amberg, Jérôme Rauscher (1552), « tourne de nouveau les yeux vers le papisme impie. On entend les gens rabâcher continuellement avec force soupirs : Hélas ! depuis que la nouvelle doctrine nous a été annoncée, rien ne nous réussit ! Le monde, au lieu d'être meilleur, est devenu pire. » Thomas Rörer, pasteur luthérien à Rothenberg, se plaignait, en 1555, de la stupidité de la population, qui accusait la nouvelle doctrine de tous les malheurs qui survenaient. Christophe Marstaller rapporte également les plaintes des gens du peuple : « Ils disent sans cesse : « Depuis que la doctrine luthérienne nous a été annoncée et que le nouvel Évangile a été prêché, nous n'avons éprouvé que calamité sur calamité ; nulle étoile n'a lui pour nous. Nous avons été visités par la guerre, la peste, la cherté des vivres, les mauvaises récoltes; toujours un malheur a suivi l'autre '^. » Quelques années plus tard, le prédicant Georges Steinhart d'Otterndorf se plaint d'entendre répéter partout: « Qui nous débarrassera de la nouvelle doctrine ? Sous le papisme, les choses allaient passablement; nous avions du moins un peu de bon temps^ de bien-être; mais depuis l'Évangile, plus de prairies, plus de fourrages, plus de pluie bienfaisante, plus de bonheur, debénédiction^. »

Mélanchthon s'était élevé le premier avec plus de force qu'aucun de ceux de son parti contre les princes et les autorités des villes qui, ayant pris en main le gouvernement de l'Église, réglaient selon leur caprice les intérêts spirituels, et n'avaient aucun soin des paroisses, aucun zèle pour le relèvement des mœurs chrétiennes. « Les villes d'Empire,)) écrivait-il,« ne se soucient nullement de religion ; elles ne songent qu'à dominer, et n'ont qu'un but : s'affranchir du joug des évoques. Les princes ne se soucient point des questions reli-

> Auslegung des Propheten Daniel (Pforzheim, 1560), t. II, p. 42.

* Voy. ces passages dans Dôllingur, lie/ormallon, t. II, p. 308-313, 316-318.

» Eva7i;jelisturium {Le\pzick, 1588), fol. 49.

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