‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 304 sur 572 · MÉLANCHTHON SUR LE POUVOIR ECCLESIAST. DES GOUVERNANTS · texte numérisé non relu

MÉLANCHTHON SUR LE POUVOIR ECCLESIAST. DES GOUVERNANTS

gieuses, une doctrine leur est aussi indifférente que l'autre. Sous prétexte d'Évangile, ils dépouillent les paroisses, et ne sont passionnés que pour leurs jeux, leurs maîtresses, leurs plaisirs. » « La conduite des princes scandalise étrangement les communautés chrétiennes ; ils dépouillent les églises, s'emparent de leurs revenus, tandis qu'ils se font les esclaves de leurs passions avides. » « Quelle situation laisserions-nous à la postérité, si la juridiction des évoques venait à être supprimée ? Quand bien même il serait permis d'abolir les règlements ecclésiastiques du passé, une telle mesure serait bien périlleuse. Quelle situation sera faite aux communautés chrétiennes quand les anciens usages et les vieilles coutumes auront été abolis, et qu'il n'y aura plus de supérieurs spirituels bien déterminés^? »

Mélanchthon assistait maintenant à la réalisation de ses trop justes appréhensions, et tout ce dont il était témoin l'aflligeait à un tel degré que bien souvent, dans ses lettres conlidentielles, nous le voyons soupirer ardemment après la mort. C'était lui, cependant, qui le premier, au colloque religieux assemblé au mois de mai 1554 à Naumbourg par les soins de l'Électeur Auguste de Saxe, avait déclaré non seulement, comme Luther l'avait longtemps soutenu, que le transfert de l'autorité ecclésiastique au pouvoir civil était un mal nécessaire, mais encore qu'il était de commandement divin. Aux évêques, avait-il écrit dans un mémoire plus tard approuvé par tous les docteurs luthériens, il était impossible d'accorder l'ordination et la juridiction que de très puissants potentats réclamaient avec eux et pour eux, car les évêques étaient les persécuteurs de l'Évangile. Les portes de l'Église étaient les portes des princes, selon le Psalmiste ; les souverains temporels, selon Isaïe, étaient les pères nourriciers des églises ; c'était à eux de veiller à la pureté de la foi comme à la discipline chrétienne, et cette haute mission leur appartenait par excellence. Le synode de Naumbourg était animé du même esprit qui, deux ans plus tard, inspirait celui de Greifswalde, alors qu'il envoyait une adresse au seigneur du pays pour le supplier « de vouloir bien être et demeurer toujours le chef souverain, après le Christ, de l'Église et du clergé. »

Dans une instruction publiée à la même date, Mélanchthon et les siens avaient fait un devoir aux prédicants de flétrir en chaire tout ce qui s'opposerait à la Confession d'Augsbourg, « nommément le paganisme, le mahométisme, les erreurs papistes, Servet, les Anabaptistes et autres sectaires ; » il avait confié à l'autorité temporelle le soin de veiller attentivement à ce que rien ne s'imprimât ni

♦ Voy. plus haut, p. 195-196, 198,531-532.

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