DISSENSIONS ENTRE LES DOCTEURS PROTESTANTS
ne se vendît sans la permission de personnes compétentes, chargées
par le prince ou le conseil de censurer toutes les productions de la
presse *.
L'Instruction de Mélanclithon avaitpleinement satisfait les princes protestants du synode, qui n'étaient nullement disposés à restituer aux évêques la plus mince parcelle de l'autorité qu'ils avaient usurpée, et tout au contraire, pendant la Diète qui allait s'ouvrir conformément aux décisions de Passau, se proposaient défaire légalement reconnaître leurs églises nationales avec tous les droits qu'ils s'étaient attribués sur le gouvernement intérieur et extérieur de l'Église et sur les biens du clergé.
Les princes désiraient aussi exercer droit de censure sur tout ce qui s'imprimait et se vendait dans les librairies, et cela non seulement lorsqu'il s'agissait de combattre « les erreurs du Pape, de Mahomet ou des Anabaptistes, n mis par Mélanclithon sur le même rang, mais encore et surtout pour surveiller les théologiens de la Confession d'Augsbourg. « Les querelles et dissentiments des docleurs luthériens, « écrivait Christophe de Wurtemberg à Philippe de Hesse le 30 juin 1555, « sont parmi nous de perpétuelles causes de troubles, et bouleversent l'Église et la société. 11 est indispensable que les princes de ladite Confession prescrivent à leurs théologiens et à leurs Universités, sous peine de châtiments sévères, d'avoir, à l'avenir, à se garder de toute agression, soit contre les leurs, soit contre les docteurs placés sous la juridiction d'un autre prince. Il faut obtenir d'eux la promesse de n'injurier plus personne, à quelque classe qu'il appartienne, et de ne publier contre leurs adversaires ni pamphlets, ni écrits injurieux, s'abstenant aussi dans leurs prêches de tout propos blessant. Défense doit être faite aux théologiens de publier de leur propre mouvement la réfutation des doctrines qui leur paraîtront erronées. Tous les écrits de controverse devront être envoyés au gouvernement du docteur qu'il s'agira de réfuter, et ce sera à ce gouvernement, assisté du conseil des pouvoirs voisins, à décider si l'écrit peut oui ou non paraître 2.»
Ainsi les nouveaux théologiens tournaient déjà contre eux les armes forgées par Luther, et leurs églises étaient déchirées par les dissensions les plus violentes. « Vois tous ces docteurs qui combattent contre nous dans notre propre sein, » écrivait Mélanclithon à Schnepf; « vois comme du sang des Titans de nouveaux
' Corp. Reform., t. VIII, p. 284, 291. Voy. Pastor, Reunionsbestrebungen, p. 457-458; sur la fausse interprétation des passages de la Bible, voyez C.-A. Mbnzel, t. Il, p. 254.
* Neudeckeh, Neue Beiträge, p. 100-101.