‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 306 sur 572 · DISSENSIONS ENTRE LES NOUVEAUX THEOLOGIENS · texte numérisé non relu

DISSENSIONS ENTRE LES NOUVEAUX THEOLOGIENS

ennemis surgissent tous les jours ! Je voudrais quelquefois quitter ce pays et même cette vie, pour me dérober à la rage de ces démons i. » Flacius Illyricus tonnait contre Mélanchtlion, qu'il appelait« un tison d'enfer transformé en papiste; » et pourtant Luther avait dit de ce même Flacius « qu'après sa mort l'espérance des siens, un moment abattue, viendrait s'appuyer sur lui ■^. » Oslander écrivait : « Je suis persuadé que Mélanchthon et tous ceux de son parti ne sont au fond que les âmes damnées de Satan ; depuis les temps apostoliques, il n'a pas existé d'hommes plus dangereux dans l'Église ^. »

Le margrave Albert de Brandebourg qui, révolté des querelles des prédicants entre eux, avait, en grande partie pour cette raison, perdu complètement la foi, écrivait au duc de Prusse: « On connaît, depuis longtemps la haine jalouse qui sépare lesdocteurs de Wittemberg de ceux de Magdebourg ou de Leipsick. Les prédicants se calomnient, s'injurient et se battent entre eux plus encore qu'avec les papistes. Chaque parti veut tout tirer à soi ^. » « Que sortira-t-il de tant de querelles? » se demandait le luthérien Melchior d'Ossa; « à quelle foi s'attacheront les pauvres, les simples, et comment se préserveront-ils de l'erreur? Dans quelles écoles les gens pieux, honorables, craignant Dieu, devront-ils envo >er leurs enfants, puisque chaque prédicant exige que ses doctrines soient enseignées dans les écoles et les églises où il est maître, et veut que l'autorité civile l'aide à imposer ses convictions personnelles ? Que sont la guerre, les émeutes et toutes les calamités de ce monde auprès de pareilles divisions? Car nulle aversion, nulle haine n'est plus violente que la haine des sectaires ; on a beau dissimuler les divergences d'opinions, une déiiance amère en est lefruit^. »

« Tout est bouleversé parmi nous, la religion, les mœurs, le cora-

' 10 novembre 1553. Voy. Corp. Reform., t. VIII, p. 171.

* Preger, t. I, p. 33.

' Lettre à H. Bezold, 21 février 1531, voy. les Epistotâs hist. eccl., t. If, p. 81. Yoy. C. Schmidt, Mélanchthon, p. 537-358.

* 21 septembre 1331, voy. Voigt, Alhrecht Alcibiades, t. I, p. 232.

* V. Lan GENN, i¥eic/iio/" von Ossa, p. 153-156-193. Sur la dépravation des mœurs dans les états restés catholiques, voyez notre quatrième volume, p. 96, 117. Les rapports des légats, sources assurément peu suspectes, donnent à cette date un triste aperçu de Tétat de l'Eglise. Nous avons pu apprécier souvent dans le cours de cet ouvrage ce que valaient la plupart des évêques. A propos des ecclésiastiques nobles, le nonce Lippomano, évéque de Vérone, écrivait à Rome le 8 août 1553, eu citant les propres paroles de Ferdinand : « Vivono per la maggior parte scandalosissamente, non essendo in loro altro che un poco di nobiltà congiunta perô con gran superbia, lusso et crapula, avaritia et carnalità senza alcuna dottrina et alcun splendor di virtù, il che è principal fomento dell' heresia, in questa provincia. » * ÂIaurenbrecher, Kari V und die deutschen Protestanten appendice 179 ' et suiv.

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