LETTRE DE L EMPEREUR AU SUJET DE LA DIETE D AUGSBOURG
merce, la discipline, la prospérité publique, la paix des familles. Aussi tout le monde, le cœur oppressé de graves soucis, tourne ses regards vers Augsbourg où la Diète de la paix va s'ouvrir. Mais on se demande avec angoisse; « Quelle sera cette paix *? »
Par suite de l'absence et de la maladie de l'Empereur, à cause aussi des troubles qui se produisirent, la Diète prescrite à Passau fut ajournée d'un mois à l'autre, et ce ne fut qu'avec la plus grande difficulté qu'elle put enfin se réunir. Au mois de février, l'Empereur chargea son chancelier ßöcklin de faire savoir aux six Électeurs « que, regardant la Diète comme l'unique moyen de remédier aux maux de l'Empire, il comptait arriver à Augsbourg en avril pour la présider en personne, décidé à tout faire pour le maintien de la paix et le bonheur de ses peuples. Les démarches de Böcklin auprès d'eux n'eurent aucun résultat 2. Enjuin,Charlessupplia Ferdinand de presser le plus qu'il le pourrait l'ouverture de la Diète. Lui-même, gravement malade, menacé de nouveau par la France dans les Flandres, se voyait forcé de renoncer à venir en Allemagne, mais il donnait à son frère plein pouvoir de décider en dernier ressort sur toutes les questions débattues, lui enjoignant d'agir, non plus au nom de l'Empereur et comme son représentant, mais de par sa propre autorité et selon ses prérogatives de roi romain. « Et pour vous franchement expliquer mon intention, comme il convient entre frères, » lui écrivait-il, « je n'agis ainsi que par égard aux intérêts de la religion, sur laquelle j'ai toujours les scrupules que je vous ai exposés lors de notre dernière entrevue à Villach. Je ne doute pas quC;, de votre côté, en prince loyal et chrétien, vous ne vous gardiez soigneusement de concéder aucun point capable d'inquiéter votre conscience, d'ajouter à ce qui divise les chrétiens, et do mettre obstacle à cette réconciliation qu'avec la grâce et la miséricorde de Dieu nous devons toujours espérer dans l'avenir ^. »
Ferdinand accepta donc la difficile mission « d'empêcher dans l'Empire de plus graves désordres et d'y ramener la concorde. » 11 était d'autant plus désireux d'y réussir que la guerre avec les Turcs continuait, et que les complots ourdis par la France faisaient pressentir de nouvelles et prochaines luttes.
' ' Dépêche du licencié Emann, 3 février 155S. Emann, h la Diète d'Augsbourg, faisait partie de l'escorte du chancelier de Mayence et j'ai eu sous les yeux ciuq de ses lettres dans le fascicule « Muyuntina », faisant partie du legs Scuckeuberg.
» BUCHQLTZ t. Vil, p. 16ü.
' Lanz, t. 111, p. ö-'2-t)"24.
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La Diète était annoncée pour le 13 novembre 1554; mais, vers la fin de décembre, lorsque Ferdinand fit son entrée à Augsbourg, personne n'était encore arrivé. Le roi, par de pressants messages, suppliait les retardataires de se hâter: « J'ai moi-même quitté mes états avec grande difficulté et péril, » leur écrivait-il ; « je suis venu à Augsbourg pour chercher avec vous les remèdes les plus capables de guérir les maux de l'Allemagne, et prendre les mesures indispensables à sa sécurité, mais je ne puis rien sans votre concours. » « La présence personnelle des princes à la Diète, » disait Zasius, délégué de Ferdinand, à l'Électeur de Mayence, « est plus nécessaire qu'elle ne l'a été depuis un siècle. D'étranges événements sont venus à la connaissance du roi; il ne peut en conférer par écrit ni par l'entremise d'ambassadeurs; s'il survient des troubles, des révoltes, le roi n'en sera responsable ni devant Dieu, ni devant l'Empire 1. »
En dehors du cardinal évêque d'Augsbourg Otto, trois évéques et quelques Abbés seulement répondirent à l'appel de Ferdinand. Parmi les princes temporels, les ducs de Bavière, de Wurtemberg et de Savoie et les margraves de Bade assistèrent aux séances ; tous les autres se firent représenter. La Diète s'ouvrit le 5 février 1555. Ferdinand commença par exposer à l'assemblée la situation générale de l'Empire et les principaux points sur lesquels la discussion devait porter 2.
« Quant à l'objet le plus élevé et le plus important de nos^ délibérations, » dit-il « c'est-à-dire la sainte foi chrétienne, personne de nous n'ignore les angoisses, les maux, les calamités de tout genre qu'a fait naître la scission religieuse qui s'est produite ; nos funestes divisions ont été la source de maux innombrables, de la perte des corps et des àmes.jTout chrétien doit donc examiner devant Dieu combien il est à déplorer que ceux qu'un même baptême a rendus frères, ceux qui ont même foi, même langue, même nationalité, même souverain et que, jusqu'ici, la religion transmise par leurs pères à travers tant de siècles et de générations avait si étroitement unis, soient maintenant séparés. Ce qu'il y a de plus grave, c'est le progrès du mal, car on ne s'en tient plus à une ou deux sectes ; de tous côtés, il en surgit de nouvelles que chacun combat ou défend selon son sentiment particulier, à la grande injure de Dieu et de sa sainte parole. Le lien de la charité chrétienne est rompu, et le pauvre peuple
» ßüCHOLTZ, t. VII, p. 169.
* Les « Beiträge zur Reichsgechichte » de v. Droffel, qu'où nous annonce comme devant prochainement paraître, répandront bientôt une vive lumière sur tout ce qui concerne la Diète d'Augsbourg de 1355 ,
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ignorant est tellement troublé dans sa conscience que bientôt il ne saura plus ce qu'il doit croire et professer. Mais ce qui est plus grave que tout le reste, c'est que beaucoup de nos frères, élevés dans cette erreur, ne croient plus à rien, rainent une vie grossière et impie, et ne se soucient plus ni de l'honneur ni de la conscience. Cet état de choses est surtout affreux pour la pauvre jeunesse. Certes, c'est chose trop lamentable de voir cette noble nation qui, de temps immémorial, a donné les plus hauts exemples de discipline chrétienne et de crainte de Dieu, et pour cette raison même a toujours été heureuse et prospère, tombée maintenant en des mœurs si grossières que les payens du temps passé n'ont point été aussi loin et que de nos jours encore les Turcs et les Infidèles ne sauraient les surpasser. »La nécessité de remédier à un si grand mal est d'autant plus évidente que le peuple allemand, autrefois à l'abri de toute attaque grâce à sa puissance et à sa valeur, se trouve exposé aujourd'hui au plus extrême péril, et, si Dieu ne le protège miraculeusement, marche droit à sa ruine. »
Jusque-là, poursuivit Ferdinand, l'Empereur, le roi et les États avaient toujours regardé un Concile général comme le meilleur et l'unique moyen de rétablir l'unité de la foi, car la question touchait à l'ensemble des vérités révélées et intéressait également toutes les nations chrétiennes. Le Concile avait été plus d'une fois convoqué, plus d'une fois commencé ; mais personne n'ignorait quels obstacles en avaient retardé la continuation, et comment jusque-là aucun bon résultat n'avait pu en être obtenu. Si les États étaient toujours d'avis que du Concile seul pouvait venir le salut, ce qu'il fallait demander instamment à Dieu, le roi, une fois encore, ferait tous ses efforts pour hâter sa réouverture et, dansée cas, les États n'auraient autre chose à faire qu'à l'aider de tout leur pouvoir à surmonter toutes les difficultés. Si, au contraire, ils jugeaient qu'à cause des graves événements qui se préparaient^ et tandis que les souverains chrétiens étaient en guerre les uns avec les autres, il était prudent de remettre le Concile à des temps meilleurs, il chercherait avec eux quelles mesures modérées, équitables et chrétiennes pourraient rendre la sécurité et la paix à tous les sujets du Saint Empire, pour la plus grande gloire de Dieu et pour la paix des consciences, jusqu'à ce que le Concile pût reprendre ses séances. Au synode national, que plusieurs regardaient comme pouvant avoir les plus heureux résultats, il lui était impossible de souscrire, parce que le nom et la forme d'une telle assemblée n'étaient pas suffisamment définis et avaient été inconnus jusque-là parmi les clircticns. A la vérité, les conférences religieuses tentées dans un but de conciliation avaient
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toujours porté peu de fruits; mais cependant elles avaient servi à prouver que, du moins dans les articles essentiels, il n'était pas impossible de s'entendre pourvu que les deux partis fissent preuve d'un zèle vraiment chrétien, et que l'on mît de côté l'obstination et les rancunes. Au moyen de ces sortes de colloques, l'Empereur n'avait encore réussi à satisfaire personne ; et pourtant il voulait une dernière fois essayer de ce remède, si les États le trouvaient bon et si, des deux côtés, on avait bonne et loyale intention *.
Ainsi, malgré les leçons de l'expérience, Ferdinand mettait encore son espoir dans ces funestes colloques religieux qui jusque-là n'a- I valent servi qu'à augmenter la confusion générale.
Le 7 mars, les débats s'ouvrirent. Les États décidèrent que simultanément, dans des comités séparés, on rechercherait les meilleures mesures à prendre pour revenir à l'unité, qu'on se prononcerait soit pour le Concile général, soit pour le concile national, soit enfin, pour une Diète d'Empire, et qu'on aviserait entre temps aux moyens de faire régner la tolérance et la paix parmi les membres du Saint Empire appartenant à des cultes différents.
Une décision prise par la majorité des princes protestants, pendant la Diète, eut une influence décisive sur la suite des discussions. Au lieu de se rendre à Augsbourg, Joachim de Brandebourg et Auguste de Saxe, le Landgrave de Hesse, les fils de l'Électeur défunt, Jean Frédéric de Saxe, et les princes de la Maison de Franconie-Brandebourg se réunirent à Naumbourg et y tinrent une sorte d'anti-Diète. L'Électeur Joachim, à Trente, avait fait acte d'entière soumission au Concile ; le Landgrave Philippe avait donné sa parole à l'Empereur qu'il se conformerait à l'Intérim; cependant;, tous deux se joignirent aux princes protestants et comme eux s'engagèrent, eux et leurs descendants, à rester inébranlablement attachés à la Confession d'Augsbourg et à prendre des mesures efiicaces pour que, dans leurs états, la doctrine luthérienne fût prèchée et enseignée et tout ce qui la contredisait défendu et aboli, rien ne devant être toléré qui lui fût contraire ou qui la pût modifier en quelque chose. Tous ensemble déclarèrent que, dans leurs états, ils entendaient établir « le culte et les cérémonies » de leur choix, sous leur propre responsabilité 2. Le 11 mars, ils mandèrent à Ferdinand
•Lehmann, p. 7-i2.
«.... Si ridussero a Naumburgee di la quasi da unaantidieta scrissero a S. M., » écmait le nonce Delfino au cardinal Caraffa. Voy. Ranke, Zur deutschen Geschichte, t. VI, note 2.
ä Voy. Lehman.v, p. 34-55. Joachim avait dit à ses représentants à^ Augsbourg que, pour arriver à l'union religieuse, il n'y avait point de meilleur moyen que