LES PROTESTANTS MENACENT DE RECOMMENCER LA GUERRE
conscience, et qu'il ne s'agissait que de propriétés et de revenus. « Les évêques qui voudront se faire luthériens, » leur disait-il, « ne devront-ils pas se trouver satisfaits, en ce qui concerne leur personne, d'être laissés entièrement libres d'obéir à leur conscience? Si leurs intentions soit droites, si la conscience, un zèle vraiment pur les déterminent seuls à changer de religion, à coup sûr ils se soucieront pendes biens de cette terre, se souvenant de cette parole de l'Évangile : Voici que nous avons tout abandonné pour vous suivre. « Zasius a usé d'une ironie très mordante, » mandaient les ambassadeurs de Saxe à leur Électeur *. Auguste partageait l'opinion de Zasius. « Moi et mes sujets, » porte son instruction à ses ambassadeurs, « nous pouvons accepter la réserve ecclésiastique sans que notre conscience en soit aucunement blessée, car il ne s'agit laque de biens temporels et non de questions de conscience. » « Du moment que l'archevêque, l'évêque ou le prélat qui désirera embrasser notre religion sera laissé libre de le faire, à condition de renoncer à son évêché et à ses bénéfices, nous le devons trouver raisonnable et juste, bien que ce soit faire une étrange injure aux protestants, à nos princes, comtes, gentilshommes, ainsi qu'à leurs Électeurs laïques enfants et descendants, que de leur fermer la porte des premiers honneurs, des plus hautes dignités; » « c'est-àdire des plus grandes richesses 2. »
« Les membres d'Empire publiaient les uns contre les autres les libelles les plus violents, et les esprits s'aigrissaient déplus en plus. » Les Protestants menaçaient ouvertement de recommencer la guerre, si on ne leur donnait pleine et entière satisfaction ^. Déjà le bruit de nouvelles levées d'hommes commençait à se répandre. Tantôt on parlait des projets du fils de Jean Frédéric de Saxe, tantôt de ceux d'Érich de Brunswick-Galenberg, tantôt des menaces du féroce Albert de Brandebourg qui parlait d'aller une seconde fois « rendre visite » aux évêques. Les ducs de Bavière et de Wurtemberg quittèrent Augsbourg.
Ferdinand, désespérant du bou succès de la Diète", rappela à l'Assemblée, dans les premiers jours d'août, qu'il était depuis dix-huit mois à Augsbourg sans que le moindre résultat eût été atteint; que l'absence des princes rendait impossible l'adoption définitive de mesures utiles et efficaces, et que la situation critique de ses pro-
* Ranke, l.V, p. 266, note 1.
ä Spieker, p. 293-294. Le Landgrave Philippe de Hesse, lui aussi, parut disposé à faire des concessions: voy. Wolf, Augsburger Religionsfriede,p. lSl-152, 160, note 2.
* Voy. les lettres du nonce Delfino, dans Maorenbrecher, Karl V, appendice 1Ü9 V 172 \