‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 312 sur 572 · DISCUSSIONS SUR LA TOLÉRANCE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

DISCUSSIONS SUR LA TOLÉRANCE RELIGIEUSE

gnant une doctrine opposée à la leur, de même il serait impossible aux Catholiques de souffrir des apostats dans leurs évêchés, prélatures et canonicats, d'autant que ces apostats ne manqueraient pas de dénigrer et d'attaquer en pleine chaire leur religion et leur culte ; une telle mesure ne pouvait qu'engendrer des haines et des querelles ; une résolution si peu sage ne porterait que des fruits amers; une paix reposant sur de semblables bases serait de peu de durée. Quant aux pouvoirs laïques, la liberté religieuse ne devait être concédée qu'à ceux qui relevaient directement de l'Empire. Pour les villes libres, dans lesquelles jusqu'à présenties deuxcultes avaient subsisté côte à côte, il était indispensable de bien stipuler dans les articles de la paix qu'à l'avenir Protestants et Catholiques devraient réciproquementse supporter, se respecter et faire preuvede mutuelle tolérance. Cette clause était indipensable au maintien de la concorde à l'intérieur des villes; d'ailleurs, elle était conforme à l'esprit d'équité et d'égalité qui devait régner entre concitoyens i.

Les membres catholiques appuyèrent la proposition royale; mais les Protestants ne voulurent rien retrancher de leurs exigences ; pourtant ils différaient d'avis sur plusieurs points.

Les villes protestantes repoussaient la tolérance que leur conseillait Ferdinand. « Elles ne pouvaient, » disaient-elles, «y découvrir cette équité, cette égalité qui devait être, selon le roi, la base de la paix religieuse. Aux princes d'Empire, on laissait toute liberté d'établir et de réformer, dans leurs états, l'une ou l'autre religion; aux villes libres, au contraire, cette liberté était si parcimonieusement accordée qu'on les obligeait à tolérer deux cultes à la fois, ce qui était absolument contraire à leur conscience. Si on leur imposait une pareille obligation, elles n'auraient à attendre que troubles, et querelles ; les communes seraient dans une agitation constante et retireraient peu de fruits de l'établissement de cette paix qu'on leur avait annoncée comme devant permettre à tous de vivre en bonne intelligence sans que la gloire de Dieu et les consciences chrétiennes soient aucunement blessées'^. »

Ainsi donc, v pour la gloire de Dieu et par obligation de conscience, )) l'exercicede la religion catholique fut interdit dans les villes libres; au reste Gremp,le délégué de Strasbourg, en donnait un motif très plausible; pendant qu'il était en route pour Augsbourg, il s'était rendu compte de l'état des esprits, et il expliquait au conseil que les prédicants souhaitaientavec d'autant plus d'ardeur la complète extermination du papisme que l'ancienne religion exerçait pour le mo-

' Lehmann, p. 32-3*5.

- Lehmann, p. 38.

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ment une action nuisible sur la jeunesse, qui semblait très attirée de ce côté *. » Le conseil de Strasbourg - conclut à l'abolition du Catholicisme.

Taudis que les villes protestantes se 'prononçaient contre la tolérance, les délégués des Électeurs et des princes protestants " prenaient un chemin difïerent pour arriver au même but. » Ces princes avaient opprimé l'Église Catholique dans leurs états, Délaissant à leurs sujets d'autre [alternative que l'exil ou l'apostasie; à plusieurs reprises, ils avaient déclaré que la persécution des Catholiques était un devoir de conscience. A Naunibourg, ils s'étaient réciproquement promis de ne rien soulï'rir chez eux qui pût en quoi que ce fût contredire la Confession d'Augsbourg, s'engageant à faire enseigner et prêcher la doctrine luthérienne et à proscrire tout ce qui lui ferait opposition. Après avoir « détruit chez eux tout vestige de Catholicisme, » leurs ambassadeurs demandaient que la liberté de culte fût laissée par les autorités aux sujets des deux religions et surtout que les pouvoirs catholiques, partout où ils avaient déjà accordé aux nouveaux croyants le libre exercice de leur culte, consentissent encore à ce que cette liberté lût sanctionnée par un décret d'Empire. Malgré tout [ce qui s'était passé depuis trente ans, ils avaient l'audace d'aftirmer que, dans leurs états, les GathoUques, ecclésiastiques ou laïques, seraient en toute sécurité et garderaient la possession indiscutée de leurs biens et revenus, pourvu que, par une égale loi, les autorités catholiques accordassent le même bienfait aux Protestants établis dans leurs territoires.

Comme les innovations religieuses étaient ordinairement inséparables de séditions et de troubles, les princes catholiques, et à leur tête Ferdmand, maintinrent d'autant plus leur droit que les Protestants, depuis nombre d'années, avaient toujours prétendu qu'il leur était impossible de tolérer deux cultes dans leurs états. Ils déclarèrent donc qu'ayant à veiller non seulement sur la foi de leurs sujets mais encore sur leur obéissance, ils ne pouvaient espérer l'obtenir si les Luthériens obtenaient gain de cause. « Le roi ne vous cédera pas, » répétait Zasius aux Protestants, « même si vous le mettiez à la torture. 11 vous laisse libres de vous comporter comme bon vous semble envers vos subordonnés, aussi bien dans le domaine de la foi que dans les alïaires civiles, mais il entend garder pour lui et les siens la même indépendance, d'autant plus (jue, dans plusieurs de ses principautés, il a juré, en prenant en main le gouvernement, de ne jamais soullrir qu'une autre religion

' HussiEiiuE, Uéi^eloppcnieiit, il, p. îli. 2 11 janvier ILi.'iö. LiussiEiiiii;, 11, |). 58.

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