‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 370 sur 572 · SITUATION DES PROTESTANTS V IS - A- V IS D ES (. ATHO L 1 QU ES · texte numérisé non relu

SITUATION DES PROTESTANTS V IS - A- V IS D ES (. ATHO L 1 QU ES

se fondre eu un tout vivant, homogène, ni devenir une unité organique. Au contraire, hostiles pour la plupart l'une à l'autre, les Eglises ne s'unirent jamais que pour résistera « l'Antéchrist maudit, au Pape de Rome et à sa cabale ».

On lit dans un opuscule publié en I008 : « Tous les chrétiens évangéliques, bien que séparés sur beaucoup de points, doivent s'unir h'aternellement et chrétiennement pour détester et maudire d'un commun accord et de tout leur cœur l'Antéchrist de Uome, ce fils de perdition, évitant et fuyant autant que possible, afin de n'être point souillés, le commerce des papistes, des serviteurs de l'Anteclirist et de l'idolâtrie. Us doivent agir ainsi par compassion chrétienne, selon les maximes de la divine parole, afin f[uo les papiste.--, éclairés sur le bourbier dans lequel ils croupissent, songent enfin à se convertir 1. » Presque généralement, on faisait un devoir aux Evangéliques de tenir pour très véritable le jugement porté dans cette même année par le synode général de Hcsse dans une « histruction Chrétienne » adresséeaux fidèles. Les papistes y étaient (jualifiés de blasphémateurs, d'idolâtres, de serviteurs de l'Antéchrist; non seulement on devait se garder de l'aire tenir un enfant sur les fonts baptismaux par un catholique, mais, selon le précepte de l'Apôtre, il fallaitéviter d'avoir aucun rapport avec « l'impie ». « Nous devons, » prescrivaient les surintendants, « fuir la compagnie des papistes, éviter do manger avec eux, et ne jamais les saluer quand nous les rencontrons sur notre route-. »

Une telle manière d'agir ne concordait guère avec cet article du traité d'Augsbourg : « Les querelles religieuses doivent cesser et faire place à la bonne intelligence entre chrétiens; en conséquence, des mesures pacifiqueset cordiales vontêtre adoptées. » «Dans toutes les conditions, » avait dit ce même article, «les chrétiens, malgré la différence de religion, doivent porter à leurs frères une véritable et cordiale affection, uns charité toute chrétienne, »

i\lais en réalité le duc Christophe de Wurtemberg exprimait mieux le véritable sentiment des princes protestants, le jour où il écrivait au Landgrave de Hesse « que,lors(iu'un prince chrétien (c'est-à-diro protestant], concluait une ligue politique avec un pouvoir catholiciue,

' Der abjütllsche Baaldienst der Papisten und die ernsthafti(jen Pßichten eims evawjitischen Christen, aus Gottes lieili'jein Worte durjestellt (sans indication de lieu, 1358).

- Voy. IIeppe, Generalsynoden, t. I, Recueil de documents, 3,10. — Voy. t. I, p. 33-34. Eu 15y3, le synode de Cassel décide « qu'il faut se tenir éloigné du baptême idolàtrique des papistes, et que les prédicants, dans leurs sermons, doivent avertir les fidèles de ne pas se prêter, comme parrains, aux abominations des baptômes catholiques, entachés d idolâtrie. Zeilsclirift fur hessische Geschichte und LandesKunde, t. 111, p. '6'li-ài6.

4 SITIATION DES PROTESTANTS YlS-A-VIS DES CATHOLIQUES.

il tentait maniresteineiitle Dieu tout-puissant, et qu'on était en droit de lui demander, comme autrefois le prophète Jéhu à Josapliat : Est-il permis de venir en aide à un impieet de f'raleniiscr avec ceux qui haïssent le Seigneur * ? »

Dans tous les paysallemands, la jeunesse protestante, dès l'époque de l'instruction religieuse, était imbue de préjugés haineux contre « les papistes impies ». Luther avait, Ie| premier, frayé cette voie en enseignant (]ue l'Eglise entière avait été assujettie au démon jusqu'à l'avènement de son Évangile ; qu'à la place de l'Église un repaire d'assassins avait étéétabli; que, pendant des siècles, le diable avait gouverné la Chrétienté à la place du Christ ; que le Pape s'était constitué le représentant de Satan sur la terre ; que les évêques étaient ses apôtres, les moines ses créatures, la messe la plus horrible abomination qui se pût concevoir, le Purgatoire un épouvantail inventé par le diable. Dans son grand catéchisme, il avait entassé les injures les plus sanglantes, les plus amèros contre tout ce qui lui déplaisait dans l'Église catholique. Il avait aflh'mé qu'aucun papiste ne reconnaissait Jésus-Christ pour le maitre des hommes, ni le .Saint-Esprit pour l'auteur de notre sanctification. « Autrelois, » avait-il répété, « nous appartenions au démon, comme les payens qui no savent rien de Dieu ni de son Christ. » Insistant sur l'absolue nécessité de la prière, il avait dit : « On a tellement enseigné au nom du diable que personne jusqu'à présent n'a l'ait attention à la qualité que doit avoir la prière; que Dieu exauce ou non, peu importe. » « Le pape de Rome est le chef suprême de tous les bandits ; il a accaparé les biens du monde entier, il les détient jusqu'à ce jour -. »

Fidèles à ces leçons, et défigurant sans scrupule renseignement constant du clergé catholique, les prédicants persuadaient aux enfants que les catholiques faisaient profession d'idolâtrie. Nous lisons dans le catéchisme du Mecklembourg: u Les papistes enseignent qu'il faut adorer non seulement Dieu, mais des honunes morts. » .\ la question : « Qu'est-ce que l'Antéchrist? » les enfants devaient répondre : « L'Antéchrist est l'ensemble de la papauté fondée par le diable ; il dénature la doctrine de Jc'sus-Cliiisl, adore les saints qui sont morts, interdit le mariage et certains aliments, et conduit droit à l'enfer tous ceux qui y adhèrent et (jui meurent dans l'impénilcnce''. »

' Satii.eii, t. IV, Doctiiiiiiils, 1», IGl-lOi.

» (IruKscr Culechisinus, SuinnUl. Werken, t. .W, p. 37-;lS, 7i, ItH-U'ii. — Vov. 1». DO, 1(»Ü, 110-111.

' JJiiK /ilfiiie Ci/r/ius DuctriiKic (In Malhicu Judi-x, calluVliisim' tin Mcrklcinl)mirtf tl'ajircs l'cdiliuii de IfiOii. ('.. M. \\'icclim;mri lunis a en (loniic- iiiic ('diliiiti lidrlc

Page 1