‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 371 sur 572 · SITUATION DKS PROTESTANTS V IS - A- VI S I) RS C A T H 0 LI QU K S · texte numérisé non relu

SITUATION DKS PROTESTANTS V IS - A- VI S I) RS C A T H 0 LI QU K S

« C'est un devoir d'inculquer de bonne heure à la jeunesse chrétienne, )) écrivait un prédicant, « que le papisme est une idolâtrie plus grossière que celle des payens et des Turcs. » « Les papistes insensés, » dit Luther dans son Catéchisme/« ont fait de Dieu un fétiche payen; à la place du Christ, ils adorent l'idole de Rome, l'exécrable Antéchrist ; ils vénèrent et croient divines toutes les ordures que leur pape laisse tomber. Qui ne serait pénétré d'horreur à la pensée qu'ils n'ont pour ainsi dire aucune estime pour les mérites de Jésus-Christ, qu'ils haïssent notre Rédempteur, qu'ils le raillent et s'imaginent prendre le ciel d'assaut par leurs prétendues bonnes œuvres? Depuis le commencement du monde, il n'a pas existé de plus grande idolâtrie, de pire abomination, de plus horrible blasphème que le papisme K »Le prédicant André Fabricius assurait que les affirmations suivantes faisaient partie du credo catholique. « Le Pape est à moitié Dieu, à moitié homme ; il a le pouvoir de commander aux anges et aux démons, de faire ou d'omettre tout ce qui lui plaît.» «Les prêtres papistes,;) ajoutait-il, « sont élevés dans la plus honteuse ignorance; ils ne savent pas un mot de la doctrine, ne croient ni en Dieu ni au diable, ni à la résurrection des morts, nia l'enfer, ni au ciel "^. »

« Le pauvre peuple est si bien endoctriné, » écrivait le docteur Harthélerai Kleindienst en 1500, « qu'il se persuade que nous autres Catholiques ou, comme on lui apprend à nous nommer, nous autres papistes, ne faisons plus d'état de Jésus-Christ; que nous adorons les saints comme des dieux et le Pape à l'égal du Tout-Puissant. Ils prétendent que nous nous imaginons forcer la porte du ciel par nos bonnes œuvres, que nous tenons la grâce de Dieu pour inutile, que nous ne croyons pas à la Sainte Ecriture, que nous n'avons point la véritable Bible et que, même lorsque nous l'avons, nous sommes incapables de l'entendre et que nous mettons notre confiance plutôt dans l'eau bénite que dans le sang de Jésus-Christ. Ils inventent, pour nous nuire, beaucoup d'autres [mensonges et abominations, car l'arme ordinaire des sectaires, c'est la calomnie; aussi y outils sans cesse recours pour abuser l'homme du peuple simple et

(Schwerin, I860), cliap. XXJI et XXXII. L'éditeur nous fait part de l'intime satisfaction qu'il éprouve à mettre de nouveau en circulation un livre qui, pendant plus d'un siècle, a fixé la « pure doctrine » dans les mémoires enfantines.

* Dans l'écrit déjà cité, p. 3, note i.

* Dans le ThealruiiiDiabol., p.,15ü-lol. Depuis quarante aus, le peuple était habitué à entendre juger ainsi « l'œuvre diabolique du papisme », et pourtant Fabricius se plaignait « des attaches étranges que le Catholicisme avait laissées dans les âmes

I protestantes, malgré l'éblouissante clarté de l'Evangile ». — « Nos gens, « disait-il, |«sont tellement noyés dans la vieille hypocrisie, que par un seul sermon on pourrait aisément les faire tous revenir au papisme. »

6 DISSENSIONS RNTIH-: L K S PROTESTANTS.

crédule. Je suis pénétré de douleur lorsque je le vois ainsi trompé et conduit en laisse. Selon moi, l'un des premiers devoirs que la charité nous impose et lo pins sûr moyen que nous ayons dï-tre agréables à Dieu et utilfs à nos frères, c'est d'avoir une profonde et chrétienne compassion pour ces pauvres égarés, de prier pour eux avec ferveur, en un mot de leur vouloir et de leur faire tout le bien en notre pouvoir. »

Mais pendant que le peuple allemand était excité à la haine et au mépris de l'ancienne reii.^iou par toutes sortes de mensonges et de calomnies, tant de sectes nouvelles, tant de nouveaux docteurs lui répétaient continuellement qu'ils représentaient seuls la véritable ortho'loxie, qu'il ne savait à quoi s'en tenir ni auquel entendre K

Des centaines de témoignages protestants viennent à l'appui de ce fait.

Aussi longtemps qu'il ne s'était agi que de renverser le culte établi, une cordiale entente avait semblé régner entre les chefs de la révolution religieuse. Ils s'étaient traités réciproquement de prophètes, d'évangélistes, se donnent les uns aux autres les noms d'Elie, d'Elisée, de Jean-Bapliste, de nouveaux saint Paul, Mais lorsque .vint le moment où, sur les ruines de l'ancienne Eglise, il falkit en édifier une nouvelle; lorsqu'il s'agit de préciser, de fixer exactement en quoi consistait la vraie religion, lesdocteursdevinrent ennemis, d'amis qu'ils étaient auparavant. Troublés par leurs perpétuelles discordes, théologiens et prédicanls semblèrent euxmêmes ne plus bien savoir ce qu'ils croyaient et, dans un croissant désaccord, se divisèrent en sectes toujours plus petites et plus nombreuses qui se renvoyaient réciproquement l'anallième. Ce qui rendait surtout les haines incurables, c'est que les nouveaux docteurs n'avaient aucun égard les uns pour les autres, et que chacun prêtait à son advei'saire les mobiles 1rs plus honteux. L'humilité, la charité chrétienne devenaient d'inirouvables vertus.

Camerarius , le célèbre philologue , le plus intime ami de Mélaneblhon, écrivait, cinq ans après la signature delà paix d'Augsbourg: ('C'est à peine si je conserve l'espoir <jue, parmi les querelles féroces et scandaleuses des partis^, l'Eglise puisse jamais recouvrer la paix et l'unité. » « La religion, la science, la discipline, la loyauté me scn;blent fatalement condanuiées à périr. L'Allemagne est menacée de la plus laïuenlable deslinée, moins p;\r ses ennemis du dehors (pie par ses jtropres enlanis. Ou'en diront les autres nations, ou plutôt (ju'en disent-elles déjà ? » « Je suis plongé dans la plus

• Kin recht catholiiich und cvanijelisch Ermanuiri un seine lieben Tcnisr/ien (IÖ6U.) On lit à la fin de cet opuscule : Gedruckt r« Dilli'/en. B. F'-. G\

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