‹ L'Allemagne et la réforme (volume 3)Chapitre 373 sur 572 · GEORG RS MAJO« RT SES ADVERSAIRES. H · texte numérisé non relu

GEORG RS MAJO« RT SES ADVERSAIRES. H

semble impossiMe de donner une idée de tant de querelles, de tant de mortelles inimitiés '. »

La chaire ne retentissait que du nom de Satan; on n'entretenait le peuple qu3 de lui; non seulement Satan était cause des hérésies, mais de la tempête, de la grêle, de la ruine des récoltes, des épidémies, des meurtres, de tous les accidents funestes : il avait tordu le cou à celui-là, ôté la raison à celui-ci; de sorte que le peuple croyait communément que ce n'était plus Dieu qui gouvernait le monde, mais le diable. Aussi lorsqu'Osiander mourut (1552), crut-il sans peine tous les contes qui se débitèrent à son sujet : Osiander expirant avait beuglé comme un taureau possédé ; lediable lui avait tordu le cou, puis avait rais son corps en lambeaux 2. Pour réfuter ces fables, le duc Albert ordonna l'autopsie du cadavre et fit publier dans tout le duché qu'il avait été trouvé intact ^. Néanmoins, pour le protéger des outrages de la populace, il fut obligé de le faire déterrer secrètement pour le faire déposer en un lieu connu de lui seul '*.

La mort d'Osiander ne rétablit point la paix. Le duc, par un édit de religion, maintint sa doctrine sur la justification et l'imposa à toutes les consciences. Ce même édit défendait les outrages et les anathèmes en chaire, mais iMörlin déclara le lendemain « que personne n'était obligé d'obéir, l'édit n'étant ni raisonnable ni humain et ayant été dicté par le diable; pour lui il était décidé à parler , «t prêcherait contre Oslander aussi longtemps qu'il pourrait ouvrir la bouche '^. A la suite de ce discours séditieux, Mörliu fut exilé et tous les adversaires d'Osiander expulsés de l'Université. La faculté de philosophie fut presque entièrement dissoute^'.

Pour le même motif qu'Osiander, et parce que la doctrine luthérienne sur la justification, considérée dans ses conséquences pra-

' Salig, t. II, p. 966. Die Königsberr/en Clu'onikèn, publiées par JNIeckelburg (Königsberg, 1863), p. 272. Voy. Lilie.ncrox, Mittheiiiingen aus dem Gebiet der öffentlichen Meinung, etc., dans le INIanuel de la classe historique de l'Académics des sciences de Bavière, t. XII, p. 120.

ä Bericht, von allerlei lauberei, DisessdnheiL und Teufeslklenslen (Lieh, 1383), p. 17. Hartkxoch, p. 333.

3 Bericht, etc.,p. 18.

* Erläuterten Preussen, t, II, p. 69, 71. Hartknock, p. 3.')3-3oi.

■• Hase, p. 209-210.

'■ ToEPPEN, Die Gründung der Universität Kiinicjsberg und das Leben des Sabinns, p. 217.

j2 GEORGES MAJOR ET SRS ADVERSAIRES.

tiques, lui avait paru porter un ^va\e prrjudice à la morale chrétienne; Georges Major, professeur de théologie et chapelain au château de Wittenberg, avait cru pouvoir reparler des bonnes œuvres, avouant que, selon lui, elles étaient nécessaires au salut, et que personne ne pouvait être sauvé sans elles. « Ce n'est qu'en revenant à ce principe, »écrivait-il, «qu'on'peut espérer combattre avec succès la religion chimérique et mensongère qui prévaut partout et ruine toute discipline divine et humaine, w « La plupart des chrétiens de nos jours s'imaginent que la loi a été abolie par la foi. Ayant entendu dire que par la pure miséricorde de Dieu et sans le secours des œuvres, nous sommes justifiés rien que par notre foi aux mérites de Jésus-Christ, ils ne veulent plus entendre parler de loi ni de bonnes actions, ils mènent une vie abominable, à la honte de Dieu et de sa sainte doctrine. » Éclairé par une longue expérience, Major ajoutait : « Les nôtres ont en horreur qu'on leur parle des commandements de Dieu ou des bonnes œuvres; ils ne peuvent souffrir ces sortes de discours. Dans le lamentable temps où nous vivons, presque personne ne veut plus de la morale; de quelque façon qu'on s'yprenne.onneréussit pointàconvaincre les chrétiens; ils ne veulent lire FÉvangile que pour y trouver l'excuse de leurs iniquités. » « La plupart sont épicuriens ; ils ne croient plus aux châtiments de Dieu; lorsqu'on les leur rappelle ils ne font qu'en rire et regardent l'enfer comme une fable *. » La doctrine de Major mit en un violent émoi théologiens et

fidèles.

Bien que, parmi les premiers, nul ne contestât la dépravation des mœurs dont il se plaignait, tous s'unissaient pour repousser avec horreur la « pernicieuse hérésie » qui menaçait de faire revivre les « abominations du papisme ». A Mansfeld, ils déclarèrent« que Major, en soutenant que l'homme était sauvé par la foi, l'espérance et la charité, tenait le langage de l'Antéchrist ^ ». Cet axiome : « Les bonnes œuvres que le Saint-Esprit opère lui-môme dans les cœurs sont nécessaires à la préservation de la foi, » fut déclaré héréticpie par les stricts luthériens. « Une telle doctrine, » disait l'un des plus influents d'entre eux, Jean Wigand, « vient en droite ligne de l'arsenal de l'Antéchrist. » « La marrjuc la plus hideuse (jui puisse marquer une âme humaine, le signe par excellence de l'Antéchrist, n'est autrechoseque la foi dans refllcacitédes bonnes œuvres et l'importance attachée à l'observance des dix commandements. Cette doctrine, c'est l'horriblf! appel du loup

> DÖLLiNGEa, t. II, p. Iii7. 172, el t. 111, j). iîU .'1 suiv. « SciiLussioi.iiLu.:, (Jd/dl. Ilacrel., I. Vil. [). ^0.

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